LOGINAnouk
Les heures qui suivent sont un cauchemar.
Marc arrive avec des nouvelles : Castellano s'est évadé cette nuit. Quatre gardiens sont morts. On ignore comment, on ignore où il est.
— Putain, murmure Dante.
Il fait les cent pas dans le salon, le visage fermé. Je ne l'ai jamais vu aussi tendu.
— Comment il a fait ? demandé-je.
— On sait pas, dit Marc. Mais il avait des complicités. For
Il rit, m'attire contre lui, m'embrasse, un baiser profond, salé par les embruns, sucré par le soleil. L'horizon ondule dans la brume de chaleur, la mer scintille comme une plaque d'argent martelé, les cigales crissent dans la garrigue. La vie est parfaite. La vie est exactement ce qu'elle devrait être, pour la première fois. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? dis-je. — On ne fait rien. On se baigne. On mange. On boit du vin. On regarde le soleil se coucher. Et cette nuit... — Cette nuit ? — Cette nuit, je te fais l'amour sous les étoiles, avec la mer pour seule musique. — Programme alléchant. — Programme de lune de miel. Rien que de très classique. On éclate de rire, un rire léger, enfantin, qui se perd dans le vent. Le soleil est haut, la mer est calme, l'île est déserte. Le paradis existe. Nous l'avons trouvé. Anouk
Anouk L'hydravion tangue doucement sur les eaux turquoise de la caldeira, ses flotteurs fendant la surface ridée par le vent du large. Le pilote, un Grec buriné par le soleil, moustache blanche et casquette de capitaine, coupe le moteur. Le silence qui suit est presque surnaturel, troublé seulement par le clapotis des vagues contre la coque, le cri lointain des goélands, le sifflement du vent dans les câbles. Devant nous, l'île émerge de la mer comme un miracle géologique. Des falaises de pierre volcanique plongent à pic dans des eaux d'un bleu si intense qu'elles en paraissent peintes, un dégradé de turquoise, de cobalt, d'indigo qui se fond dans l'horizon brumeux. Les maisons blanc éclatant s'accrochent aux pentes abruptes, cubes immaculés coiffés de dômes bleus, éparpillés comme des morceaux de sucre sur un gâteau. Des bougainvilliers en cascades pourpres et fuchsia débordent des murets de pierre sèche, des figuiers de Barbarie tenden
Il m'embrasse, un baiser lent, paresseux, qui goûte le sommeil, le champagne de la veille, la fraise et le chocolat. Un baiser qui ne demande rien, qui ne promet rien, qui dit juste je suis là, tu es là, c'est tout ce qui compte. Ses doigts caressent mon dos, remontent le long de ma colonne vertébrale, s'arrêtent sur ma nuque, jouent avec mes cheveux emmêlés. — On devrait se lever, dis-je sans bouger. — Pourquoi ? — Parce que c'est le matin. Parce qu'il y a une vie dehors. Parce que... — Non. — Non ? — On ne se lève pas. On ne fait rien. On ne va nulle part. La règle, c'est que le lendemain de noces, on reste au lit toute la matinée. Toute la journée, si possible. — C'est une règle officielle ? — C'est la règle Moretti. Je viens de l'inventer. — Et si j'ai faim ? —
Anouk Le soleil me réveille, un soleil doux, filtré par les rideaux de lin qui dansent sous la brise matinale. Les oiseaux chantent dans les cyprès, un concert de mésanges et de pinsons, de tourterelles et de rouges-gorges. Quelque part, dans la garrigue, un coq lance son cri rauque, déchirant le silence de l'aube provençale. La chambre est baignée d'une lumière dorée, poussiéreuse, qui donne aux murs de pierre une teinte de miel, qui fait briller les bougies consumées, le champagne éventé dans le seau d'argent, les pétales de rose flétris éparpillés sur le sol et sur le lit. Je suis nue, emmêlée dans les draps de lin blanc, les membres lourds, le corps repu, l'âme en paix. Chaque muscle, chaque articulation, chaque parcelle de ma peau se souvient de la nuit dernière. La lenteur sacrée, les baisers, les promesses murmurées dans le noir. Pour toujours. Pour toujours. Les mots résonnent encore dans ma tête comme un écho, comme le tintement
Je marche vers lui. Chaque pas est une prière, chaque foulée est une offrande. Le gravier crépite sous mes chaussures, les pétales de rose s'écrasent sous mes semelles. Ma mère pleure au premier rang, les mains jointes, le visage inondé de larmes silencieuses. Clara sanglote sans retenue, un mouchoir roulé en boule dans son poing. Le quatuor continue de jouer, la musique monte, s'amplifie, culmine. J'arrive devant lui. Marc dépose un baiser sur ma joue, un baiser de frère, de père, de témoin, puis il recule, va se placer à côté de Leo, son visage ravagé par l'émotion. Dante me prend les mains. Ses doigts tremblent, les siens, qui n'ont jamais tremblé devant personne. Ses yeux sont pleins de larmes, des larmes d'homme, des larmes rares, qui roulent sans couler, qui brillent comme des diamants bruts. — Tu es magnifique, murmure-t-il. — Toi aussi. — Moi, je suis en costume. Toi, tu
Dante referme la porte derrière nous. Le silence retombe, dense, profond, presque palpable. Nous sommes seuls, pour la première fois de la journée, pour la première fois en tant que mari et femme. — Enfin seuls, dit-il. — Enfin. Il s'approche, me fait tourner face à la fenêtre ouverte sur les étoiles. Ses doigts trouvent les boutons dans mon dos, les défont un par un, avec une lenteur infinie, une patience qui contraste avec l'urgence de la veille, sur le tapis de l'entrée. Chaque bouton qui cède est une offrande, chaque centimètre de peau dévoilé est une prière. Sa bouche suit ses doigts, dépose des baisers légers sur ma nuque, mes omoplates, le long de ma colonne vertébrale. La robe glisse de mes épaules, tombe à mes pieds dans un soupir de soie, formant une flaque blanche sur le sol en pierre. Je suis nue, face à la fenêtre, face aux étoiles, seulement vêtue de l'anneau d'acier à mon doigt, de l'alliance par-d
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