로그인Ils échangent les alliances. Des anneaux simples, en or blanc, à peine polis, à peine brillants, gravés à l'intérieur de deux mots qu'ils sont les seuls à connaître. Le maire les déclare unis. Ils s'embrassent. Un baiser long, profond, qui n'en finit pas, qui arrache des applaudissements, des sifflements, des cris de joie. Les pétales de rose volent dans les airs, lancés à pleines poignées par les enfants d'un cousin éloigné. Le soleil décline derrière les cyprès, le ciel devient orange, rose, violet, une palette de peintre. Je pleure. Sans retenue. Sans fausse pudeur. Les larmes coulent sur mes joues, salent mes lèvres, tachent ma robe. Je m'en fiche. Dante pleure aussi, même s'il jure le contraire, même s'il renifle en marmonnant quelque chose sur le pollen, la poussière, le vent qui a tourné. Le banquet s'ouvre dans un joyeux chaos méditerranéen. Les tables sont couvertes de plats fumants, de bouteilles de vin et de carafes d'eau fraîche.
Leo attend devant le maire, sous une arche de bois flotté tressé de romarin et de fleurs blanches. Il porte un costume gris clair, une chemise en lin, une cravate lavande qui rappelle le bouquet de Clara. Il a coupé ses cheveux, lui qui les portait toujours longs, noués en catogan, un peu hirsutes. Il a taillé sa barbe. Il s'est même parfumé, ce qui doit être une première dans l'histoire de l'humanité. Leo, le soldat, le tueur, le lieutenant de Dante, l'homme qui a exécuté des ordres que personne n'ose évoquer, cet homme-là ressemble aujourd'hui à un jeune marié ordinaire, nerveux, ému, humain. Je ne l'ai jamais vu comme ça. En vingt ans que Dante le connaît, en six ans que je le connais, je ne l'ai jamais vu comme ça. Ses doigts tripotent le revers de sa veste, se passent dans ses cheveux, se referment en poings dans son dos, s'agitent comme des oiseaux affolés. Sa mâchoire est crispée. Ses yeux brillent. Il a une larme sur la joue, une seule, qu'il n'essu
Je ris. Je caresse ses cheveux, ses tempes, l'arrière de son crâne. Ses yeux sont fermés, son visage est détendu, presque enfantin. La cicatrice sur son front, celle qu'il a eue quand son père l'a frappé avec une bouteille, brille faiblement à la lueur des bougies qui s'éteignent. Je passe mon pouce dessus, doucement, comme on lisse un défaut sur un tissu précieux. — On va se marier, dis-je, pour essayer les mots, pour les goûter. — On va se marier. — Un grand mariage, ou un petit ? — Un petit. Très petit. Juste Leo, Marc, Clara, ta mère, le minimum. — Le minimum vital. — Le minimum essentiel. — Et la robe ? — Blanche. Classique. Dos nu. Pas de dentelle. Pas de strass. Juste du satin, ou de la soie, un truc simple qui te fait ressembler à une déesse grecque. — Tu y as déjà pensé, toi. — J'y pense depuis le premier jour. Depu
Sa réponse est immédiate, instinctive, sans calcul. Il a tourné la tête vers moi. Ses yeux brillent dans la nuit, deux braises noires, deux étoiles tombées. Je soutiens son regard. Mon cœur s'est mis à battre plus fort, plus vite, comme si je courais. Mes doigts se crispent sur mes genoux. Je ne m'attendais pas à ça. Pas ce soir. Pas après tout ce qui s'est passé. Mais avec Dante, les déclarations tombent toujours au moment le plus inattendu, quand la garde est baissée, quand l'émotion est à fleur de peau. — Tu es sérieux ? — Je suis toujours sérieux quand il s'agit de toi. Il se redresse sur un coude. Ses cheveux sont en bataille, sa barbe naissante dessine des ombres sur ses joues, ses lèvres ont un pli résolu. Son torse se soulève au rythme de sa respiration plus rapide. Il me regarde comme on regarde une promesse. Comme on regarde une icône. Comme on regarde la seule chose qui compte dans l'univers.
Anouk Le toit de l'immeuble est notre sanctuaire secret, notre île suspendue au-dessus du vacarme de la ville. Personne d'autre que nous n'y monte jamais. La trappe d'accès est rouillée, la serrure cassée, l'escalier de service encombré de cartons oubliés et de meubles abandonnés par d'anciens locataires. Mais tout en haut, passé le dernier palier, passé la dernière volée de marches qui gémissent sous les pieds, il y a ce rectangle de ciel. Ce toit-terrasse que j'ai transformé en jardin suspendu. Des pots de terre cuite alignés contre les acrotères, débordant de géraniums, de romarin, de thym, de lavande. Un matelas gonflable qu'on a monté un soir d'été, en sueur, en riant, en manquant de le faire exploser dans la cage d'escalier. Une couverture rêche en laine militaire, héritée de l'armée italienne, qui gratte la peau mais qui tient chaud. Deux coussins volés au canapé, brodés par ma mère, un peu fanés, un peu tachés, mais doux, moelleux, fidèles. Des
Je pose la tasse sur la table basse. Je me tourne vers lui. Son visage est tout proche, ses yeux dans les miens, sa bouche à quelques centimètres de la mienne. Les cernes sous ses yeux sont plus creusés que d'habitude. Lui non plus n'a pas dormi. Depuis trois jours, depuis la mort de Castellano sur ce parvis, il n'a pas fermé l'œil. Il a géré les conséquences, les formalités, les arrangements. Il a protégé nos arrières, effacé les traces, verrouillé les issues. Il a tout pris sur lui, comme d'habitude, sans se plaindre, sans rien demander en retour. Simplement parce que c'est lui. Simplement parce qu'il m'aime. — Merci, dis-je. — De quoi ? — D'être là. De m'avoir soutenue. De ne pas l'avoir tué toi-même. — Je l'aurais fait si tu me l'avais demandé. — Je sais. C'est pour ça que je ne te l'ai pas demandé. Il sourit. Un sourire las, triste, mais vrai. Il se penche, pose ses lèvres sur m
AnoukDeux heures.Le médecin travaille sans s'arrêter. La sueur perle sur son front. Son assistant éponge, passe des instruments, tient des écarteurs.— La balle a touché l'omoplate, dit-il sans cesser d'œuvrer. Fracassé l'os. Sectionné une artère. Il a perdu beaucoup de sang. Je fais ce que je pe
AnoukSa main lâche la mienne, touche mon ventre.— Et si... si tu es enceinte... tu lui dis que son père... que son père l'aimait avant même de savoir qu'il existait.Je pleure. Les larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Elles tombent sur son visage, se mêlent à son sang.— Je le lui dirai
AnoukNous sortons de la chambre des offrandes et le monde nous tombe dessus.Pas métaphoriquement. Littéralement. La porte à peine franchie, une main m'agrippe les cheveux, tire en arrière. Je bascule, ma nuque craque, un cri s'étrangle dans ma gorge.— Salope.La voix de Marco. Son visage au-dess
AnoukDeux syllabes. Aucune emphase. Et pourtant, Marco plie. Il passe devant moi sans me toucher, comme si j’étais contagieuse. La porte se referme dans un bruit de velours.Nous sommes seuls.La bibliothèque semble soudain immense. Les livres sur les murs sont des témoins muets. Le cognac dans la







