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Chapitre 2 : La Morsure du Loup

Auteur: Eternel
last update Date de publication: 2025-11-06 19:52:34

AURORA

La pierre est froide sous mes paumes. Humide. Je compte les fissures du sol de la cellule, un exercice vain pour fixer mon esprit qui vacille. Combien de temps se sont-ils écoulés depuis qu'ils m'ont jetée ici ? Une nuit ? Deux ? Le temps n'a plus de prise dans ce trou noir, où la seule lumière filtre d'une étroite meurtrière trop haute pour espérer y atteindre.

Mes côtes me lancent à chaque inspiration. La blessure de Lorenzo, mal refermée, pleure sous l'épaisseur des chiffons sales qui me servent de bandage. La fièvre commence à gagner du terrain, un feu sourd qui couve sous ma peau. Je ferme les yeux, et je revois son regard. Non pas celui de Lorenzo, lâche et traître, mais celui de l'Autre. Alessandro. Le Roi Lycan.

Ses yeux. De l'ambre liquide, strié de noir. Ils m'ont déshabillée, écorchée vive, bien plus efficacement que les mains de ses gardes. Il ne m'a pas touchée. Il s'est contenté de me regarder, du haut de son trône d'obsidienne, tandis que ses hommes me traînaient devant lui, couverte du sang de ma vie d'avant. Son silence était une torture en soi, plus cruelle que les insultes.

— Debout.

La porte de ma cellule grince. Un garde massif se tient sur le seuil, une silhouette menaçante découpée dans la pénombre. Son odeur, musquée et sauvage, emplit l'espace confiné.

— Le Roi te demande.

Mon cœur se met à battre la chamade, un affolement d'oiseau pris au piège. La peur est un acide dans ma gorge. Je veux refuser. Cracher mon mépris. Mais mon corps, traître, obéit. Je me lève, chancelante, les jambes flageolantes. Chaque pas est une épreuve, chaque respiration un coup de poignard.

Il ne me touche pas. Il se contente de me précéder, et je suis, comme un chien battu, à travers les couloirs sinueux du palais. L'endroit est un dédale de pierre noire, aux voûtes si hautes qu'elles semblent aspirer la lumière des torches. Les murs suintent le froid. L'air sent la terre, le vent et une autre chose, une odeur fauve et électrique qui colle à la peau. L'odeur du Lycan.

Nous arrivons dans une salle immense, une caverne taillée dans la montagne. Au centre, un feu crépite dans une cheminée assez grande pour y rôtir un cerf. Alessandro est là, debout près des flammes, tournant le dos. Il ne porte pas les atours d'un roi, mais une simple tunique sombre qui épouse la musculature puissante de son dos. Une arme vivante.

— Approche.

Sa voix est un roulement bas, qui semble vibrer dans mes os. Je m'exécute, les dents serrées, refusant de montrer à quel point je tremble. L'espace de quelques pas, je suis passée du froid humide de la cellule à la chaleur presque violente du foyer. Le contraste est étourdissant.

Il se retourle. Son regard me frappe de plein fouet. Il me parcourt, lentement, de la tête aux pieds, s'attardant sur mes cheveux emmêlés, la saleté sur mon visage, la tache sombre qui s'étend sur mon côté.

— Tu pues la peur et l'infection, murmure-t-il.

Je baisse les yeux, incapable de soutenir son regard plus longtemps. La honte me brûle les joues.

— Regarde-moi.

Un ordre. Imparable. Je lève les yeux, malgré moi. Il a bougé. Il est si près maintenant que je peux sentir la chaleur qui émane de lui, voir les stries d'or dans ses prunelles. Son parfum, boisée et sauvage, m'enveloppe, m'étouffe.

— Tu m'appartiens, Aurora. Chaque battement de ton cœur. Chaque souffle que tu voles à l'air. Tout.

— Je n'appartiens à personne, je parviens à gronder, ma voix n'est qu'un souffle rauque.

Un sourire cruel étire ses lèvres. Il lève une main, et je flanche, m'attendant à un coup. Il s'arrête. Son sourire s'élargit.

— Tu as peur. C'est bon. La peur est la seule chose qui reste quand on a tout perdu. Elle ne te quittera plus.

Sa main se pose sur mon épaule. Le contact est brûlant, électrique. Une décharge parcourt tout mon corps, réveillant une douleur sourde et profonde, bien plus ancienne que la blessure de Lorenzo. Une douleur qui vient de l'âme. Je retiens un cri.

— Ma bête te veut, poursuit-il, sa voix un murmure rauque contre mon oreille. Elle te sent. Elle te reconnaît. Et elle n'aura de cesse que tu ne sois brisée, que ton orgueil ne soit réduit en poussière, pour que tu acceptes enfin ce que tu es. Ce que nous sommes.

La pression de sa main s'intensifie. Une douleur aiguë, osseuse, irradie de mon épaule. Je serre les mâchoires, les larmes me montant aux yeux. Je refuse de pleurer. Je refuse.

Soudain, il relâche son étreinte. Je vacille, le souffle court, mon épaule en feu.

— Emmène-la, lance-t-il au garde sans même me regarder. Qu'elle soit présentée aux autres. Qu'elle apprenne sa place.

Le garde saisit mon bras, moins délicatement cette fois. Alors que je suis tirée hors de la salle, le regard d'Alessandro me suit, pesant, possessif, terrifiant.

Alors que je trébuche dans le couloir, une sensation nouvelle s'ajoute à la douleur lancinante de mon épaule. Une marque. Une chaleur résiduelle, comme si ses doigts y avaient laissé une empreinte de feu. Et au fond de moi, quelque chose d'encagé, de sauvage et de terrifié, se met à gratter, à répondre à l'appel silencieux de la bête du Roi.

La souffrance n'est pas finie. Elle ne fait que commencer. Et la partie la plus effrayante n'est pas la douleur qu'il m'inflige.

C'est cette part de moi, petite et faible, qui semble... y répondre.

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