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— Dépêche-toi, Chloé. Prends ton sac et va chercher les médicaments. Je vais surveiller l'entrée.
Chloé hésita devant la porte, le regard tourné vers la rue déserte. Depuis le début de l'épidémie, sortir était devenu extrêmement dangereux. Les infectés pouvaient surgir de n'importe où, et les quelques survivants qui circulaient encore dans les quartiers n'étaient pas toujours dignes de confiance.
Elle se retourna vers son mari.
— Tu es sûr que je dois y aller maintenant ? On pourrait attendre qu'il fasse jour.
Vincent lui prit les épaules et lui adressa un sourire rassurant.
— Nous n'avons presque plus de médicaments. Tu sais que j'en ai besoin. La pharmacie est juste au bout de la rue. Tu prends ce qu'il reste et tu reviens. Je serai là.
— Et si quelque chose arrive ?
— Chloé, regarde-moi. Je ne vais pas te laisser tomber.
Elle observa son visage pendant quelques secondes avant de hocher la tête. Après toutes ces années de mariage, elle n'avait aucune raison de douter de lui. Même lorsque le monde avait commencé à s'effondrer, Vincent avait toujours prétendu qu'ils traverseraient cette épreuve ensemble.
Depuis deux jours, leur quartier était devenu méconnaissable. Les commerces avaient fermé, les rues s'étaient vidées et les cris qui retentissaient parfois au loin rappelaient à chacun que personne n'était véritablement en sécurité.
C'était d'ailleurs dans ce contexte que Laura avait appelé Vincent. Elle lui avait expliqué qu'elle ne pouvait plus rester dans son logement et qu'elle cherchait un endroit où se mettre à l'abri. Vincent avait aussitôt proposé de l'héberger.
Chloé connaissait Laura depuis quelques jours. Vincent lui avait toujours présenté cette femme comme une cousine proche de sa famille. Elle n'avait donc pas hésité à accepter sa présence, surtout dans une période aussi difficile.
Quelques heures après son arrivée, Laura s'était installée dans la chambre d'amis et avait remercié chaleureusement le couple pour leur hospitalité.
À présent, elle se trouvait dans le salon lorsque Chloé passa devant elle avec son sac.
— Tu sors ? demanda-t-elle.
— Oui. Vincent a besoin de médicaments. Je vais essayer d'en trouver à la pharmacie.
Laura prit aussitôt un air inquiet.
— Fais attention, Chloé. Les rues ne sont vraiment plus sûres.
— Je sais. Je ne vais pas traîner.
— Ne t'inquiète pas pour Vincent. Je vais rester avec lui jusqu'à ton retour.
Chloé lui adressa un sourire reconnaissant.
— Merci, Laura. Ça me rassure de savoir que tu es là.
— C'est normal. Nous sommes une famille.
Chloé lui fit un petit signe de la main, puis sortit.
Elle ne savait pas que ces quelques mots seraient les derniers échanges chaleureux qu'elle aurait avec cette femme.
La pharmacie était presque entièrement dévalisée.
Chloé passa plusieurs minutes à fouiller les tiroirs et les étagères avant de trouver quelques boîtes d'antibiotiques, des antidouleurs et des médicaments contre la fièvre. Elle les rangea rapidement dans son sac, puis se dirigea vers la sortie.
Un bruit de verre brisé retentit derrière elle.
Elle se retourna.
Un homme se tenait près du comptoir. Son visage était couvert de sang et ses vêtements déchirés laissaient apparaître une peau noirâtre. Il avait la bouche entrouverte, d'où s'échappait un grognement rauque.
Chloé recula instinctivement.
— Non... reste là !
La créature se jeta sur elle.
Elle eut juste le temps de saisir une boîte métallique posée sur une étagère et de la lancer de toutes ses forces. Le projectile heurta le visage de l'infecté. Celui-ci vacilla, ce qui lui permit de contourner le comptoir et de s'échapper par la porte.
Elle courut sans se retourner.
Lorsqu'elle arriva dans une petite boutique quelques rues plus loin, ses jambes tremblaient tellement qu'elle dut s'appuyer contre un mur. Elle avait perdu une partie de ses médicaments dans sa fuite, mais elle en avait encore quelques-uns dans son sac.
Elle passa la nuit derrière le comptoir, après avoir bloqué l'entrée avec un présentoir métallique. Vers minuit, un infecté réussit à entrer par une porte latérale. Chloé attrapa une barre de fer et le frappa à la tête avant de s'enfuir par l'arrière de la boutique.
Le lendemain, alors qu'elle cherchait un endroit où se cacher, trois hommes l'arrêtèrent dans une ruelle.
— Pose ton sac ! ordonna le premier.
— Je n'ai presque rien...
— On s'en fiche. Donne-le !
Elle tenta de reculer, mais l'un d'eux lui arracha son sac. Un autre la poussa violemment contre un mur avant de fouiller ses poches.
— Elle n'a même pas de quoi manger, lança-t-il avec mépris.
Ils finirent par partir avec ses quelques provisions et les médicaments qu'elle avait réussi à conserver.
