LOGINJe le serre contre moi. Je caresse ses cheveux, son dos, ses épaules. Il tremble. Tout son corps tremble. Ce corps qui a tué, qui a frappé, qui a survécu. Ce corps qui est le mien. Ce corps que j'aime. Il me prend. Doucement. Tendrement. Comme s'il demandait pardon avec son corps, avec ses mains, avec sa bouche. Il me déshabille lentement, religieusement, comme un prêtre qui prépare un autel. Ses doigts effleurent ma peau. Ses lèvres déposent des baisers légers sur mes épaules, mes seins, mon ventre. — Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau. — Moi aussi. — J'ai eu peur. — Moi aussi. — Je ne veux plus jamais avoir peur. — Alors ne me fais plus peur. Il me regarde. Ses yeux brillent dans le noir. Il hoche la tête. Un pacte. Une promesse. Un serment silencieux. Il me prend sur le lit. Lentement. Chaque geste est une prière, chaque caresse une
Ma gorge se serre. Ma poitrine se comprime. Je sens les larmes qui remontent. — Il devrait avoir peur, dis-je. Il a failli me frapper. — Il ne t'a pas frappée. — Ce n'était pas loin. — Mais il ne l'a pas fait. — Cette fois. Leo pousse un soupir. Il passe une main sur son visage, frotte ses yeux, secoue la tête. — Anouk, dit-il. Je connais Dante depuis vingt ans. Je l'ai vu tuer. Je l'ai vu torturer. Je l'ai vu faire des choses que tu ne peux même pas imaginer. Mais je ne l'ai jamais vu aimer quelqu'un comme il t'aime. Et je ne l'ai jamais vu avoir peur comme il a peur maintenant. — Il a peur de quoi ? — De lui-même. De ce qu'il est. De ce qu'il pourrait devenir. Il m'a dit une phrase, tout à l'heure. Il m'a dit : si je la perds, je n'ai plus de raison d'être humain. Le silence. La lumière rose du néon qui clignote, dehors. U
Anouk Je cours. Je ne sais pas où je vais. Je cours, c'est tout. Mes pieds frappent le trottoir, mon souffle est court, mes poumons brûlent. La nuit est tombée sur Marseille. Les lampadaires projettent des flaques de lumière orange sur l'asphalte mouillée. Il a plu. Je n'avais pas remarqué. Mes jambes tremblent. Mon cœur bat trop vite, trop fort, comme s'il voulait sortir de ma poitrine. Je m'arrête au coin d'une rue, pliée en deux, les mains sur les genoux. Je respire. J'essaie de respirer. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me redresse. Je regarde autour de moi. Je ne reconnais rien. Les immeubles sont sales, les volets sont fermés, les tags recouvrent les murs. Une rue déserte, une rue morte, une rue comme il y en a tant dans cette ville. Un chien fouille dans une poubelle renversée. Un rideau bouge derrière une fenêtre. Quelqu'un regarde. Quelqu'un attend. Je me remets à marcher. Plus lentement.
Je la reconnais. Cette voix. Ce souffle. Cette folie. Je l'entendais quand j'étais petite, dans le noir, derrière ma porte fermée à clé. Je l'entendais crier, insulter, menacer. Je l'entendais pleurer, parfois. Prier, peut-être.— Castellano.— Ma fille.— Je ne suis pas ta fille.— Tu es ma fille. Tu as mon sang. Tu as mes yeux. Tu as ma rage.— Qu'est-ce que tu veux ?— Dante.— Il n'est pas là.— Je sais. Mais tu vas me le donner.— Comment ?— En venant me chercher.— Où ?— Là où tout a commencé. L'appartement. Celui de ta mère.— Pourquoi ?— Parce que je veux mourir là où elle est morte. Et je veux que Dante me tue. Mais pour ça, il faut que tu sois là. Il ne viendra que pou
Il s'approche de moi. Il s'accroupit devant le lit. Il pose ses mains sur mes genoux. Ses doigts sont glacés. Ou peut-être que ce sont mes genoux qui sont froids.— Je reviendrai, dit-il. Parce que je t'aime. Parce que tu m'attends. Parce que j'ai quelque chose à perdre, maintenant. Pour la première fois de ma vie.— Je t'attendrai.— Je reviendrai.— Tu le jures ?— Je le jure.Il se lève. Il m'embrasse sur le front. Un baiser rapide, presque froid. Puis il se dirige vers la porte.— Dante, dis-je.Il s'arrête. Il ne se retourne pas.— Fais attention à toi.— Toujours.Il sort. La porte claque. Le bruit résonne dans l'appartement vide, se répercute dans le couloir, s'éteint dans l'escalier.Je reste seule dans le lit. Seule dans l'appartement. Seule dans la ville.
Il entre en moi. D'un seul geste. Sans douceur. Sans précaution. Comme un homme qui revient de la guerre, qui a besoin de sentir qu'il est vivant, qu'elle est vivante, qu'ils sont vivants.Je crie. De surprise, de plaisir, de douleur. Ma tête heurte le bras du canapé. Je m'en fous.— Pardon, dit-il.— Ne t'arrête pas.Il bouge. Lentement d'abord. Comme s'il se retenait. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Son bassin cogne contre le mien. Le canapé grince. Le mur tremble.Ses mains sont partout. Mes seins, mes hanches, mes cuisses. Il me possède. Il me prend. Il me fait sienne. Il m'oublie. Il s'oublie.— Regarde-moi, dit-il.Je le regarde.Son visage est tendu, concentré, presque douloureux. Une veine bat sur sa tempe. Ses yeux sont brillants, humides, fous. Des larmes, peut-être. Ou juste la lumière.— Je t'aime, répèt
Il ne dit rien. Il lève sa main, pose ses doigts sur ma joue. Ses doigts sont tièdes, ils tracent le contour de ma pommette, suivent la ligne de ma mâchoire, s'attardent sur mes lèvres.— Tu ne me perdras pas, dit-il.— Tu ne peux pas le promettre.— Je le prome
Les hommes se dispersent. Silencieux, rapides, efficaces. Des ombres qui glissent entre les containers, qui disparaissent dans l'obscurité. Leo part sur la droite, ses hommes derrière lui. Gérard sur la gauche.Marc s'approche de nous.— On les a, dit-il.
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
Il rit. Un rire doux, triste, magnifique. Un rire qui vient du fond de lui, qui secoue ses épaules, qui fait briller ses yeux.— Ça n'a pas de sens.— Je m'en fous.Je me lève. La chaise tombe derrière moi avec un bruit de bois contre l







