Mag-log inChapitre 6
Adrian
Le feu crépite dans la cheminée de mon bureau, et je parcours les rapports que mes collaborateurs ont déposés sur ma table avec une attention distraite. Cela fait trois semaines qu'Alina est arrivée au manoir, trois semaines que notre mariage de façade a commencé, et je dois reconnaître qu'elle joue son rôle avec une discipline qui force le respect. Elle apparaît aux dîners, souriante et réservée, elle salue mes invités avec une grâce qui ne laisse rien paraître. Pourtant, quelque chose ne va pas, un malaise diffus que je perçois sans parvenir à l'identifier.
Madame Delcourt frappe à la porte, trois coups discrets, et entre sans attendre ma réponse.
— Monsieur le Sénateur, puis-je vous entretenir un instant ?
— Bien sûr. De quoi s'agit-il ?
Elle s'avance jusqu'au bureau, les mains croisées devant elle.
— Il s'agit de Madame. J'ai surpris hier deux femmes de chambre qui parlaient d'elle dans des termes inacceptables. Elles l'appelaient « la fille du prisonnier ». Elles ricanaient en disant qu'elle avait épousé Monsieur par intérêt.
Je sens ma mâchoire se crisper.
— Qui sont ces employées ?
— Lucie Morel et Hélène Dubois, de l'équipe d'entretien. Mais elles ne sont pas les seules. Depuis l'arrivée de Madame, il y a comme un vent de médisance qui souffle sur l'office. Les domestiques ne lui adressent la parole que contraints, ils détournent le regard quand elle passe, et j'ai même vu certains invités lui tourner le dos lors de la dernière réception.
— Et vous me dites cela seulement maintenant ?
— Je voulais en être sûre avant de vous en parler. Aujourd'hui, j'ai entendu de mes propres oreilles une conversation qui ne laisse aucun doute. On traite votre épouse comme une pestiférée.
Je me lève, les mains croisées dans le dos, et contemple les jardins par la fenêtre.
— Renvoyez-les. Lucie Morel et Hélène Dubois. Qu'elles quittent le manoir avant demain matin.
— Très bien, Monsieur. Dois-je faire passer un message au reste du personnel ?
— Dites-leur simplement que ces deux employées ont été congédiées pour manquement à leur devoir de respect. Pas de détails. Le message sera assez clair.
Delcourt incline la tête et se retire. Pourquoi cette colère en moi ? Alina n'est qu'une épouse de papier, un pion sur mon échiquier politique. Je ne devrais pas me soucier de la façon dont on la traite.
Et pourtant.
Je me souviens de son visage lors de la dernière réception, cette expression fugace de détresse qu'elle a masquée trop tard. Je me souviens de sa voix lorsqu'elle a signé le contrat, cette résignation teintée d'amertume. Mais je ne la défendrai pas publiquement. La défendre publiquement, ce serait lui donner une place qu'elle ne doit pas avoir, ce serait ouvrir une brèche dans la forteresse que j'ai bâtie autour de mon cœur.
La distance est la meilleure protection contre les sentiments. Je me le répète en serrant les dents jusqu'à ce que la conviction l'emporte sur le doute. Pourtant, cette nuit-là, en passant devant sa porte, je ralentis le pas. Un rai de lumière filtre sous le battant. Je m'arrête un instant, la main levée vers la porte, puis je l'abaisse sans avoir frappé.
La distance. La distance est la meilleure protection. Je regagne mes appartements sans me retourner, mais le doute, une fois semé, est une graine qui germe dans les interstices de la certitude.