À plusieurs reprises, elle remarqua la façon dont Vincent regardait Laura. Ce n'était pas encore quelque chose qu'un étranger aurait pu facilement interpréter, mais elle connaissait désormais la vérité derrière ces gestes.Elle se rappelait aussi certaines conversations qu'elle avait surprises dans son ancienne vie. Vincent qui baissait la voix lorsqu'il recevait un appel, son téléphone qu'il emportait partout et les explications qu'il inventait lorsqu'elle lui posait des questions.Elle avait tout laissé passer parce qu'elle l'aimait. Elle avait préféré croire ses explications plutôt que d'accepter que l'homme avec qui elle partageait sa vie puisse la tromper.Cette fois, elle ne se laisserait plus aveugler.— Ton repas est vraiment délicieux, Chloé, complimenta Laura.— Merci. Sers-toi encore si tu en veux.— Tu cuisines très bien. Vincent a beaucoup de chance.— Je le pense aussi, ajouta Vincent en souriant.Chloé leva les yeux vers lui.— Tu devrais surtout profiter de ton repas a
Vincent prit le petit sac de Laura et le déposa à l'intérieur avant de refermer la porte. Chloé les observa rejoindre le salon. Son mari semblait parfaitement détendu, tandis que Laura regardait les lieux avec un sourire satisfait.Elle les avait accueillis ainsi autrefois. Elle leur avait ouvert sa maison sans imaginer une seule seconde ce qu'ils faisaient derrière son dos.Cette fois, elle savait.— Installe-toi, Laura, dit-elle en désignant le canapé. Tu veux boire quelque chose ?— Un verre d'eau, si possible. Merci.— Bien sûr.Chloé se dirigea vers la cuisine. Elle avait besoin de quelques instants pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'elle prit un verre dans le placard, mais elle se força à rester calme.Quatre-vingt-dix jours.C'était le temps dont elle disposait avant que le monde ne bascule. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre une seule journée. Elle devait préparer son avenir, mettre de l'argent de côté et trouver un endro
Chloé ouvrit la porte et se retrouva face à Vincent. Mais son attention fut immédiatement attirée par la jeune femme qui se tenait à ses côtés.Son sourire s'effaça.Elle sentit son cœur faire un bond et resta figée, incapable de détourner les yeux. Ce visage… Elle avait l'impression de l'avoir déjà vu, mais pas dans les circonstances ordinaires d'une première rencontre.Pendant un bref instant, une image traversa son esprit : une femme debout près de Vincent, devant la porte de leur ancienne maison. Puis une autre image surgit, beaucoup plus douloureuse. Cette même femme dans les bras de son mari, tandis qu'elle-même, épuisée et blessée, suppliait qu'on lui ouvre la porte.Chloé recula légèrement.— Chérie ? Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Vincent.Elle cligna des yeux et revint à la réalité.— Rien… Je ne m'attendais simplement pas à recevoir de la visite.Vincent sourit, puis désigna la jeune femme à côté de lui.— Je te présente Laura, ma cousine.Chloé tourna lentement la tête v
Chloé ouvrit brusquement les yeux.— Non !Elle se redressa dans son lit, le souffle coupé. Ses mains se portèrent instinctivement à son cou, puis à ses bras. Elle s'attendait à sentir le sang couler sur sa peau et les blessures que les infectés lui avaient infligées. Pourtant, elle ne trouva rien.Elle resta assise quelques secondes, le regard perdu dans la chambre.Elle était vivante.La lumière qui traversait les rideaux lui fit plisser les yeux. Elle regarda autour d'elle et reconnut immédiatement les meubles, les tableaux accrochés aux murs et la petite table de chevet sur laquelle elle posait habituellement son téléphone.Elle passa une main sur son visage.— J'ai fait un cauchemar...Les images étaient encore présentes dans son esprit. Elle revoyait Vincent lui refuser l'entrée, Laura se blottir contre lui et les deux amants la regarder mourir derrière leur fenêtre. Elle se souvenait aussi de la douleur provoquée par les morsures des infectés.Elle baissa les yeux vers ses bras
Elle resta immobile.Vincent poursuivit sans la moindre émotion :— Nous savions que tu sortirais si je te disais que j'en avais besoin. Tu as toujours été facile à convaincre dès qu'il s'agissait de moi. Il suffisait de te faire croire que je risquais quelque chose.— Vous aviez prévu de me laisser dehors ?— Nous avions prévu que tu ne reviendrais pas, répondit-il froidement. C'était beaucoup plus simple ainsi. Une fois que tu serais partie, nous pourrions enfin vivre ensemble sans avoir à nous débarrasser de toi autrement.Chloé sentit ses yeux se remplir de larmes.— Vincent, je t'en supplie... Laisse-moi entrer. Je ne te demanderai aucune explication. Je veux seulement me mettre à l'abri.— Non.— Je suis blessée ! Je n'ai plus de nourriture ! Je ne peux pas survivre dehors !Laura posa sa main sur le bras de Vincent.— Chéri, ferme la porte. Nous n'avons pas besoin de continuer cette conversation.— Vincent, non ! Attends !Il commença à refermer l'ouverture.Chloé posa sa main
Chloé resta assise quelques instants sur le sol, la main posée sur sa jambe blessée. Elle avait été projetée contre des débris de verre et une profonde entaille lui faisait terriblement mal.Elle aurait voulu pleurer, mais elle n'avait plus le temps de s'apitoyer sur son sort.Elle devait rentrer.Vincent devait l'attendre. Il devait sûrement s'inquiéter, surtout après deux jours sans nouvelles.Elle se raccrocha à cette pensée pour continuer à avancer.Le troisième jour, Chloé atteignit enfin sa rue.Elle était méconnaissable. Des voitures abandonnées bloquaient la chaussée, plusieurs maisons avaient leurs fenêtres brisées et une odeur insupportable flottait dans l'air.Lorsqu'elle aperçut leur maison, les larmes lui montèrent aux yeux.Elle accéléra malgré sa jambe douloureuse et frappa à la porte.— Vincent ! C'est moi ! Ouvre-moi !Aucune réponse.Elle frappa encore, cette fois plus fort.— Vincent, s'il te plaît ! Je suis rentrée !Quelques secondes plus tard, une petite ouvertur







