Se connecterJe pose mes mains sur son torse. Il tressaille, un frisson qui parcourt tout son corps. Mes paumes glissent sur sa peau, sur ses muscles, sur ses cicatrices. Elles suivent le tracé de ses clavicules, la courbe de ses pectoraux, la ligne de ses côtes. Elles contournent les bandages, effleurent les entailles à vif, lavent le sang séché autour des plaies. Le savon mousse, glisse, nettoie. Le sang se dilue, disparaît, laisse place à la peau nue, bron
Je pose mes mains sur son torse. Il tressaille, un frisson qui parcourt tout son corps. Mes paumes glissent sur sa peau, sur ses muscles, sur ses cicatrices. Elles suivent le tracé de ses clavicules, la courbe de ses pectoraux, la ligne de ses côtes. Elles contournent les bandages, effleurent les entailles à vif, lavent le sang séché autour des plaies. Le savon mousse, glisse, nettoie. Le sang se dilue, disparaît, laisse place à la peau nue, bronzée, chaude.Dante ne bouge pas. Il se tient immobile, les bras le long du corps, les mains ouvertes, offertes. Ses yeux sont rivés aux miens, immenses, noirs, remplis d'une émotion qu'il ne cherche plus à cacher.Mes mains descendent le long de ses flancs, sur son ventre, sur ses hanches. Elles lavent chaque centimètre de peau, chaque cicatrice, chaque souvenir de violence. La cicatrice sur son flanc gauche, souvenir d'une balle reç
AnoukLe salon est nettoyé. Kyriakos a emporté le corps dans la garrigue, loin, très loin, là où la terre est meuble et les rochers faciles à déplacer. Il a effacé les traces de sang sur la terrasse, sur les marches, sur le sentier. Il a ramassé les éclats de verre un par un, remis les meubles en place, brûlé les tissus souillés dans un feu derrière la villa. D'ici midi, il ne restera plus rien. Pas une trace, pas une empreinte, pas un souvenir. Comme si cette nuit n'avait jamais existé. Comme si cet homme n'était jamais venu. Comme si la mort n'avait pas frappé à notre porte.Mais moi, je me souviendrai. Moi, je n'oublierai jamais.Je suis debout au milieu du salon, les bras ballants, la robe tachée de sang, les pieds nus encore maculés. La lumière du matin entre à flots par les baies vi
Il se tourne vers moi, lentement, comme s'il émergeait d'un rêve, d'une transe, d'un état second où seule compte la survie. Ses yeux se posent sur moi, me voient, me reconnaissent. La fureur s'éteint, remplacée par autre chose. De la peur. De la honte. De l'inquiétude. — Ne regarde pas, dit-il d'une voix rauque. Retourne dans la chambre. — Trop tard. J'ai déjà tout vu. — Anouk... — Tais-toi. Je m'approche, enjambe les débris, évite les mares de sang. Je m'arrête devant lui, je lève la main, j'essuie le sang sur sa joue avec mon pouce. Son sang, ou celui du tueur, ou les deux, impossible de savoir. — Tu es blessé, dis-je. — Des égratignures. — Ton épaule saigne beaucoup. — C'est superficiel. — Ton bras est entaillé jusqu'à l'os. — Il avait un bon couteau. — Arrête de faire le héros. Assieds-toi. Laiss
Kyriakos hoche la tête. Il ne pose pas de questions, il n'émet pas d'objections. C'est un soldat, il comprend la stratégie. Il sait que la meilleure défense, parfois, c'est l'attente. La patience. Le piège. — Et Kyria Anouk ? demande-t-il. Vous lui dites ? — Non. Elle dort. Elle rêve de paix, de bonheur, d'avenir. Je ne veux pas gâcher ça. Pas encore. Je la protégerai sans qu'elle s'en aperçoive. Comme toujours. Je lui dirai tout quand ce sera fini. — Comme vous voudrez, Kyrios. — Bonne nuit, Kyriakos. — Bonne nuit, Kyrios. Que Dieu vous protège. — Dieu n'a rien à voir là-dedans. Kyriakos s'évanouit dans l'ombre, ses pas silencieux sur la pierre. Je reste seul sur la terrasse, face à la mer, face à la lune, face au danger. Mon verre de whisky est vide, les glaçons ont fondu. Je le pose sur la balustrade, je prends une grande inspiration, et je rentre dans la chambre.
Je respire profondément, mes poumons qui se vident, qui se remplissent, qui se vident à nouveau. La place du village est paisible, le soleil est doux, les cigales chantent, les enfants jouent près de la fontaine. Et pourtant, la mort rôde. Un tueur est là, caché dans les ruelles blanches, attendant son heure. — Qu'est-ce qu'on fait ? dis-je. — Rien. Pour l'instant, on ne fait rien. On ne change rien à nos habitudes. On continue de se promener, de se baigner, de vivre. S'il voit qu'on est sur nos gardes, il passera à l'action plus vite. Pour l'instant, il observe. Il repère les lieux, les horaires, les faiblesses. Il attend son moment. — Et nous, on attend quoi ? — Qu'il commette une erreur. Qu'il se découvre. Qu'il s'approche trop près. Kyriakos surveille la villa jour et nuit. C'est un ancien des forces spéciales hellènes, un homme de confiance de Matteo. Il a des armes cachées dans la villa, des capteurs dans le jar
Ce soir-là, on est descendus sur notre crique pour regarder le coucher du soleil. Le sable est encore chaud de la journée, la mer est un miroir embrasé, l'horizon est en feu. On a apporté une couverture, une bouteille de vin blanc, des olives, du fromage de chèvre, du pain pita tiède que Kyriakos a cuit le matin même. On mange en silence, allongés sur le sable, les pieds dans l'eau qui monte doucement avec la marée. Puis Dante se tourne vers moi, son regard changé, assombri par le désir, illuminé par le couchant. Sans un mot, il me prend la main, m'aide à me lever, défait ma robe d'été, la laisse tomber sur le sable. Je suis nue, face à la mer, face au soleil qui meurt, ma peau dorée par le hâle, salée par les embruns. — Tourne-toi, murmure-t-il. J'obéis. Je fais face à la mer, le vent dans mes cheveux, l'eau qui caresse mes chevilles. Je l'entends défaire son pantalon derrière moi, le bruit du tissu qu'on froisse, le cliquetis de s
DanteElle entre dans la cabine et s’arrête net, un nouveau coup de grâce.Je la suis, refermant la porte derrière nous avec un sifflement étouffé. L’hôtesse, discretement postée à l’avant, s’incline légèrement et se retire dans le poste de pilotage après un signe de ma part. Nous sommes seuls.Le
AnoukLa berline quitte l’autoroute, s’engage sur une route plus étroite bordée de grillages. Des panneaux indiquent une zone réservée. Ma tension, jusqu’alors tournée vers l’intérieur, se redirige soudain vers la vitre. Où va-t-on ?Je m’étais imaginé une gare, un autre train. Pas ça.La voiture p
AnoukLe temps s’est étiré, élastique et cruel, depuis ce réveil en sursaut. J’ai regardé l’aube teinter le ciel de gris puis de rose, immobile sur mon lit, les draps encore imprégnés de l’odeur de mon propre rêve. Une honte chaude me colle à la peau, plus tenace que la sueur nocturne.Mais le prot
AnoukJe me réveille en sursaut, le corps arqué, un cri silencieux bloqué dans ma gorge.La chambre est plongée dans la même pénombre grise. Je suis trempée. De sueur, entre les omoplates, à la nuque. Et ailleurs. Ailleurs, c’est humide, chaud, palpitant, comme si mon corps avait continué sans moi,






