LOGINAnouk
Les heures qui suivent sont un cauchemar.
Marc arrive avec des nouvelles : Castellano s'est évadé cette nuit. Quatre gardiens sont morts. On ignore comment, on ignore où il est.
— Putain, murmure Dante.
Il fait les cent pas dans le salon, le visage fermé. Je ne l'ai jamais vu aussi tendu.
— Comment il a fait ? demandé-je.
— On sait pas, dit Marc. Mais il avait des complicités. For
L'eau froide coule sur le carrelage, emporte le sang, emporte les preuves, emporte Marco. Elle tourbillonne dans le siphon, disparaît dans les canalisations, s'en va là où vont les choses qu'on veut oublier.Mais dans ma tête, tout reste. Tout reste.Il finit.Il repose la bouteille vide sur le lavabo. Le plastique fait un bruit creux, un bruit de fin, un bruit de quelque chose qui a donné tout ce qu'il avait à donner.Il prend une serviette.Une serviette propre, posée sur le radiateur depuis la veille, qui a passé la nuit à se réchauffer. Elle est épaisse, douce, elle sent la lessive – cette lessive sans parfum qu'il utilise parce que je n'aime pas les odeurs trop fortes. Il me la passe autour des épaules, me frictionne doucement. Ses mains bougent en cercles larges, lents, apaisants. Il me sèche les bras, le dos, le ventre. Il soulè
Dante ne dit rien.Il ne me dit pas que ça va aller. Il ne me dit pas que c'était nécessaire. Il ne me dit pas que c'était lui ou Dante, que j'ai bien fait, que je suis une héroïne, que je n'ai pas à avoir honte. Il ne dit rien de tout ça.Il me serre juste plus fort.Sa main caresse mes cheveux. Encore et encore. Dans un mouvement lent, régulier, hypnotique. Ses doigts passent dans mes mèches emmêlées, les démêlent doucement, suivent le contour de mon crâne, descendent le long de ma nuque, remontent. C'est un geste ancien, primal, celui qu'on fait aux enfants qui ont peur, aux blessés qui souffrent, aux mourants qui s'en vont.Il est juste là.Il est juste là, avec moi, dans ce silence, dans cette douleur, dans cette culpabilité qui me ronge de l'intérieur. Il ne cherche pas à me sortir de là. Il ne c
AnoukJe me réveille en hurlant.Le cri sort de moi avant même que j'aie ouvert les yeux, avant même que je sache où je suis, avant même que je me souvienne. Il sort du plus profond de mon corps, de cet endroit où les cauchemars s'installent et ne veulent plus partir.Le cauchemar est encore là.Collé à ma peau. Coincé sous mes paupières. Accroché à l'intérieur de mon crâne comme une sangsue qui refuse de lâcher prise. Marco qui tombe, Marco qui tombe encore, Marco qui tombe toujours. Je le vois en boucle, au ralenti, en accéléré, sous tous les angles, avec tous les détails que j'aurais voulu ne jamais voir.Son visage qui me regarde avec ces yeux grands ouverts. Cette surprise d'enfant qui n'a rien compris. Pas de colère, pas de haine, pas de peur même. Juste de la surprise. Comme s'il ne pouvait pas croire que ça finissait comme ça. Comme s'il ne pouvait pas croire que c'était moi.La détonation. Ce bruit qui n'en finit pas de résonner dans mes oreilles, qui rebondit contre les murs
MJe reste là, immobile, à regarder cette femme dans le miroir. Cette femme que je ne reconnais pas. Cette femme qui a tué. Cette femme qui n'est plus tout à fait celle que j'étais hier, avant, avant tout ça.Je fixe mon reflet, et mon reflet me fixe. Ses yeux sont les miens, mais il y a quelque chose de différent. Une lueur, une ombre, quelque chose qui n'était pas là avant.— Qui es-tu ? murmuré-je.Mon reflet ne répond pas.La porte s'ouvre derrière moi. Dante entre. Il s'arrête sur le seuil, me regarde dans le miroir. Il voit ce que je vois. Le sang, la peur, la naufragée.— Tu veux que je t'aide ? demande-t-il.— Je ne sais pas.Il ouvre le robinet. L'eau coule, chaude, dégageant un voile de vapeur. Il prend mes mains, les plonge sous l'eau. Le contact est brûlant, presque douloureux. Il prend du savon &n
Il essuie une larme sur ma joue , je ne savais même pas que je pleurais. Ses doigts sont tièdes, tachés de rouge.— Oui. C'est différent.Autour de nous, le combat s'éteint complètement. Les hommes de Marco se rendent, jettent leurs armes, lèvent les mains. Leo les rassemble, les fait sortir un par un. Marc s'approche de nous, son arme encore fumante, le visage gris de fatigue.— Ça va ? demande-t-il.— Ça va, dit Dante.— Pas toi. Elle.Dante me regarde. Dans ses yeux, je vois la peur. Pas la peur de la mort. La peur de me perdre. Pas de me perdre physiquement – de me perdre dans ce que je viens de faire. De me voir tomber dans ce gouffre dont il connaît trop bien les profondeurs.— Ça va, dis-je. Je crois.— Tu es sûre ?— Non. Mais ça va aller.Marc s'agenouille devant moi. Il
AnoukL'intérieur est un labyrinthe.Des couloirs étroits, des pièces sans fenêtres, des portes partout. Des caisses empilées, des machines rouillées, des odeurs de moisi et de poussière. Dante avance, je suis. Les coups de feu se sont espacés , les hommes de Castellano sont en train de se replier, ou de se regrouper pour un dernier assaut. Je ne sais pas. Je ne sais plus.— Par là, dit Marc.Il nous guide à travers un dédale de containers, vers une lumière au fond du hangar. Une grande salle, éclairée par des projecteurs braqués sur le centre.Et là, au milieu, Marco.Il est seul au milieu de la pièce. Ses hommes sont autour de lui, une dizaine, armés jusqu'aux dents. Mais lui, il est debout, immobile, les bras croisés. Il a l'air de nous attendre. Il a l'air de savoir depuis toujours que &c







