로그인AURÉLIA
Il fait un geste vers ma porte, comme s'il en était déjà le propriétaire. Comme si tout lui appartenait déjà , la rue, l'immeuble, et moi par la même occasion.
Je trouve enfin ma voix, un souffle à peine audible.
— Que me voulez-vous ?
La question s'échappe dans un nuage de buée dans l'air froid. Je le vois remarquer ma peur, la façon dont je me tiens , droite mais légèrement recroquevillée, comme une fleur qui se referme au crépuscule.
Matteo s'approche, ses hommes demeurant à distance respectueuse mais vigilante. Il porte un manteau sombre, ouvert sur un costume qui doit valoir plus que six mois de mon loyer. Quand il est à quelques pas de moi, il s'arrête, me laissant l'illusion d'un espace personnel. Son regard parcourt à nouveau ma silhouette, et je ressens ce regard comme un contact physique. Il note tout, j'en suis sûre : la coupe modeste de mes vêtements, usés mais propres ; la pâleur de mon visage qui trahit des nuits sans sommeil ; l'éclat presque surnaturel de mes yeux dans la pénombre.
J'ai entendu des histoires. Des murmures. Un chat, ce soir, dans une ruelle près du canal. Mort depuis l'après-midi, selon la vieille dame qui le nourrissait. Pourtant, il est rentré chez elle, a mangé, s'est lové contre elle. Puis il s'est éteint, cette fois pour de bon.
Mon sang se glace. Ils m'ont suivie. Ils ont vu. Et ils ont compris. La précision du récit est terrifiante. Ils n'ont pas seulement entendu des rumeurs ils ont mené une enquête, recoupé des faits. Ils savent.
Vous avez un talent fascinant. Unique. Un talent qui pourrait être d'une grande utilité.
— Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Les mots sonnent faux, même à mes propres oreilles. Faibles. Fragiles. Comme moi.
Matteo rit, un son bas et profond qui semble vibrer dans l'air entre nous.
— Ne m'insultez pas en me prenant pour un idiot, Aurélia. Je sais ce que vous pouvez faire. Et je sais aussi que vous vivez dans la peur. Toujours à cacher vos mains, à éviter le contact, à vous effacer. Quel gaspillage.
Il avance encore d'un pas. Je sens le parfum de son après-rasage , bois, cuir et quelque chose de métallique, de dangereux. Son regard s'attarde sur mes boucles, sur la manière dont elles encadrent mon visage.
— Une femme comme vous ne devrait pas se cacher dans l'ombre. Vous avez une présence. Même maintenant, terrifiée, vous vous tenez avec une dignité qui est… remarquable.
Le compliment est un piège. Je le sens. Mais quelque chose en moi la partie de moi qui a passé sa vie à être invisible, à essayer de réduire l'espace que j'occupe dans le monde , se redresse légèrement sous son regard. Ma mère avait raison : ma beauté est une malédiction supplémentaire. Elle me signale, elle m'expose. Et maintenant, elle a attiré l'attention de l'homme le plus dangereux de la ville.
— Je peux vous offrir la protection dont vous avez besoin. Un endroit où vous n'aurez plus à vous cacher. En échange… vous m'aidez dans certaines affaires.
— Des affaires ? Vous voulez que je réveille des morts pour votre empire criminel ?
Ma voix tremble, mais de colère autant que de peur. Je me redresse complètement, abandonnant la posture recroquevillée. Je mesure 1m70, mais à côté de lui, je me sens petite. Ma minceur, que j'ai toujours vue comme une fragilité, devient soudain une arène où se joue une bataille de volontés.
Matteo incline la tête, son sourire s'atténuant à peine. Ses yeux parcourent ma silhouette dressée, et il semble apprécier ce qu'il voit cette étincelle de défi dans mes yeux gris-bleu, cette tension dans ma posture élancée.
Les termes sont si brutaux. Je préfère dire… que vous aiderez à rétablir certaines justices. À obtenir certaines vérités. Les morts, après tout, ont souvent des histoires à raconter.
