LOGINIl entre en moi. D'un seul geste. Sans douceur. Sans précaution. Comme un homme qui revient de la guerre, qui a besoin de sentir qu'il est vivant, qu'elle est vivante, qu'ils sont vivants.Je crie. De surprise, de plaisir, de douleur. Ma tête heurte le bras du canapé. Je m'en fous.— Pardon, dit-il.— Ne t'arrête pas.Il bouge. Lentement d'abord. Comme s'il se retenait. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Son bassin cogne contre le mien. Le canapé grince. Le mur tremble.Ses mains sont partout. Mes seins, mes hanches, mes cuisses. Il me possède. Il me prend. Il me fait sienne. Il m'oublie. Il s'oublie.— Regarde-moi, dit-il.Je le regarde.Son visage est tendu, concentré, presque douloureux. Une veine bat sur sa tempe. Ses yeux sont brillants, humides, fous. Des larmes, peut-être. Ou juste la lumière.— Je t'aime, répèt
AnoukL'aéroport est bondé. Des gens qui courent, des valises qui roulent, des haut-parleurs qui annoncent des vols dans une langue qui n'est la mienne. Des familles qui partent en vacances, des hommes d'affaires en costume, des enfants qui pleurent.Je sors de l'avion, les jambes lourdes, le cœur léger. Le vol a été court. Deux heures à peine. Deux heures à regarder par le hublot, à voir les nuages défiler, à penser à elle. À ses mains, à sa voix, à son parfum de thé vert.Je l'ai vue. Ma mère. Elle est vivante. Elle est réelle. Elle m'a serrée dans ses bras.Maintenant, je dois retrouver Dante.Marc m'attend dans le hall. Il est debout près du kiosque à journaux, un café à la main, le visage fermé. Il me voit, il me fait signe. Il ne sourit pas. Il n'a pas souri depuis
Elle verse le thé dans deux tasses. Les tasses sont blanches, fines, presque transparentes. De la porcelaine. La bonne porcelaine. Celle qu'on sort pour les occasions.— Je pensais à toi tous les jours, dit-elle. Toutes les nuits. À chaque fois que je voyais une petite fille, à chaque fois que j'entendais un rire, à chaque fois que je lisais un livre.— Pourquoi tu n'es jamais revenue ?— Parce que j'avais peur. Peur de te revoir. Peur que tu me rejettes. Peur de ne pas être à la hauteur.— Tu es ma mère. Tu seras toujours à la hauteur.— Tu es gentille.— Je suis honnête.Elle me regarde. Ses yeux sont clairs, fatigués, heureux. Il y a quelque chose de nouveau en elle. Quelque chose qui n'était pas là avant. Une paix. Une acceptation.— Raconte-moi ta vie, dit-elle. Tout. Depuis le d&
AnoukLe village est perché sur une montagne. Des ruelles étroites, des maisons en pierre, des fleurs aux fenêtres. Des géraniums rouges, des bougainvillées violettes, du jasmin blanc. L'air sent le thym, le romarin, la terre chaude.Santo Stefano di Sessanio. Un nom qui danse sur la langue, qui sent le soleil et la terre et l'herbe séchée. Un nom qui ressemble à une chanson.Marc est resté en bas, dans la voiture. Il n'a pas voulu monter. Il a dit que c'était entre elle et moi. Il a dit qu'il attendrait. Il a dit qu'il avait peur.Je marche dans les ruelles. Mes pas résonnent sur les pavés inégaux, usés par des siècles de pieds, de sabots, de pneus. Le vent est doux, le ciel est bleu, la vie est belle. Les hirondelles volent au-dessus des toits. Un chat dort sur un mur, le ventre au soleil.Devant moi, une porte bleue. Une porte pe
Je regarde par la fenêtre. Les paysages défilent. Des collines vertes, des champs de tournesols, des villages perchés sur des rochers. La France. L'Italie. La frontière est proche. Un panneau indique Vintimille. Vingt kilomètres.— Où on va exactement ? demandé-je.— Dans les Abruzzes. Un village qui s'appelle Santo Stefano di Sessanio. C'est perché sur une montagne. Il n'y a presque personne. Juste des pierres, du vent, et le ciel.— Elle vit seule ?— Elle vit avec un chat. Et des livres. Beaucoup de livres.— Elle est heureuse ?— Je ne sais pas. Elle dit qu'elle est en vie. C'est déjà ça.Le silence s'installe à nouveau. La nuit est tombée. Les phares éclairent la route. Des lignes blanches, des lignes jaunes, des panneaux réfléchissants.— Arrête-toi, d
Je sors de l'appartement. Je descends les marches. Chaque pas est un souvenir. Chaque marche craque sous mon poids. L'immeuble est vieux, fatigué, comme un animal qui va mourir.Au deuxième étage, je m'arrête.Devant la porte d'Anouk. Devant l'appartement de son enfance.Je pousse la porte. Elle n'est pas fermée à clé. Personne n'a pris la peine de la fermer. Peut-être que plus personne ne vient ici. Peut-être que tout le monde a oublié.J'entre.L'appartement est petit, sombre, triste. Une cuisine, un salon, deux chambres. Les meubles sont encore là, recouverts de draps blancs. Des draps qui ressemblent à des linceuls. La poussière recouvre tout. Une couche épaisse, grise, immobile. Le temps s'est arrêté ici. Il n'a pas osé entrer.Je marche dans le salon. Les murs sont nus, sauf une trace. Un dessin d'enfant. Un soleil. Une maison. Des fleurs. Anouk. C'est Anouk qui a dessiné ça. Il y a quinze ans. Peut-être plus.Je traverse la cuisine. L'évier est vide. Les placards sont ouverts.
DanteLa nuit est devenue un ennemi.Je reste debout, près de la fenêtre de mon bureau. L’alcool dans mon verre est immobile. Je ne bois pas. Je regarde le jardin noyé d’ombre, une toile vide, mais je ne vois qu’une image, imprimée au fer rouge derrière mes paupières. Une image qui a effacé toutes
DanteIl est tard.Une de ces heures où la nuit n’appartient plus à personne, où même les certitudes dorment.La porte se referme derrière moi dans un souffle maîtrisé. La villa est immobile, docile comme une bête dressée. Le marbre capte le froid et le renvoie dans mes semelles. Tout est calme. Tr
DanteElle sourit, et dans ce sourire, il y a toute l’économie de la transaction : le plaisir contre l’oubli, la caresse contre la signature. Desmarais se laisse aller contre son fauteuil, un soupir de satisfaction échappé de ses lèvres. Le marché est en train de se conclure, scellé non par la rais
DanteLe « Galion » respire l’opulence sourde. Un club « privé » où les étiquettes de champagne dépassent les cinq chiffres et où les sourires sont aussi ciselés que les verres en cristal. Des murs de velours bordeaux, des lustres en bronze doré qui ne diffusent qu’une lueur complice, un parquet ci







