LOGINChapitre 5
Alina
Le manoir Velkor se dresse au sommet d'une colline boisée, une bâtisse de pierre grise hérissée de tourelles et de gargouilles qui semble défier le ciel chargé de nuages, et la limousine franchit les grilles de fer forgé avant de remonter l'allée bordée de cyprès centenaires. Je descends de voiture, ma robe de mariée toujours froissée par la cérémonie, et le vent glacé s'engouffre sous mon voile avec une morsure qui me rappelle que je ne suis pas la bienvenue ici.
Une femme d'une cinquantaine d'années, vêtue d'une robe sombre et stricte, s'avance vers moi.
— Madame Velkor, je suis Madame Delcourt, l'intendante du manoir. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer vos appartements.
Nous traversons le hall d'entrée, une cathédrale de marbre et de boiseries où mes talons résonnent avec un écho funèbre, et je sens les regards des domestiques posés sur moi comme des doigts accusateurs. L'un d'eux, un jeune valet, se penche vers une femme de chambre et murmure quelque chose que je ne perçois pas distinctement, mais dont je devine la teneur aux ricanements étouffés qui s'ensuivent.
— Vos appartements, Madame. La chambre, le boudoir, la salle de bains. Monsieur le Sénateur occupe l'aile opposée.
La chambre est somptueuse, avec son lit à baldaquin tendu de velours bleu nuit et ses meubles en bois précieux, mais la beauté du lieu ne parvient pas à dissiper le froid qui y règne, un froid qui vient des murs eux-mêmes.
— Le dîner sera servi à vingt heures. Monsieur le Sénateur ne sera pas présent ce soir.
— Il n'est pas là ?
— Une affaire urgente au Sénat. Il m'a chargée de veiller à votre confort.
— Mon confort, répétai-je avec un sourire amer. Merci, vous pouvez disposer.
Les jours qui suivent confirment ce que je pressentais. Les domestiques m'évitent avec une application qui frise l'insolence, leurs regards me fuient, leurs réponses sont brèves, à peine polies.
Un matin, dans le couloir, je surprends une conversation entre deux femmes de chambre.
— Tu as vu comment elle marche ? La fille du prisonnier, qu'on l'appelle à l'office. Elle a du culot de porter le nom de Monsieur le Sénateur après ce que son père a fait.
— Paraît qu'elle l'a épousé juste pour sauver sa peau. Une sacrée arriviste.
Je reste pétrifiée derrière le mur, les joues en feu, les poings serrés. La fille du prisonnier. Voilà comment on m'appelle ici.
Le soir, un dîner est organisé. Adrian m'a fait prévenir que ma présence était requise, et je descends au salon dans une robe de velours émeraude. Les invités sont déjà là, des notables, des politiciens, leurs épouses couvertes de bijoux. Je m'approche d'un groupe de femmes près du piano.
— Bonsoir, je suis ravie de faire votre connaissance.
Elles se tournent vers moi, leurs visages se ferment.
— Ah, dit l'une d'elles. La nouvelle Madame Velkor.
Puis elle se détourne et reprend sa conversation comme si je n'existais pas. Les autres l'imitent, leurs dos se tournent vers moi, et je reste plantée là, invisible, humiliée.
Je me réfugie près d'une fenêtre, les yeux fixés sur les jardins obscurs. Cette maison luxueuse est une prison bien plus cruelle que la cellule de mon père. Ici, il n'y a pas de barreaux, mais chaque regard est une chaîne, chaque silence est un mur. Et je suis seule, terriblement seule.
Chapitre 38AdrianLe tribunal a rendu sa décision, une décision que mes avocats attendaient depuis des semaines, que je redoutais et que j'espérais tout à la fois, et les mots du juge résonnent encore dans ma tête comme une sentence de vie après la sentence de mort qui pesait sur moi depuis mon arrestation. Liberté provisoire, sous contrôle judiciaire, dans l'attente du procès qui déterminera si je suis coupable ou innocent du meurtre du ministre Davignon. Les nouvelles preuves apportées par Damian, combinées à la lettre du juge Morel et à la clé USB que j'avais cachée dans mon bureau, ont suffi à ébranler les certitudes de l'accusation, à semer le doute dans l'esprit des magistrats, à ouvrir une brèche dans le piège que Marcus Dorian avait refermé sur moi.
