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Chapitre 3 : Le Spectacle de la Honte  

Author: Eda
last update publish date: 2026-03-24 23:26:48

  ​La musique du Club Onyx n’est plus qu’une pulsation sourde qui cogne contre mes tempes, un rythme cardiaque étranger qui tente de couvrir le vacarme de mon propre effroi. L’air est saturé de l’odeur de cigares coûteux et d’une humidité poisseuse qui me colle à la peau. Je sens le cuir froid du canapé contre l’arrière de mes jambes, mais c’est la chaleur brutale de la main de Miller qui m’étouffe réellement. Sans un mot, sans même m’accorder le regard qu’on offre à un être humain, il me tire vers lui d'un coup sec.

  ​Je bascule. Mes hanches rencontrent ses cuisses dures, recouvertes d'un tissu de costume hors de prix. Je me retrouve assise sur ses genoux, comme une poupée de chiffon qu’on expose pour amuser la galerie. Ses doigts s’aventurent immédiatement sur ma taille, serrant la chair avec une force inutile, avant de remonter vers mes cuisses. Le contact est intrusif, une profanation lente que je dois subir sans ciller. Je reste pétrifiée, les yeux fixés sur mes propres mains jointes, mes phalanges blanchies par la force de ma crispation.

  ​Je ne regarde pas Julian. Je ne ressens aucune jalousie de le voir avec une autre ; la seule émotion qui hurle dans mes veines est un désir de mort, une envie de m'évaporer pour ne plus sentir les doigts de cet étranger sur moi. Sienna se penche vers nous, un sourire en coin qui ne présage rien d'autre que du venin. Elle passe une main lente sur l’épaule de Julian, ses ongles manucurés brillant comme des griffes sous les projecteurs tamisés.

  ​« Tu vois, Julian, ta secrétaire est bien plus docile qu’elle n’en a l’air. On dirait qu'elle a enfin trouvé quelqu'un à sa mesure, n'est-ce pas ? »

  ​Sa voix est une caresse empoisonnée. Elle suggère l'infamie, jetant mon honneur en pâture aux associés qui nous entourent. Miller laisse échapper un rire gras qui fait vibrer ma cage thoracique. Il écarte mes cheveux de mon cou avec une lenteur de prédateur, exposant ma peau pâle aux reflets bleutés du club.

  ​« Monsieur Vane, votre secrétaire est tellement gentille et douce » murmure-t-il, son souffle chargé d'alcool venant brûler mon oreille. « Une perle rare. On ne trouve plus de femmes capables de rester si calmes lorsqu'un homme s'occupe d'elles. »

  ​Julian ne répond pas. Il porte son verre de cristal à ses lèvres, le liquide ambré captant la lumière crue de la table. Ses yeux d’acier sont rivés sur moi, d'une fixité terrifiante. Il observe chaque mouvement des mains de Miller, chaque frémissement de mon corps qui tente désespérément de se recroqueviller. Le silence qu’il maintient est une sentence de mort. Puis, d’un geste d’une audace insupportable, il avance sa main libre. Ses doigts se referment brusquement sur mon sein gauche, m’empoignant à travers le tissu fin de mon chemisier de soie blanche.

  ​Je sursaute violemment, un cri de surprise mourant dans ma gorge. Le choc électrique de son toucher, si brutal, si public et si méprisant, me propulse hors des genoux de Miller. Je me lève d’un bond, le corps secoué de tremblements que je ne peux plus cacher.

  ​« Je... je vous demande pardon... » bégayai-je en reculant, mes mains cherchant un appui invisible dans l'air.

  ​Mais la scène qui s’offre à mes yeux finit de m'achever. Sienna est désormais en califourchon sur Julian, ses jambes enserrant ses hanches avec une impudeur totale. Elle lui embrasse la gorge, ses mains s’égarant dans sa chevelure sombre avec une ferveur qui semble amuser les autres hommes présents. Julian la laisse faire, la tête légèrement renversée, son regard toujours ancré dans le mien, sans une once de pitié.

  ​« Assise » ordonne-t-il simplement.

