LOGINL'augmentation de capital avait réussi. L'OPA était repoussée. Et pendant quelques jours, ils avaient cru que le pire était derrière eux, que la tempête était passée, que le soleil allait enfin se lever. Puis les fuites commencèrent.Des informations confidentielles apparurent dans la presse, une première fois, puis une deuxième, puis une troisième, et chaque fois les mêmes questions revenaient, les mêmes soupçons, les mêmes accusations. Des extraits de comptes, des projets de fusion, des notes internes, des échanges de mails, des comptes rendus de réunions secrètes, tout un matériel qui n'aurait jamais dû sortir des murs de Novatech. Chaque fois, Kessler les utilisait pour déstabiliser Novatech, pour semer le doute, pour alimenter les rumeurs. Chaque fois, il semblait un peu mieux informé, un peu plus précis, un pe
Le conseil d'administration se réunit en urgence à 18 h, dans la grande salle du dernier étage, celle qui offrait une vue panoramique sur la ville et qui avait été le théâtre de tant de décisions importantes, celle où l'on avait célébré les succès les plus éclatants et enterré les échecs les plus cuisants, celle qui portait en elle les souvenirs de huit années de combats et de victoires. Onze membres. Des visages graves, fermés, impénétrables. Des dossiers fermés posés devant eux comme des armes, des stylos alignés avec une précision militaire, des verres d'eau à peine touchés. L'odeur du café froid qui stagne dans les tasses, celle de la moquette épaisse et des fauteuils de cuir, celle du parfum discret des uns et du stress des autres. Une atmosphère de tribunal, lourde, pesante, &ea
Le scandale fut total, absolu, sans nuance, sans appel. En trois heures, l'information avait fait le tour des rédactions, des réseaux sociaux, des salles de marché, des dîners en ville, des conversations de couloir. « Le patron de Novatech est le fils du plus grand fraudeur de l'histoire financière française. » Les titres étaient plus violents les uns que les autres, et chaque rédaction y allait de sa formule, de son angle, de sa condamnation. Certains parlaient de « l'héritier du mensonge », d'autres de « la fraude en héritage », d'autres encore de « l'homme qui a menti à la France pendant vingt ans ». La presse people s'en mêlait, la presse économique s'en délectait, les éditorialistes y allaient de leur couplet sur la moralisation de la finance, et les réseaux sociaux, ce tribunal permanent, s'en donnaient à cœu
Le mail arriva à 6 h 02, à un moment où la ville commençait à peine à s'éveiller, où les premiers trains sortaient des dépôts, où les premiers cafés ouvraient leurs portes, et où Ryan Cole, qui n'avait pas fermé l'œil de la nuit, se tenait debout devant la baie vitrée de son appartement, une tasse de café refroidi à la main, à regarder le ciel passer du noir à un gris laiteux qui annonçait une journée sans soleil. La notification s'afficha sur son téléphone posé sur la table basse, et il la vit du coin de l'œil, sans se douter un instant de ce qu'elle contenait. Une liste de destinataires longue comme un bras : tous les rédacteurs en chef de la presse économique, tous les analystes financiers, tous les membres du conseil d'administration de Novatech, et sans doute quelques autres adresses glan
Novatech annonça une augmentation de capital réussie, et l'annonce eut l'effet d'une bombe dans le petit monde de la finance, un effet de déflagration qui se propagea à la vitesse de l'éclair dans les salles de marché, les rédactions spécialisées, les dîners en ville et les conversations de couloir. Les marchés réagirent positivement, les actions remontèrent de douze pour cent en une seule séance, les analystes révisèrent leurs recommandations à la hausse, et l'OPA de Kessler fut repoussée, sinon abandonnée, du moins pour un temps, du moins jusqu'à la prochaine offensive, du moins jusqu'à ce qu'il trouve un nouveau moyen de les attaquer. Ce fut une victoire, une vraie, une victoire durement gagnée, une victoire qui avait coûté des nuits blanches, des disputes, des larmes, des doutes, et qui avait un goût de miel et de revanche, un goût doux-amer de triomphe et d'épuisement mêlés.Dans le bureau de Ryan, ils célébrèrent en privé, une bouteille de champagne sortie d'un placard où elle d
La réunion dura six heures, six heures pendant lesquelles ils passèrent en revue tous les scénarios, toutes les options, toutes les stratégies possibles, six heures pendant lesquelles ils explorèrent chaque piste, chaque hypothèse, chaque éventualité, et six heures pendant lesquelles ils firent preuve d'une concentration et d'une détermination qui forcèrent l'admiration de tous ceux qui les entouraient. Tables blanches couvertes de documents, écrans lumineux affichant des courbes et des graphiques colorés, une petite armée de conseillers qui se relayaient, apportaient des cafés, repartaient, revenaient avec de nouveaux dossiers, des avocats qui vérifiaient chaque clause, chaque terme, chaque virgule, des financiers qui recoupaient les chiffres, les analyses, les projections. C'était une guerre, et ils étaient en train d'en dessiner les plans, avec la précision des stratèges et la patience des artisans.— Il nous faut des fonds propres, dit Claire, penchée sur les documents étalés deva







