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CHAPITRE 3 : Mon Don 3

Author: L'invincible
last update Last Updated: 2025-12-04 19:06:15

AURÉLIA

Il tend une main, pas pour me toucher, mais pour indiquer la voiture.

— Venez. Nous parlerons dans un endroit plus confortable. Plus privé.

— Et si je refuse ?

Son sourire disparaît alors, remplacé par une froideur qui me fait reculer d'un pas. Mon corps mince se heurte au mur derrière moi, et je réalise à quel point je suis physiquement vulnérable. Ma force n'a jamais été dans mon corps, mais dans ce pouvoir qui réside dans mes mains. Des mains qu'il veut utiliser.

Vous ne refuserez pas. Parce que vous êtes intelligente. Et parce que vous savez, tout comme moi, que désormais que je vous ai trouvée, d'autres le feront aussi. Des gens moins… courtois que moi. Des gens qui ne verront pas la beauté étrange de ce que vous êtes. Des gens qui ne prendront pas le temps d'apprécier ces cheveux d'or, ces yeux qui voient au-delà du voile. Ils verront seulement un outil. Et ils briseront tout ce qui en vous n'est pas utile.

La menace est voilée, mais claire. Je regarde ses yeux , d'un brun si foncé qu'ils semblent noirs et j'y vois une fascination qui m'effraie encore plus que sa cruauté. Il me désire, mais pas comme un homme désire une femme. Comme un collectionneur désire une pièce rare. Comme un stratège désire une arme unique. Et il a remarqué chaque détail de mon apparence, il a catalogué ma beauté glaciale comme il catalogue les atouts et les faiblesses de ses ennemis.

Je jette un regard vers mon appartement, vers cette vie étroite mais à moi. Puis vers les hommes immobiles, vers la voiture qui attend, vers cet homme qui a déjà décidé de mon destin. Mes cheveux, détrempés par la pluie, collent à mon cou et à mes joues. Je les repousse d'un geste nerveux, et je vois son regard suivre ce mouvement, comme s'il étudiait chaque réflexe, chaque tic.

Mes doigts, à travers le cuir de mes gants, picotent. Le pouvoir en moi s'agite, comme s'il sentait la proximité de la mort, toujours autour de Matteo Rinaldi. Toujours à ses côtés. Mon corps tout entier semble résonner d'une énergie nerveuse, et je me demande s'il peut la voir , cette tension dans mes épaules étroites, ce tremblement presque imperceptible de mes mains.

Je fais un pas en avant.

Non vers ma porte.

Mais vers lui.

Mon corps mince, habillé de noir, doit ressembler à une ombre se détachant du mur. Une ombre avec des cheveux d'or et des yeux trop clairs pour le monde dans lequel elle s'engage.

 — Très bien. Parlons.

La capitulation a un goût de cendre dans ma bouche. Mais dans ce goût, insidieuse, se mêle une curiosité que je déteste. Une fascination réciproque, mortelle. Et quelque chose d'autre , un soulagement pervers. Pendant cinq ans, j'ai porté ce secret seul. J'ai été la gardienne solitaire de ce pouvoir. Maintenant, quelqu'un sait. Et bien que ce quelqu'un soit un monstre, il est un monstre qui ne semble pas avoir peur de ce que je suis.

Matteo sourit à nouveau, satisfait, et esquisse un geste courtois vers la voiture. Son regard fait une dernière fois le tour de ma silhouette, et je vois dans ses yeux qu'il évalue déjà comment m'utiliser, comment me déployer. Comme si j'étais une pièce sur son échiquier , une pièce précieuse, certes, mais une pièce quand même.

Je m'y glisse, le cuir froid contre ma peau. Je garde mon manteau fermé, comme une armure. Mes boucles humides laissent des traces sur le cuir immaculé des sièges. Il s'assied à mes côtés, et son regard ne me quitte pas tandis que la portière se referme, nous enfermant ensemble dans cet espace clos, parfumé à son pouvoir et à son danger. Dans la lumière tamisée de l'habitacle, ma pâleur doit être encore plus spectrale, mes yeux encore plus clairs. Je me sens exposée, comme si chaque détail de mon apparence était soudain une information qu'il collectait, une donnée qu'il analysait.

La voiture démarre en silence, emportant ce qui restait de ma vie d'avant. Je regarde par la vitre mon reflet se superposer aux lumières de la ville qui défilent. Une femme aux cheveux d'or, aux traits fins et pâles, aux yeux trop grands dans un visage trop mince. Une beauté glaciale, comme on dit parfois. Ce soir, je ressens le poids de cette apparence comme jamais auparavant. Elle m'a trahie. Elle m'a rendue visible aux yeux les plus dangereux.

Et alors que la voiture s'enfonce dans la nuit, mes mains, cachées dans mes gants de cuir, se mettent à brûler.

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