Chapitre 36AdrianLa nuit est tombée sur le manoir, une nuit de printemps douce et claire où les étoiles scintillent dans le ciel comme des diamants jetés sur un tapis de velours noir, et je marche d'un pas lent dans les couloirs déserts, incapable de trouver le sommeil, l'esprit encore agité par tout ce qui s'est passé ces derniers jours, par ce procès qui m'attend, par la menace que Marcus Dorian fait peser sur nous, par cet amour nouveau qui m'habite et qui me donne des ailes tout en me rendant plus vulnérable que jamais. Je suis passé devant la chambre d'Alina, j'ai entrouvert la porte pour vérifier qu'elle dormait paisiblement, et j'ai constaté que le lit était vide, les draps repoussés, l'oreiller sans empreinte, et une bouffée d'angoisse m'a serré la gorge jusqu'à ce que j'aperçoive un rai de lumière so
Chapitre 35AlinaLe manoir Velkor se dresse devant nous dans la lumière déclinante du crépuscule, ses tourelles centenaires se découpant sur le ciel orangé comme les sentinelles d'une forteresse imprenable, et je reste un long moment immobile sur le gravier de l'allée, la main d'Adrian dans la mienne, le cœur gonflé d'une émotion que je n'aurais jamais cru possible il y a quelques semaines encore, quand cette demeure n'était pour moi qu'une prison dorée, un tombeau de marbre et de velours où je me fanais lentement dans la solitude et le silence. Aujourd'hui, tout a changé, le monde a basculé sur son axe, et cette maison qui m'inspirait de la répulsion et de la tristesse m'apparaît soudain comme un refuge, un sanctuaire, un foyer que je n'aurais jamais espéré retrouver.Adrian est sorti de l'hô
Chapitre 34VictoriaJe suis assise dans ma limousine, les mains crispées sur le cuir des accoudoirs, le regard fixe, le visage brûlant de honte et de rage, et je regarde défiler les rues de la capitale sans les voir vraiment, aveuglée par l'humiliation que je viens de subir, par cette scène que le monde entier a vue, que les chaînes d'information diffusent en boucle, que les réseaux sociaux commentent avec une cruauté jubilatoire. Adrian Velkor m'a chassée de sa chambre, il m'a jetée dehors comme une servante indigne, il m'a humiliée devant les caméras, devant les journalistes, devant cette petite intrigante aux yeux verts qui a eu tout ce que je n'ai jamais pu avoir, son nom, son amour, sa reconnaissance publique.— Madame Lancaster, nous sommes arrivés, dit mon chauffeur en se garant devant les grilles de ma résidence
Chapitre 33AdrianLa douleur dans mon épaule est une compagne familière maintenant, une présence constante qui palpite au rythme de mon cœur et qui me rappelle à chaque instant que je suis vivant, que j'ai survécu, que le destin m'a laissé une seconde chance que je n'ai pas l'intention de gaspiller. Les médecins m'ont expliqué que la balle avait traversé les chairs sans toucher l'os, un miracle, ont-ils dit, une chance inouïe, et j'ai hoché la tête sans répondre, parce que je sais que ce n'était pas de la chance, que c'était la providence, ou le destin, ou n'importe quelle force supérieure qui veille sur les hommes assez fous pour se jeter devant une voiture afin de protéger la femme qu'ils aiment.Victoria est assise à mon chevet depuis mon réveil, elle ne me quitte pas, elle virevolte
Chapitre 32AlinaL'hôpital est un labyrinthe de couloirs blancs, de néons agressifs et d'odeurs d'antiseptique qui prennent à la gorge et soulèvent le cœur, et je traverse ces dédales interminables d'un pas rapide, le souffle court, les mains encore tremblantes de ce qui s'est passé sur le parking de la prison, de cette voiture qui fonçait sur moi, de ce corps qui s'est jeté devant le mien, de ce sang qui coulait entre mes doigts pendant que j'attendais les secours en priant tous les saints du ciel pour qu'Adrian survive, pour qu'il ne meure pas, pour qu'il ne m'abandonne pas avant que j'aie pu lui dire tout ce que j'avais sur le cœur. Les médecins m'ont rassurée, la blessure est sérieuse mais pas fatale, la balle a traversé l'épaule sans toucher d'organe vital, et il se remettra, il se remettra, ces mots résonnent dans ma tête







