LOGINSERA
---
Je l'ai vu partir.
Il est sorti du camp, seul, son épée à la main, sa rage dans le cœur. Il va dans la forêt, je le sais. Il va frapper des arbres jusqu'à ce que ses poings saignent. Il va crier, pleurer, se vider de tout ce qu'il retient depuis des jours. Il va souffrir.
Je devrais le suivre.
Je devrais m'asseoir à côté de lui, poser ma main sur son épaule, lui dire qu
SERA---Je l'ai vu partir.Il est sorti du camp, seul, son épée à la main, sa rage dans le cœur. Il va dans la forêt, je le sais. Il va frapper des arbres jusqu'à ce que ses poings saignent. Il va crier, pleurer, se vider de tout ce qu'il retient depuis des jours. Il va souffrir.Je devrais le suivre.Je devrais m'asseoir à côté de lui, poser ma main sur son épaule, lui dire que tout va bien, que je suis là, que je ne le jugerai pas. Je devrais profiter de sa faiblesse, de sa solitude, de son besoin d'être aimé.Mais non. Pas encore. Il faut le laisser souffrir. Il faut le laisser comprendre par lui-même. Il faut qu'il vienne à moi, qu'il me choisisse, qu'il me veuille.— Tu es cruelle, dit Lyra.Elle est derrière moi. Je ne l'ai pas entendue arriver. Elle est toujours silencieuse, toujours impré
AURORA---L'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.— Tu cherches Alessandro ? demande Lyra.Elle est assise sur une souche, ses jambes croisées, ses yeux fermés. Ses mains sont posées sur ses genoux, paumes vers le ciel. Elle ressemble à u
AURORAL'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.—
ALESSANDRO---L'air est glacé. La nuit est noire. Les feux sont éteints, réduits à des braises qui luttent contre l'obscurité. Les tentes sont closes, les guerriers dorment, le monde entier semble en paix.Pas moi.Je marche sans savoir où je vais. Mes pieds me portent vers la palissade, vers la porte, vers l'extérieur. Je m'arrête au bord du camp, les mains sur les planches de bois, la tête baissée. Le bois est rugueux sous mes paumes, couvert de givre. Le froid me brûle les doigts. Je ne le sens pas.Pourquoi je ne peux pas la toucher ?Pourquoi je la regarde et je ne vois que Kael, ses doigts sur sa joue, ses yeux dans les siens, ses mots dans sa bouche ? Pourquoi je ferme les yeux et c'est son visage que je vois, pas le sien ?Je ferme les yeux. Son visage apparaît. Aurora. Pas Kael. Aurora. Ses cheveux défaits sur l'oreiller. Ses
AURORATrois nuits.Trois nuits qu'il dort à côté de moi sans me toucher. Trois nuits que nos corps restent séparés par un espace invisible, un mur de fierté, de doute, de colère rentrée. Trois nuits que je sens sa chaleur sans pouvoir m'en approcher, que j'entends sa respiration sans pouvoir m'y blottir, que je regarde ses mains sans pouvoir les prendre.La couverture est trop grande. Le silence est trop lourd. La nuit est trop longue.Je compte les heures. Je compte les battements de mon cœur. Je compte les mensonges qu'on se raconte.— Alessandro, dis-je.— Quoi ?Sa voix est neutre, distante, polie. La voix qu'on utilise avec les étrangers. Pas avec celle qu'on aime.— Dors-tu ?— Non.— Moi non plus.— Alors on est deux.Il se tourne sur le côté. Son do
SERAJe l'attends.La nuit est tombée, le camp s'est endormi, les feux sont éteints. Je suis assise devant sa tente, les jambes croisées, les mains posées sur mes genoux. La toile est fermée. La lampe est allumée. Ils sont à l'intérieur, tous les deux, à se toucher, à se parler, à être ensemble.La toile s'ouvre.Alessandro sort. Son visage est fatigué, ses yeux sont cernés. Il me voit, s'arrête, soupire.— Sera. Qu'est-ce que tu fais là ?— Je t'attends.— Pourquoi ?— Parce que j'ai quelque chose à te dire. Quelque chose d'important.— Dis-le.— Pas ici. Pas devant tout le monde.Il hésite. Ses yeux se tournent vers la tente, vers Aurora qui dort à l'intérieur.— Une minute, dit-il.Il s
AURORAL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre.Une lueur grise, humide, suinte à travers la fenêtre étroite, avalant les étoiles une à une. Elle ne porte pas de chaleur. Elle éclaire à peine les contours austères de la pièce, donnant à la pierre la texture de la peau d’un cadavre.Le bruit des mart
AURORALe sommeil ne vient pas. Il se contente de rôder à la lisière de ma conscience, un prédateur hésitant face à la lumière crue des pensées qui tournent dans ma tête.La fourrure sous moi est douce, épaisse, mais elle sent le fauve, le musc et la fumée. Une odeur étrangère qui, pourtant, commen
LE GUETTEUR— De la part des Sentinelles du Déclin.Sa voix est neutre, sans inflexion. Elle porte pourtant jusqu’aux recoins les plus éloignés.— Le dégel a commencé plus tôt que prévu dans les Basses Terres Noires. Les glaces sur la Rivière Serpent cèdent. Et elles charrient des débris.Il fait u
KAEL— Un toast ! À notre roi ! Puisse sa nouvelle… alliance… lui apporter la sagesse dont nous aurons besoin pour l’hiver qui vient.Les mots sont droits. Le ton, apparemment respectueux. Mais l’espace d’un instant, entre « nouvelle » et « alliance », il y a eu un silence calculé. Une insinuation.