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivante de sa poitrine. Son bras est un poids lourd, solide, en travers de ma taille, une ancre qui me retient à la réalité de ce lit, de cet instant. L’air sent la peau, le sexe, et cette odeur unique qui n’est plus la sienne ou la mienne, mais la nôtre. Un mélange enivrant et doux.Je garde les yeux fermés, savourant la quiétude. Le silence n’est pas vide. Il est plein du souvenir des murmures, des halètements, de la confession chuchotée dans la pénombre. J’ai peur. Moi aussi. Ces mots, déposés entre nous comme des offrandes fragiles, semblent avoir scellé un pacte plus profond encore que la fusion de nos corps.Un léger mouvement sous moi. Un changement dans le rythme de sa respiration. Il s’é
Aurélia — Matteo…Son nom est une supplique, un ordre.Il lève les yeux vers moi, son visage entre mes cuisses. Ses yeux sont des braises noires.— Dis-le, exige-t-il, sa voix vibrante contre ma peau.— Je te veux. Maintenant. Tout de toi.Un grognement lui répond. Une vibration qui me traverse de part en part. Il ne se fait pas prier. Il remonte, son corps glissant contre le mien dans un frottement délibérément lent qui me fait voir des éclats de lumière derrière mes paupières closes. Il s’arrête, notre bouche à un souffle l’une de l’autre.— Regarde-moi, dit-il encore.J’ouvre les yeux. Et je le vois. Je vois la bataille en lui : la tendresse brute, la possession sauvage, la vulnérabilité qu’il ne montre qu’ici, dans ce sanctuaire que nous avons créé. Je vois l’homme, pas le mythe. Pas le monstre. L’homme.Quand il entre en moi, c’est différent. C’est une reconnaissance. Un retour à la maison. Un soupir synchronisé nous échappe, un son parfait de satisfaction et d’achèvement.Le mo
MATTEOLe sommeil n’a duré qu’un instant, une éternité. Je me réveille avant elle, dans la nuit profonde. Son corps est toujours un poids doux contre le mien, une chaleur qui a redessiné les frontières du mien. Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. Je veux graver cette sensation : la courbe de sa hanche sous ma paume, le rythme lent de son cœur contre ma cage thoracique, le souffle tiède qui effleure mon cou.Je pense à la peur que j’ai vue en elle, au tout début. Une forteresse derrière ses yeux. Et puis, cette lente dissolution. Pierre après pierre. Jusqu’à ce tremblement final, où elle s’est offerte non pas en vaincue, mais en conquérante. En égale.Mes lèvres frôlent son front. Un contact si léger qu’il ne devrait pas la réveiller. Mais elle soupire, un son profond et satisfait, et se blottit plus profondément contre moi. Mon sang, paisible un instant plus tôt, se remet à chanter. Ce n’est pas l’urgence du désir, c’est plus profond. C’est une reconnaissance cellulaire. Une affi
AURÉLIAL'air entre nous devient épais, chargé de l'odeur de notre peau chauffée, du sel de notre transpiration mêlée. Chaque respiration synchronisée crée un rythme primal , un souffle partagé qui scelle notre union bien au-delà du simple contact charnel. Quand j’inspire, c’est son exhalation que je reçois, et quand il respire, c’est ma vie qui entre en lui.Mes doigts creusent son dos, parcourant la vallée de sa colonne vertébrale, sentant chaque muscle se contracter puis se relâcher dans un mouvement de marée. Sous mes paumes, sa peau est un parchemin brûlant, tendu sur une architecture de désir. Je remonte jusqu'à sa nuque, y enfouissant mes mains dans ses cheveux humides, l'attirant plus près encore, jusqu'à ce que nos fronts se touchent.Ce contact front contre front est plus intime encore que notre jonction plus basse. Nos regards à présent si proches qu'ils se brouillent, nos haleines se confondent. Un gémissement rauque lui échappe , un son qui vient des fondations de son êtr
AURÉLIAIl ne bouge pas. Il me laisse regarder. Boire la vue de lui.Puis il fait un pas vers moi. Sa main se lève, se pose sur mon épaule, à travers le tissu fin de mon t-shirt. Sa paume est chaude, lourde de sens.— À toi, maintenant.Mes doigts tremblent légèrement. Je lève les mains, les pose sur ses hanches. La peau est douce, chaude, vivante. Je laisse mes paumes remonter, glissant sur les flancs durcis, sentant les muscles frémir sous mon toucher. J’explore la courbe de ses côtes, la planéité de son ventre. Je m’attarde sur une cicatrice plus longue, près de ses dernières côtes. Je la touche, questionne.— Un couteau, dit-il simplement. Il y a longtemps.Je lève les yeux vers lui. Son regard est sombre, intense, fixé sur mon visage. Il respire plus profondément, mais il reste parfaitement immobile, me laissant mener la danse.Je me hausse sur la pointe des pieds, attirant son visage vers le mien. Notre front se touche.— Maintenant, moi, je murmure.Je recule d’un pas. Je prend
AURÉLIALe sommeil a été une mer noire et douce, sans rêves, peuplée seulement de sa chaleur et du rythme apaisant de son cœur contre mon oreille. Je me réveille par fragments. D’abord à la sensation : le poids de son bras autour de ma taille, la texture de son pull contre ma joue. Puis à l’odeur : toujours l’ozone et le papier, mais enveloppés maintenant d’une note de sommeil partagé, chaude, salée, profondément humaine.Enfin, à la vue.La lumière du matin filtre à travers les persiennes, dessinant des raies dorées sur le parquet et sur le lit. Elle caresse son visage endormi. Matteo. Les traits détendus, la bouche légèrement entrouverte, les cils sombres jetant de petites ombres sur ses pommettes. La froideur du stratège, la tension du combattant, tout cela est fondu. Il est vulnérable. Et cette vulnérabilité, qu’il m’offre en pleine confiance, est un cadeau plus précieux que n’importe quelle déclaration.Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. J’étudie cette géographie nouvelle.







