LOGINAnouk Je cours. Je ne sais pas où je vais. Je cours, c'est tout. Mes pieds frappent le trottoir, mon souffle est court, mes poumons brûlent. La nuit est tombée sur Marseille. Les lampadaires projettent des flaques de lumière orange sur l'asphalte mouillée. Il a plu. Je n'avais pas remarqué. Mes jambes tremblent. Mon cœur bat trop vite, trop fort, comme s'il voulait sortir de ma poitrine. Je m'arrête au coin d'une rue, pliée en deux, les mains sur les genoux. Je respire. J'essaie de respirer. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me redresse. Je regarde autour de moi. Je ne reconnais rien. Les immeubles sont sales, les volets sont fermés, les tags recouvrent les murs. Une rue déserte, une rue morte, une rue comme il y en a tant dans cette ville. Un chien fouille dans une poubelle renversée. Un rideau bouge derrière une fenêtre. Quelqu'un regarde. Quelqu'un attend. Je me remets à marcher. Plus lentement.
Je la reconnais. Cette voix. Ce souffle. Cette folie. Je l'entendais quand j'étais petite, dans le noir, derrière ma porte fermée à clé. Je l'entendais crier, insulter, menacer. Je l'entendais pleurer, parfois. Prier, peut-être.— Castellano.— Ma fille.— Je ne suis pas ta fille.— Tu es ma fille. Tu as mon sang. Tu as mes yeux. Tu as ma rage.— Qu'est-ce que tu veux ?— Dante.— Il n'est pas là.— Je sais. Mais tu vas me le donner.— Comment ?— En venant me chercher.— Où ?— Là où tout a commencé. L'appartement. Celui de ta mère.— Pourquoi ?— Parce que je veux mourir là où elle est morte. Et je veux que Dante me tue. Mais pour ça, il faut que tu sois là. Il ne viendra que pou
Il s'approche de moi. Il s'accroupit devant le lit. Il pose ses mains sur mes genoux. Ses doigts sont glacés. Ou peut-être que ce sont mes genoux qui sont froids.— Je reviendrai, dit-il. Parce que je t'aime. Parce que tu m'attends. Parce que j'ai quelque chose à perdre, maintenant. Pour la première fois de ma vie.— Je t'attendrai.— Je reviendrai.— Tu le jures ?— Je le jure.Il se lève. Il m'embrasse sur le front. Un baiser rapide, presque froid. Puis il se dirige vers la porte.— Dante, dis-je.Il s'arrête. Il ne se retourne pas.— Fais attention à toi.— Toujours.Il sort. La porte claque. Le bruit résonne dans l'appartement vide, se répercute dans le couloir, s'éteint dans l'escalier.Je reste seule dans le lit. Seule dans l'appartement. Seule dans la ville.
Il entre en moi. D'un seul geste. Sans douceur. Sans précaution. Comme un homme qui revient de la guerre, qui a besoin de sentir qu'il est vivant, qu'elle est vivante, qu'ils sont vivants.Je crie. De surprise, de plaisir, de douleur. Ma tête heurte le bras du canapé. Je m'en fous.— Pardon, dit-il.— Ne t'arrête pas.Il bouge. Lentement d'abord. Comme s'il se retenait. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Son bassin cogne contre le mien. Le canapé grince. Le mur tremble.Ses mains sont partout. Mes seins, mes hanches, mes cuisses. Il me possède. Il me prend. Il me fait sienne. Il m'oublie. Il s'oublie.— Regarde-moi, dit-il.Je le regarde.Son visage est tendu, concentré, presque douloureux. Une veine bat sur sa tempe. Ses yeux sont brillants, humides, fous. Des larmes, peut-être. Ou juste la lumière.— Je t'aime, répèt
AnoukL'aéroport est bondé. Des gens qui courent, des valises qui roulent, des haut-parleurs qui annoncent des vols dans une langue qui n'est la mienne. Des familles qui partent en vacances, des hommes d'affaires en costume, des enfants qui pleurent.Je sors de l'avion, les jambes lourdes, le cœur léger. Le vol a été court. Deux heures à peine. Deux heures à regarder par le hublot, à voir les nuages défiler, à penser à elle. À ses mains, à sa voix, à son parfum de thé vert.Je l'ai vue. Ma mère. Elle est vivante. Elle est réelle. Elle m'a serrée dans ses bras.Maintenant, je dois retrouver Dante.Marc m'attend dans le hall. Il est debout près du kiosque à journaux, un café à la main, le visage fermé. Il me voit, il me fait signe. Il ne sourit pas. Il n'a pas souri depuis
Elle verse le thé dans deux tasses. Les tasses sont blanches, fines, presque transparentes. De la porcelaine. La bonne porcelaine. Celle qu'on sort pour les occasions.— Je pensais à toi tous les jours, dit-elle. Toutes les nuits. À chaque fois que je voyais une petite fille, à chaque fois que j'entendais un rire, à chaque fois que je lisais un livre.— Pourquoi tu n'es jamais revenue ?— Parce que j'avais peur. Peur de te revoir. Peur que tu me rejettes. Peur de ne pas être à la hauteur.— Tu es ma mère. Tu seras toujours à la hauteur.— Tu es gentille.— Je suis honnête.Elle me regarde. Ses yeux sont clairs, fatigués, heureux. Il y a quelque chose de nouveau en elle. Quelque chose qui n'était pas là avant. Une paix. Une acceptation.— Raconte-moi ta vie, dit-elle. Tout. Depuis le d&
DanteC’est une pensée ridicule. Dangereuse au-delà de toute mesure. Contre-productive à tous les niveaux stratégiques, éthiques, logiques. Elle est un contrat. Une obligation née d’une dette. Un élément de ma stratégie à long terme, rien de plus. Une pièce vivante, imprévisible et précieuse sur l’
AnoukJe détourne les yeux, la bouche soudain trop sèche, une chaleur liquide et coupable se répandant dans mon bas-ventre. Ma peau picote, vivante, sous la robe. C’est absurde. C’est malsain au plus haut point. C’est la réaction pervertie de quelqu’un qui a été trop longtemps privé de tout contact
AnoukJe ne peux pas réprimer un petit rire, étouffé, qui me sort du nez comme un reniflement.Il tourne la tête vers moi, surpris.— Vous… vous avez ri ?— C’est le stress de l’atterrissage, sans doute. Ou des vapeurs de champagne résiduelles. Mais c’était… une image. Très visuelle.Il continue à
AnoukLe trajet est trop court pour que ma bravade ne s’effrite pas. La voiture glisse dans des rues bordées de bougainvilliers écarlates, sous un soleil qui frappe les vitres teintées comme un coup de poing assourdi. L’air conditionné sent le cuir neuf et… la tension silencieuse.Lysander arrête l







