LOGINZoé Marchand, ancienne journaliste reconvertie en traductrice free-lance, emménage dans la résidence privée Les Ormes le jour même où son ex-mari vient lui présenter sa remplaçante. L'humiliation est publique. La soirée ne peut qu'aller mieux. Elle a tort. À minuit, elle entend un grognement au-dessus d'elle. Animal. Pas humain. Et son voisin du dessus Damien Reyer, taiseux, yeux ambre, qui sent l'orage et le bois de cèdre est sur son palier en sang avec des blessures qui cicatrisent sous ses yeux. Ce serait le moment de fermer sa porte et d'oublier ce qu'elle a vu. Zoé Marchand n'a jamais su faire ça. Ce qui suit est l'histoire d'une femme qui pose trop de questions, d'un loup qui en a une de trop à dissimuler, et d'une résidence de banlieue parisienne où les apéros du jeudi ne sont pas du tout ce qu'ils prétendent être.
View MoreJe me suis dit : ça va aller. Les cartons sont là, les clés sont dans ma poche, et la résidence Les Ormes sent le chèvrefeuille et le vieux parquet ciré. J'ai vérifié l'état de la cuisine, la pression de l'eau, la solidité de la tringle à rideaux. Tout allait bien. Je contrôlais.
C'est là que Thibaut est arrivé.
Il n'était pas seul. Évidemment. Il avait une femme avec lui vingt-quatre ans, pas plus, cheveux cuivrés, jupe moulante et ce sourire satisfait de quelqu'un qui sait exactement l'effet qu'elle produit. Elle tenait une boîte en carton dans les bras. Mes livres, je crois. Ou peut-être ses affaires à lui. À un moment donné, la frontière entre les deux était devenue floue.
Je me suis plantée dans l'encadrement de ma porte d'entrée et je les ai regardés traverser le hall. Trois voisines que je ne connaissais pas encore avaient ouvert leurs fenêtres à l'étage. Je l'ai su au bruit le petit clic de battants qu'on retient pour ne pas faire de bruit en les ouvrant. Sauf que les vieilles fenêtres en bois de la résidence ne coopèrent pas.
"Zoé." Thibaut a posé la boîte sur le sol et il s'est redressé. Il avait l'air fatigué. Peut-être qu'il l'était sincèrement. Peut-être que c'était calculé. Après quatre ans de mariage, je ne savais plus vraiment faire la différence. "Je suis désolé de passer comme ça. Mélanie avait besoin de venir prendre..."
"Non." J'ai levé une main. "Tu n'es pas désolé. Tu sais très bien ce que tu fais." Je lui ai souri. Très proprement. "Prends tes affaires et celle de Mélanie. Tu peux les laisser dans le hall, le gardien les remontera."
Il a voulu parler. Je suis rentrée dans mon appartement et j'ai refermé la porte.
Voilà. Très bien. Parfait. J'ai appuyé mon dos contre le bois et j'ai attendu que mes mains arrêtent de trembler.
Il m'a fallu six minutes. Je comptais mentalement. C'est une technique que j'ai apprise dans l'une de ces émissions que tout le monde regarde et que personne n'avoue regarder. Respirer. Compter. Ne pas hurler.
Mon chat, Kafka un british shorthair gris qui me déteste affectueusement depuis trois ans a levé les yeux de son coussin, m'a regardée avec ce mépris serein qui lui est propre, et s'est rendormi. Merci, Kafka. Tu es un soutien émotionnel irremplaçable.
J'ai débouché une bouteille de vin blanc, je me suis installée sur le parquet du salon les cartons n'étaient pas encore ouverts, je n'avais pas de chaise et j'ai décidé que la soirée ne pouvait qu'aller mieux.
J'avais tort.
Le premier bruit est arrivé vers minuit.
Pas un bruit d'appartement normal fauteuil qu'on tire, télé trop forte, voisin qui fait ses abdominaux. Un grognement. Sourd, profond, venu du plafond, et suffisamment animal pour que j'oublie instantanément le verre que j'avais à la main.
Je l'ai posé très lentement sur le parquet.
Silence.
Puis d'autres bruits. Des pas. Lourds, inégaux, comme quelqu'un qui boite. Qui traîne quelque chose. Ou qui est traîné. Le plafond de mon appartement est bas, les murs épais c'est une résidence des années soixante-dix, construite pour durer, pas pour l'acoustique. Et pourtant j'entendais.
Kafka avait ouvert les yeux. Il fixait le plafond avec une attention que je ne lui avais encore jamais vue. Pas de mépris. De l'attention pure.
Un choc. Fort. Comme quelqu'un qui tombe ou qui est plaqué contre une surface.
"C'est pas mon problème," j'ai dit à voix haute.
Kafka a miaulé.
"Non."
Il a re-miaulé.
J'ai regardé le plafond. J'ai regardé le vin. J'ai regardé Kafka. J'ai soupiré très fort, pour moi seule, dans un appartement vide que je ne connaissais pas encore, dans une résidence où je n'avais parlé à personne, le soir même où mon ex-mari était venu me présenter sa nouvelle conquête avec un sourire contrit calculé au millimètre.
Et je me suis levée pour aller voir.
