로그인Chapitre 38ÉliseLe sommeil ne vient pas. Il ne vient plus depuis que j'ai franchi le seuil de cette demeure, depuis que j'ai accepté l'alliance de Gabriel et que je me suis installée dans cette chambre d'invités qui n'est pas la mienne mais qui aurait pu l'être.Allongée dans ce lit trop grand, trop moelleux, trop silencieux, je fixe le plafond aux moulures dorées que la lueur pâle de la lune dessine en ombres chinoises, et j'écoute les bruits de la demeure qui craque et qui soupire comme un vieil animal endormi. Le vent de décembre souffle contre les vitres, les boiseries anciennes gémissent sous l'effet du froid, et quelque part dans les profondeurs de la maison, une horloge égrène les heures avec la régularité implacable d'un cœur mécanique.À trois heures du matin, je renon
Chapitre 37GabrielLa présence d'Élise dans la demeure agit sur moi comme une drogue, une substance puissante et dangereuse qui se diffuse dans mes veines et qui altère toutes mes perceptions, qui transforme chaque instant en une torture exquise, chaque regard en une décharge électrique, chaque silence en une conversation muette que nous sommes les seuls à entendre.Je l'observe sans qu'elle le sache, caché dans l'ombre des couloirs, dissimulé derrière les portes entrouvertes, épiant chacun de ses gestes avec la fébrilité d'un homme qui n'a pas dormi depuis des jours et qui trouve dans cette traque silencieuse une raison de se lever chaque matin. Je l'observe et je note tout, chaque mouvement, chaque hésitation, chaque micro-expression qui traverse son visage impassible et qui trahit, l'espace d'une seconde, la femme qu'elle cache
Chapitre 35GabrielLa proposition d'Élise Vancourt arrive sur mon bureau un matin gris de décembre, portée par son assistante, une jeune femme brune au regard acéré qui s'est présentée sous le nom de Victoria et qui a déposé l'enveloppe sans un mot, sans un sourire, avec l'efficacité glaciale de ceux qui travaillent dans l'ombre des puissants. Elle est restée debout devant mon bureau, les mains croisées sur sa tablette, attendant une réponse que je ne lui ai pas donnée immédiatement, et j'ai perçu dans son attitude une loyauté farouche envers sa patronne, une dévotion qui ressemblait à celle d'un garde du corps plus qu'à celle d'une simple employée. Puis elle a tourné les talons et elle est repartie, me laissant seul avec cette enveloppe qui contenait bien plus qu'une proposition d'allianc
Chapitre 34ÉliseLes nuits de travail acharné se succèdent dans ma suite du Royal Monceau, et Victoria est à mes côtés, fidèle et infatigable, épluchant avec moi les dossiers que le banquier Delamare nous a fait parvenir après ma visite rue du Faubourg-Saint-Honoré. Les bilans de la Fondation Soren s'étalent sur la table du salon, des colonnes de chiffres et des graphiques que nous décortiquons avec la minutie d'un chirurgien disséquant un organe malade, à la recherche de la tumeur cachée, de l'anomalie qui nous donnera le levier dont j'ai besoin pour faire pression sur Helena. La table est couverte de documents, de relevés bancaires, de procès-verbaux du conseil d'administration, de contrats d'investissement aux montages si complexes qu'il faut parfois plusieurs heures pour en démêler les fils.
Chapitre 33GabrielLe dîner en famille, ou plutôt ce qui en tient lieu dans la famille Soren, se déroule dans la salle à manger glaciale de la demeure familiale, sous les portraits sévères des ancêtres qui nous observent depuis leurs cadres dorés avec la réprobation muette de ceux qui ont bâti cet empire et qui n'ont jamais toléré la moindre faiblesse chez leurs descendants. Ma mère est absente, comme d'habitude, retenue par une de ses interminables croisières en Méditerranée, et nous ne sommes que deux à cette table qui pourrait en accueillir trente.Helena est assise en face de moi, superbe dans une robe de soie noire, ses cheveux auburn relevés en un chignon sophistiqué, ses yeux verts brillant à la lueur des chandeliers. Elle mange avec l'élégance é
Chapitre 32ÉliseLe rendez-vous est fixé dans une banque privée de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, un établissement discret dont la façade en pierre de taille ne porte aucune enseigne visible, comme si l'argent qui dormait dans ses coffres n'avait pas besoin de se donner en spectacle. Je suis introduite dans un bureau lambrissé de boiseries sombres, éclairé par un lustre de cristal qui jette des reflets dorés sur les reliures en cuir des livres alignés derrière le directeur. Monsieur Delamare est un homme d'une cinquantaine d'années, le crâne dégarni, les yeux bleus et le sourire onctueux de ceux qui ont passé leur vie à manipuler les fortunes des autres sans jamais se salir les mains. Il me reçoit avec la déférence qu'on réserve aux clientes importantes, me propose un café q