  ​Sa voix est grave, une vibration basse qui semble commander à mes muscles de m'effondrer. C’est un ordre de maître à son bétail. Je baisse le regard, voyant Monsieur Miller s’impatienter. Son visage s'est empourpré de colère. Je recule encore d’un pas, prête à m’enfuir, à courir jusqu'à ce que mes poumons brûlent, mais une douleur fulgurante irradie soudain de mon cuir chevelu.

  ​Miller m’a saisie par les cheveux. Il me tire en arrière avec une force animale. Je pousse un hurlement étouffé alors que mes genoux percutent le marbre dur du sol. Le choc me coupe le souffle, une douleur sourde remontant le long de mes jambes. Avant que je puisse esquisser le moindre geste de défense, sa main s’abat sur ma joue gauche.

  ​Le claquement de la gifle résonne plus fort que les basses de la musique. Ma tête bascule violemment sur le côté, un goût métallique et chaud envahissant immédiatement ma bouche. Je sens ma peau brûler, l'empreinte de ses doigts marquant ma défaite. Il ne s'arrête pas là. Il me traîne par les cheveux jusqu’au centre du cercle, là où la lumière est la plus forte, pour que personne ne manque une miette de mon agonie.

  ​« Petite idiote » siffle Miller entre ses dents. « Tu penses vraiment que tu as le choix ? Tu penses que ton petit corps de secrétaire vaut plus que les millions que nous discutons ici ? »

  ​Il saisit une bouteille de whisky entamée sur la table basse. D’un geste sec, il la renverse au-dessus de ma tête. Le liquide brûlant coule sur mon front, s’infiltre dans mes yeux qui me brûlent instantanément, avant de saturer mon chemisier blanc. Le tissu devient transparent sous l'effet de l'alcool, collant à ma peau comme une seconde enveloppe, révélant la moindre courbe de mon anatomie à l’assemblée qui s'esclaffe. Le froid me fait frissonner de manière convulsive, contrastant avec la honte incendiaire qui me consume.

  ​« Traînée ! Tu oses te refuser à moi alors que Monsieur Vane lui-même t'a offerte ? » hurle-t-il en me gratifiant d'une seconde gifle qui me jette à plat ventre sur le sol trempé.

  ​Je sanglote, le visage contre le marbre froid, le nez dans l'odeur rance de l'alcool.

  ​« Pardonnez-moi... s’il vous plaît... » suppliai-je entre deux hoquets. « Je... je ne suis juste pas habituée à ces manières... je vous en supplie, arrêtez... »

  ​Miller se penche sur moi, saisissant mon menton avec une brutalité qui manque de me déboîter la mâchoire. Il me force à regarder Julian. Mon maître n'a pas bougé d'un millimètre. Sienna continue de caresser son torse, déposant des baisers sur sa mâchoire, tandis qu'il reste là, spectateur de ma destruction. Son silence est le plus cruel des poisons.

  ​« Tu veux mon pardon ? » ricane Miller en saisissant un verre propre. « Pour que tu puisses être pardonnée, petite sainte, tu vas devoir nous prouver que tu sais boire comme une grande fille. Tu vas avaler cent verres de ce breuvage. Ici même. Devant tout le monde. Si tu t'arrêtes, si tu vomis, je m'assurerai que ton mari finisse dans un caniveau avant l'aube. »

  ​Il remplit le premier verre à ras bord et me le tend avec un sourire de prédateur satisfait. Je lève les yeux vers Julian, une dernière fois, cherchant une étincelle, un mot, n'importe quoi qui pourrait me sauver de cette noyade forcée. Mais il détourne le regard vers Sienna, saisissant sa taille pour l'approcher davantage de lui.

  ​Je prends le verre d'une main qui ne m'appartient plus. Le liquide m'arrache la gorge, m'étouffe, mais je bois sous les rires et les encouragements obscènes de la galerie. Je suis au centre de la pièce, trempée, humiliée, brisée, tandis que l'homme que je sers chaque jour observe ma chute avec la froideur d'un dieu antique exigeant un sacrifice.

  ​Chaque gorgée est une insulte à la mère que je suis, à la femme que j'étais. Et le pire, c'est que je sais que je boirai jusqu'au dernier verre, simplement parce que je n'ai plus rien d'autre à vendre que ma propre agonie.

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