LOGINMICHELA;J’ai soulevé le couvercle en métal. Mes yeux se sont aussitôt écarquillés. Des mots avaient été inscrits sur l’assiette blanche avec de l’épais ketchup rouge.« Je suis désolé, June. » J’ai lu les mots lentement.Toujours le couvercle à la main, j’ai levé les yeux. Matthew n’était plus sur sa chaise. Il était agenouillé dans l’herbe devant moi, les épaules voûtées, le regard baissé comme un enfant pris en flagrant délit de vol de bonbons.« C’est quoi, ça ? » ai-je demandé. Ma voix est sortie plus douce que je ne l’aurais voulu. « Je veux dire, je sais lire les mots. Mais quel est le but ? » ai-je exigé de savoir.« Pour tout », a-t-il dit. « Pour les mensonges. Pour t’avoir mise dans des situations embarrassantes. Pour m’être interposé entre toi et ta meilleure amie. »J’ai laissé échapper un souffle bref, incrédule. La colère montait lentement mais sûrement sous mes côtes, mais je luttais pour la contenir.« Tu crois qu’étaler du ketchup sur une assiette va effacer tout ce
JUNE;Matthew était déjà là quand je suis arrivée dans la partie basse du parc. Il était assis sous une tente blanche, tout au fond, un peu à l'écart des allées principales.Quelques personnes passaient avec leur chien ou une poussette, mais l'endroit restait calme comparé à la foule qui l'envahissait habituellement le soir.Il s'est levé dès qu'il m'a vue descendre l'escalier à ciel ouvert. Je me suis dirigée vers lui, le cœur battant la chamade contre mes côtes, les doigts crispés sur la bandoulière de mon sac.À chaque pas, la même question me taraudait : avais-je seulement le droit d'être là, après tout ce qui venait de se passer au commissariat ? J'avais entendu Ronan et son père sur le parking. Ronan avait parlé de la première nuit avec Natalie, de chantage, du camion.À un moment donné, on aurait dit qu'il allait en dire plus, mais son regard a croisé le mien et les mots sont restés bloqués dans sa gorge.Ce silence me pesait encore sur la poitrine comme une pierre lourde. Peut
JUNE;J’étais assise à l’arrière du taxi ; la ville défilait derrière la vitre dans des teintes ternes alors que je me dirigeais vers le parc.Tout repassait en boucle dans mon esprit… la voix de Ronan qui se brisait dans ce couloir, la façon dont il avait regardé son père, Natalie plantée là, son chewing-gum à la bouche et ce même sourire calme alors même que la vérité éclatait.Rien chez elle n’était dû au hasard. Je n’aurais jamais imaginé, même dans mes rêves les plus fous, que cette femme avait une histoire avec Victor Grayson.Cette révélation me troublait encore davantage. Elle expliquait trop de choses à la fois tout en laissant intacte l’image la plus douloureuse : Ronan avec elle.J’essayais de me convaincre que cela avait pu se produire sous la contrainte, sous le chantage, ou quelle que soit l’emprise qu’elle exerçait sur cette famille, mais cet argument me semblait bien faible, même à mes propres yeux. Il avait baisé cette femme avec une telle intensité tout en me déclara
RONAN;« Fiston, on pourrait en parler à la maison », dit-il en jetant un coup d’œil aux passants.« Non, papa. Je veux des réponses maintenant… Je veux savoir comment je me suis retrouvé mêlé à tout ça. » Mon cœur battait la chamade tandis que je le fixais.Papa poussa un long soupir et finit par reculer. Ses mains quittèrent mes épaules. Son regard se voila ; son téléphone vibra dans sa main, mais il le fit taire aussitôt. Il reporta les yeux sur mon visage et déglutit péniblement.« Elle n’aurait jamais dû t’approcher », dit-il. « C’est de ma faute. »J’attendis. Derrière lui, je sentais toujours la présence de June et de sa mère à quelques pas de là, mais je gardais les yeux rivés sur le visage de mon père.« Après la mort de ta mère, Natalie a repris contact ; on s’est revus. Je voulais aussi une figure maternelle pour toi », poursuivit-il. « Alors, je lui ai… accordé de l’attention. »« Vous avez repris contact ? » demandai-je, déconcerté.« Oui, Ronan », répondit-il. « Elle ava
RONAN;Je suis sorti ; j'espérais que l'air apaiserait mon malaise, mais le soleil de fin de matinée me semblait déjà trop brûlant sur le visage.L'air dont je pensais avoir besoin ne parvint pas à dissiper l'oppression qui me serrait la poitrine. Je me dirigeai droit vers ma voiture, les clés déjà en main ; peut-être valait-il mieux fuir cette scène pénible.Des pensées contradictoires se bousculaient avec une telle violence dans mon esprit que j'avais du mal à les démêler en marchant vers le véhicule.« Ronan ! »La voix de mon père me parvint à nouveau, mais je ne m'arrêtai pas tout de suite.Lorsque je finis par me retourner, il s'avançait rapidement vers moi, les sourcils froncés, comme si c'était lui qui avait le droit d'avoir l'air blessé.« Il faut qu'on s'explique », ordonna-t-il.Ma main se figea sur la portière conducteur, que je venais d'ouvrir. Pendant une seconde, j'envisageai de monter en voiture et de partir. Mais combien de temps allais-je continuer à fuir au moindre
RONAN;Je restais là, le regard passant de Papa à Natalie, puis revenant sur Papa.Au début, les pièces du puzzle refusaient de s'assembler. C'était comme un mauvais rêve dont on n'arrivait pas à se défaire. Quand Jax m'avait envoyé l'adresse, j'avais imaginé un blogueur quelconque, en quête de clics et d'argent facile, cherchant à exploiter le moindre scoop juteux.Papa avait insisté pour que nous prenions l'affaire au sérieux, par simple précaution. Oui, la prudence s'imposait... C'était bien là le problème. Rien ne m'avait préparé à ça, à entendre le nom de Natalie sortir de la bouche de Papa.Elle se tenait à quelques pas de moi, cette même femme qui avait exercé une emprise étouffante sur ma vie pendant des mois. Cette même femme que j'avais regretté d'avoir connue dès l'instant où j'avais dégrisé dans cette chambre d'hôtel. Je m'étais toujours dit que notre rencontre n'était qu'une pure malchance... Une triste coïncidence qui nous avait réunis dans cette même pièce.J'étais ivre
JUNE;Le soleil filtrait à travers les rideaux légers comme s'il avait attendu des heures pour me réveiller. J'ai cligné des yeux pour lutter contre la luminosité, les paupières lourdes et collantes, et je me suis retournée dans l'immense lit.Mon corps s'est enfoncé davantage dans le matelas, doux
JUNE;J'ai gravi les marches une à une, les mains crispées sur la rampe. Ils étaient déjà assis : maman, M. Grayson et ce garçon. Leurs couverts étaient toujours parfaitement disposés, leurs verres intacts. L'arôme de divers mets délicats flottait dans l'air et me chatouillait les narines.Mais je
JUNE;Des gouttelettes d'eau collaient encore à ma peau quand je suis sortie de la douche. La salle de bain était méconnaissable.J'ai attrapé une serviette et me suis enroulée étroitement dedans. Mes pensées sont revenues à une heure plus tôt. Comment était-ce possible ? La pire personne que j'ava
RONAN;Je n'arrivais pas à y croire. J'avais du mal à croire que papa envisageait d'épouser cette femme rencontrée quelques mois auparavant. Cette pensée m'empêchait de dormir la plupart des nuits.Il m'avait annoncé la nouvelle comme si c'était une raison de me réjouir. S'attendait-il à ce que je