Voilà ce que c'est, être ancienne journaliste d'investigation. Ce n'est pas une profession. C'est une pathologie. Quelque chose se passe, et ton cerveau dit : il faut que tu saches.
L'escalier de la résidence Les Ormes est en bois sombre, avec une rampe en fer forgé et des appliques murales qui datent de l'époque où on pensait que l'ambre était une couleur élégante. À minuit, avec une seule lampe sur deux qui fonctionnait, il ressemblait à l'entrée d'un film d'horreur.
J'avais mes chaussettes. Pas de chaussures. Je me suis dit que si je devais fuir, ça serait dans les chaussettes, et que c'était acceptable.
J'ai monté les marches jusqu'au deuxième étage.
Et là.
La porte du palier s'est ouverte.
Des pas lourds descendent les marches. Je retiens mon souffle contre le mur de la cage d'escalier. Une silhouette apparaît dans la pénombre. Quelque chose dégoutte sur le bois. Du sang.
Le carnet contenait deux cent quarante pages.Ma mère avait une écriture petite, appliquée, avec des boucles sur les lettres hautes qui disaient quelque chose de son attention aux détails. Elle avait commencé le carnet à son arrivée aux Ormes et l’avait rempli jusqu’à la veille de son départ. Sept mois de sa vie. Sept mois de tout ce qu’elle avait appris, ressenti, compris, et qu’elle n’avait jamais dit à personne après.J’ai lu la moitié du carnet cette nuit-là.Elle écrivait sur la résidence comme j’aurais pu écrire dessus. Avec le même mélange d’observation clinique et d’affection malgré elle. Elle avait remarqué les mêmes détails les appliques murales ambrées, le bruit des vieilles fenêtres, la façon dont les voisins se connaissaient trop bien pour de simples voisins. Elle avait posé les mêmes questions.Et à la page cent-douze, elle avait écrit : je suis enceinte. Je ne sais pas encore ce que ça signifie pour elle pour ce qu’elle sera. Peut-être rien. Peut-être tout. Je ne peux
La photo était ancienne pellicule, légèrement surexposée sur les bords comme les photos de cette époque quand le soleil était trop fort. Ma mère avait les cheveux longs, une robe d’été, et cette façon de se tenir légèrement de côté que je connaissais sur tous ses portraits elle n’aimait pas regarder directement l’objectif. Elle préférait sourire à côté, comme si la caméra était une intrusion polie qu’il fallait accueillir sans s’y abandonner.Et elle était enceinte. Pas énormément trois, quatre mois peut-être. On voyait juste la courbure sous le tissu de la robe, cette rondeur discrète qui changeait sa silhouette.Moi.Elle était ici, enceinte de moi, en 1989. Dans cette résidence. Devant cette entrée. Elle avait monté ces marches, dormi dans l’un de ces appartements, regardé par la même fenêtre le même chèvrefeuille qui grimpait encore aujourd’hui le long du mur.J’ai rendu le téléphone à Priya sans un mot et je suis allée au bout de mon appartement, au bout du salon, me tenir dev
Elle a rempli les deux verres avec la précision de quelqu’un qui a une longue pratique du vin et des conversations importantes. Le rouge était épais, presque noir, et il a coulé en silence dans le cristal. Elle m’en a tendu un, a gardé l’autre, et s’est calée dans le canapé avec l’aisance de quelqu’un qui a toujours été chez elle partout.“Vingt-deux ans,” a-t-elle dit. “Je fais partie de cette meute depuis vingt-deux ans. Membre honoraire c’est le titre qu’ils donnent aux humains qui savent et qui tiennent.”Je suis restée debout un moment, adossée au mur, à la regarder. Kafka était sur ses genoux, ronronnant, ce qui en disait long sur le degré de familiarité de Priya avec ce qui se passait ici. Mon chat n’accordait sa confiance à personne.“Tu savais dès le début,” j’ai dit. Ma voix était calme, plus calme que je ne l’aurais cru. “Pas seulement pour Damien. Pour moi aussi.”“Dès le début, non. J’ai eu des informations progressivement.” Elle a bu une gorgée, a laissé le vin rouler d
Le lendemain matin ressemblait à tous les lendemains matin. C’est ce qui m’a frappée en premier. Le ciel gris de mars sur les toits, cette lumière plate qui n’annonce ni pluie ni soleil, juste une journée ordinaire qui s’écoule. L’odeur du café que Priya avait visiblement commencé à préparer au rez-de-chaussée je la sentais par la fenêtre entrouverte, une bouffée chaude et familière qui montait jusqu’au deuxième étage. Les pigeons sur la corniche, affairés et indifférents. Le bruit de la rue au-delà des grilles, voitures lointaines, un chien qui aboie, une porte qui claque.Tout était pareil. Et rien ne l’était.Thibaut était parti dans la nuit. Delphine m’avait envoyé un message en début de matinée pour me dire qu’il avait quitté les Ormes sans un mot, sa voiture garée devant la résidence depuis la veille avait disparu. L’armistice avec la meute rivale tiendrait le temps qu’il tiendrait. Éric m’avait expliqué plus tard, autour d’un café dans leur cuisine, que ce genre de chose ne se
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