Chapitre 49AlinaAdrian s’endort. Sur le canapé. Sa tête inclinée. Ses traits détendus. Presque enfantins.Je le regarde. Longuement.Et je comprends.Je n’ai plus envie. De le détruire.La pensée me frappe. En pleine poitrine. Comme une lame.Je n’ai plus envie. De le faire tomber. De le réduire en cendres. De le voir souffrir. De le voir s’effondrer. Comme mon père. Le jour du verdict.Je n’ai plus envie. De vengeance. De haine. De colère.Je n’ai plus envie. Que de lui.Et cette pensée. Me terrifie.Je me lève. Doucement. Pour ne pas le réveiller. Je marche. Vers la fenêtre.Et je me sens. Coupable.Coupable. D’avoir trahi. Mon père. Coupable. D’avoir oublié. Ma promesse. Coupable. D’aimer. L’homme. Qui l’a dét
Chapitre 48AdrianJe ne quitte pas le manoir cette nuit. Pour la première fois depuis des semaines. Des mois. Je ne retourne pas dans mon bureau. Je ne m’enferme pas avec mes dossiers. Je ne me cache pas derrière mes secrets.Je reste avec elle.Nous sommes dans le salon. Le feu crépite. Les ombres dansent. Sur les murs. Sur nos visages. Alina est assise sur le canapé. Ses jambes repliées. Sous elle. Sa robe de chambre. En soie pâle. Ses cheveux. Défaits. Ses yeux verts. Posés sur moi.— Tu ne dors pas ? demande-t-elle.— Non. Je n’ai pas sommeil.— Moi non plus.Un silence. Tiède. Complice.— Tu veux qu’on parle ?— De quoi ?— De tout. De rien. De nous.Elle sourit. Ce sourire. Qui me désarme. Qui me brise. Qui me sauve.&nbs
Chapitre 47AlinaLa limousine s’engage dans l’allée du manoir. Les phares trouent l’obscurité. Je suis assise à côté d’Adrian. Sa veste est encore sur mes épaules. Je la serre contre moi. Elle sent son parfum. Je respire. Une fois. Deux fois. Pour me calmer. Pour réaliser. Ce qui vient de se passer. Ce qu’il a dit. Devant tous. Devant les caméras. Devant le monde.La voiture s’arrête. Le chauffeur ouvre la portière. Nous descendons. Le gravier crisse sous nos pas. Le manoir est silencieux. Les domestiques sont couchés. Le hall est désert.Je m’arrête au milieu du hall. Je me tourne vers lui.Il est là. Debout. La chemise entrouverte. Les traits tirés. Les yeux gris. Posés sur moi. Avec une intensité. Qui me coupe le souffle
Chapitre 46VictoriaJe suis dans ma limousine. Les mains crispées sur le cuir. Le regard fixe. Le visage brûlant. De honte. De rage. De haine.Je viens de le voir. Devant les caméras. Devant la nation. Devant moi.Il a pris sa main. Il l'a levée. Il a dit ces mots. Ces mots qui m'ont transpercée. Comme une lame.— Cette femme. Alina Velkor. Est mon unique épouse. Mon unique amour. Ma vie.Les mots tournent dans ma tête. En boucle. Un carrousel. Infernal.Il l'aime. Adrian aime Alina. Ce n'est plus une alliance. Ce n'est plus un contrat. C'est de l'amour. Un amour véritable. Profond. Sincère. Un amour que je n'ai jamais réussi à susciter chez lui. Malgré toutes mes tentatives. Malgré toutes mes manœuvres. Malgré ces années. P
Chapitre 45AdrianJe suis au milieu de la salle. Un groupe de sénateurs. Des rires. Des flatteries. Des mains tendues. Je souris. Je hoche la tête. Je joue mon rôle. Mais quelque chose ne va pas. Quelque chose me manque.Alina.Je tourne la tête. Vers la foule. Je la cherche. Des yeux. Partout. Les robes. Les smokings. Les visages. Pas elle.Mon cœur se serre. Une seconde. Deux. Je balaie la salle du regard. Les écrans. Les photos. Victoria. Et ces murmures. Ces murmures que je n'avais pas entendus. Mais que je devine. Que je sens. Dans l'air. Dans les regards. Dans les sourires en coin.— Où est Madame Velkor ? demandé-je à un serveur qui passe.— Elle est sortie, Monsieur le Sénateur. Sur la terrasse. Elle semblait... bouleversée.
Chapitre 44AlinaJ’entre dans la salle de bal au bras d’Adrian. Robe de mousseline bleu pâle. Cheveux relevés. Sourire plaqué. Je suis l’épouse parfaite. L’épouse souriante. L’épouse épanouie.Mais les regards. Dès que je franchis le seuil. Les regards me frappent. Comme des gifles. Des regards lourds. Hostiles. Venimeux.Les écrans géants. Tout autour. Des photos. D’Adrian. Et de Victoria. Souriants. Complices. Heureux. Le passé. Leur passé.Je sens mon cœur se serrer. Mais je ne montre rien. Je souris. J’avance. Je salue. Je remercie.— Madame Velkor. Ravie de vous voir.— Merci.— Quelle belle soirée.— Oui.Les m







