LOGINANOUK
Trois jours ont passé depuis la bataille.
Trois jours de calme apparent, de faux-semblants, de silence. Dante n'a pas quitté l'appartement. Il dit que c'est pour guérir, mais je le connais mieux que ça maintenant. Il guette. Il attend. Il sait que ce n'est pas fini.
Je le regarde depuis le canapé. Il est debout devant la fenêtre, torse nu, le bandage blanc visible sous son bras. La lumière du matin dessine ses mu
Il ne dit rien. Il lève sa main, pose ses doigts sur ma joue. Ses doigts sont tièdes, ils tracent le contour de ma pommette, suivent la ligne de ma mâchoire, s'attardent sur mes lèvres.— Tu ne me perdras pas, dit-il.— Tu ne peux pas le promettre.— Je le promets quand même.Il se penche. Il m'embrasse. Doucement, très doucement. Comme s'il voulait graver le goût de mes lèvres dans sa mémoire. Comme s'il voulait que ce baiser dure au-delà de ce qui va arriver.— Je t'aime, murmure-t-il contre ma bouche.— Je sais.— Quand on s'en sortira, je te le dirai tous les jours. Toutes les heures. Toutes les minutes. Je te le dirai jusqu'à ce que tu en aies marre.— Je n'en aurai jamais marre.— Moi non plus.Nous restons ainsi, front contre front, souffle contre souffle, cœur contre cœur. Les pas dans l'escalier se rapprochent. Les voix montent. La mort approche.Mais ici, dans cet instant, il n'y a q
AnoukLe bruit arrive d'abord.C'est un bruit que j'ai appris à reconnaître ces derniers mois, un bruit qui fait monter l'adrénaline, qui serre la gorge, qui paralyse les muscles avant même que le cerveau ait eu le temps de comprendre. Le bruit des moteurs. Beaucoup de moteurs. Des moteurs de voitures qui s'arrêtent, des portières qui claquent, des ordres criés dans la rue.Je suis encore dans les bras de Dante, ma joue collée à sa poitrine, son cœur qui bat contre mon oreille. Je sens le moment où il se fige. Ses muscles se tendent, sa respiration change, ses bras se resserrent autour de moi par réflexe, par instinct de protection. Une seconde. Deux secondes. Puis il se détend, il m'écarte doucement, il écoute.Son visage se ferme. Ses yeux deviennent durs, ces yeux qui étaient doux il y a quelques secondes, qui me regardaient comme si j'étais la chose la plus précieuse au monde. Maintenant, ils sont froids, calculateurs, dangereux. Il est redevenu le parrain. L'homme que les autres
L'eau froide coule sur le carrelage, emporte le sang, emporte les preuves, emporte Marco. Elle tourbillonne dans le siphon, disparaît dans les canalisations, s'en va là où vont les choses qu'on veut oublier.Mais dans ma tête, tout reste. Tout reste.Il finit.Il repose la bouteille vide sur le lavabo. Le plastique fait un bruit creux, un bruit de fin, un bruit de quelque chose qui a donné tout ce qu'il avait à donner.Il prend une serviette.Une serviette propre, posée sur le radiateur depuis la veille, qui a passé la nuit à se réchauffer. Elle est épaisse, douce, elle sent la lessive – cette lessive sans parfum qu'il utilise parce que je n'aime pas les odeurs trop fortes. Il me la passe autour des épaules, me frictionne doucement. Ses mains bougent en cercles larges, lents, apaisants. Il me sèche les bras, le dos, le ventre. Il soulè
Dante ne dit rien.Il ne me dit pas que ça va aller. Il ne me dit pas que c'était nécessaire. Il ne me dit pas que c'était lui ou Dante, que j'ai bien fait, que je suis une héroïne, que je n'ai pas à avoir honte. Il ne dit rien de tout ça.Il me serre juste plus fort.Sa main caresse mes cheveux. Encore et encore. Dans un mouvement lent, régulier, hypnotique. Ses doigts passent dans mes mèches emmêlées, les démêlent doucement, suivent le contour de mon crâne, descendent le long de ma nuque, remontent. C'est un geste ancien, primal, celui qu'on fait aux enfants qui ont peur, aux blessés qui souffrent, aux mourants qui s'en vont.Il est juste là.Il est juste là, avec moi, dans ce silence, dans cette douleur, dans cette culpabilité qui me ronge de l'intérieur. Il ne cherche pas à me sortir de là. Il ne c
AnoukJe me réveille en hurlant.Le cri sort de moi avant même que j'aie ouvert les yeux, avant même que je sache où je suis, avant même que je me souvienne. Il sort du plus profond de mon corps, de cet endroit où les cauchemars s'installent et ne veulent plus partir.Le cauchemar est encore là.Collé à ma peau. Coincé sous mes paupières. Accroché à l'intérieur de mon crâne comme une sangsue qui refuse de lâcher prise. Marco qui tombe, Marco qui tombe encore, Marco qui tombe toujours. Je le vois en boucle, au ralenti, en accéléré, sous tous les angles, avec tous les détails que j'aurais voulu ne jamais voir.Son visage qui me regarde avec ces yeux grands ouverts. Cette surprise d'enfant qui n'a rien compris. Pas de colère, pas de haine, pas de peur même. Juste de la surprise. Comme s'il ne pouvait pas croire que ça finissait comme ça. Comme s'il ne pouvait pas croire que c'était moi.La détonation. Ce bruit qui n'en finit pas de résonner dans mes oreilles, qui rebondit contre les murs
MJe reste là, immobile, à regarder cette femme dans le miroir. Cette femme que je ne reconnais pas. Cette femme qui a tué. Cette femme qui n'est plus tout à fait celle que j'étais hier, avant, avant tout ça.Je fixe mon reflet, et mon reflet me fixe. Ses yeux sont les miens, mais il y a quelque chose de différent. Une lueur, une ombre, quelque chose qui n'était pas là avant.— Qui es-tu ? murmuré-je.Mon reflet ne répond pas.La porte s'ouvre derrière moi. Dante entre. Il s'arrête sur le seuil, me regarde dans le miroir. Il voit ce que je vois. Le sang, la peur, la naufragée.— Tu veux que je t'aide ? demande-t-il.— Je ne sais pas.Il ouvre le robinet. L'eau coule, chaude, dégageant un voile de vapeur. Il prend mes mains, les plonge sous l'eau. Le contact est brûlant, presque douloureux. Il prend du savon &n







