LOGINElle regarde. Elle enregistre. Elle analyse.Je comprends pourquoi.Nous sommes côte à côte, Liora et moi. Pas séparées par la foule comme nous l'aurions fait autrefois. Pas à distance l'une de l'autre comme des étrangères qui partagent un nom sans le vouloir. Côte à côte. Nos épaules se touchent presque. Nos bracelets assortis brillent à nos poignets dans la lumière crue de l'aéroport.Elara s'approche lentement, comme si elle avait peur que l'image se brise si elle allait trop vite, comme si nous étions un mirage qui risquait de se dissoudre.— Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-elle, et sa voix est pleine d'une stupeur qu'elle ne cherche même pas à cacher.— Beaucoup de choses, dis-je.— Vous êtes... ensemble ?— On est sœurs, dit Liora d'un ton sec qui n'admet pas de réplique. On voyage ensemble. C'est un crime ?Elara la regarde. Puis me regarde. Puis regarde à nouveau Liora, avec cette intensité qu'elle met dans tout ce qu'elle fait.— Non, dit-elle enfin. Ce n'est pas un cri
NayaLa porte coulissante de l'aéroport s'ouvre et le bruit nous frappe comme une vague déferlante.C'est un samedi soir à Charles-de-Gaulle, et l'aéroport est une ruche bourdonnante. La foule des voyageurs qui se pressent vers les sorties. Les annonces qui s'égrènent en trois langues dans les haut-parleurs. Les chariots qui grincent sur le sol en linoléum. Les familles qui se précipitent, s'embrassent, s'étreignent, se retrouvent.Après deux semaines de silence et de vagues, après le ressac lent de l'océan et le vent dans les cocotiers, c'est une agression pure et simple.Je cligne des yeux sous la lumière crue des néons, cette lumière blanche et sans pitié qui efface les ombres et donne à tout le monde l'air malade. À côté de moi, Liora ajuste la bandoulière de son sac sur son épaule d'un geste sec et précis. Quelque chose change dans sa posture, dans son visage, dans son énergie. Elle se recompose, se blinde, se cuirasse.Le masque parisien se remet en place.— Tu as récupéré tes b
Deux heures. C'est énorme. C'est plus que ce que je dors habituellement en une nuit entière, dans mon lit king size, avec mes draps en satin et mon oreiller ergonomique. Deux heures d'affilée, sans cauchemar, sans réveil nocturne, sans ce poids sur la poitrine qui me tire du sommeil toutes les quarante minutes.— Tu aurais dû me réveiller, dis-je.— Pourquoi ? Tu dormais bien. Pour une fois.— Pour ne pas être coincée. Pour ne pas avoir mon poids sur toi. Pour ne pas être obligée de rester immobile pendant des heures.— Je n'étais pas coincée. Je n'étais pas obligée. J'étais bien.Elle dit ça simplement, sans arrière-pensée, sans ironie, sans sous-entendu. J'&eac
Elle regarde ses mains comme si elle les voyait pour la première fois. De longues mains fines, manucurées, soignées , mais dessous, la même structure osseuse que Maria, la même attache des phalanges, la même texture de peau.— Je n'avais jamais remarqué, dit-elle.— Moi non plus. Pas avant cette semaine.L'avion se stabilise. Le signal lumineux s'éteint. Les turbulences sont passées, avalées par le ciel clair de l'après-midi.Liora ne retire pas sa main de la mienne.— Tu crois qu'on va y arriver ? demande-t-elle après un long silence.— À quoi ?— À être sœurs. Pour de vrai. Pas juste en théorie, pas jus
Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde les gens qui passent devant nous, pressés, indifférents à notre chagrin. Des hommes d'affaires en costume qui parlent dans leur téléphone. Des touristes en sandales qui traînent des valises à roulettes. Des familles entières qui partent en vacances, qui rentrent chez elles, qui se disputent, qui s'embrassent.Aucun d'eux ne sait ce que nous venons de vivre. Aucun d'eux ne peut imaginer ce que c'est que de quitter sa mère pour la deuxième fois.— J'ai promis de revenir, dis-je enfin.— Moi aussi.— Alors il faut tenir.— On tiendra.Naya pose sa tête contre mon épaule, doucement, comme pour ne pas s'imposer, comme si elle s
L'aéroport de Manille est une agression sensorielle.Le bruit d'abord , une clameur permanente, un bourdonnement de voix, de moteurs, de haut-parleurs qui crachent des annonces dans trois langues différentes. La lumière ensuite , des néons blancs, crus, impitoyables, qui écrasent tout relief et donnent aux visages des voyageurs une pâleur d'hôpital. L'odeur enfin , un mélange de café refroidi, de désinfectant et d'humanité fatiguée.Nous enregistrons nos bagages dans un état second. Les gestes sont mécaniques, vides de sens. Présenter le passeport. Poser la valise sur le tapis. Prendre la carte d'embarquement. Avancer dans la queue du contrôle de sécurité. Retirer ses chaussures. Vider ses poches. Passer sous le portique.Tout cela n'
LioraLe sujet de Naya, lancé ainsi, est comme une pierre dans l’eau stagnante.—Anaïs ? Elle était incompétente. J’ai exposé cette incompétence. C’est une leçon.— Une leçon, répète-t-il, avec une nuance d’ironie. Ou un avertissement ?Je le fixe, essayant de percer à jour son jeu.—Pourquoi vous
LioraLa limousine glisse dans la nuit parisienne, un cocon de cuir et de silence. Mon reflet, parfaitement net dans la vitre teintée, me fixe. J’essaye de retrouver en moi la froide satisfaction de ce matin, après avoir relégué Naya à son insignifiance dans la salle Atlas. Elle devait se sentir mi
NayaLe réveil sonne à six heures. Le son est un poignard dans le silence de mon sommeil lourd, agité. Je n’ai pas fermé l’œil avant trois heures du matin, mon cerveau tournant en boucle entre les humiliations de la veille, la voix de Lysandre, et le code pour un falafel.Une arme. C’est ce que j’a
LioraLa lueur bleutée de l’écran de mon ordinateur est la seule source de lumière dans mon bureau du trente-deuxième étage. Le silence est absolu, à peine troublé par le bourdonnement lointain de la ventilation. Il est vingt-et-une heures dix-sept. Paris scintille à mes pieds, un tapis de diamants







