LOGINAurélia
L'opération dura six heures.
Six heures d'attente, de silence, d'angoisse. Six heures à regarder cette porte blanche, à guetter le moindre signe, le moindre bruit. Six heures à serrer la main de Matteo, à sentir sa tension, sa peur, sa rage contenue.
Quand le chirurgien sortit enfin, il avait les traits tirés, les yeux cernés, la blouse tachée de sang. Il ôta ses gants, son masque,
Il encaissa le coup. Je vis la douleur traverser son visage, déformer ses traits, assombrir ses yeux.— Je t'aime, Aurélia. Je t'aime d'une façon que tu ne comprendras jamais. Et oui, je te protège. Oui, je te défends. Oui, je suis jaloux. Parce que je t'ai perdue une fois, dans mes cauchemars, dans mes peurs, dans mes doutes. Et je ne veux pas te perdre vraiment.— Tu ne me perds pas. Tu m'étouffes.Il s'assit par terre, le dos contre le mur, les genoux remontés contre sa poitrine. Lui, l'homme qui faisait trembler toute la ville, était assis par terre comme un enfant perdu. Ses mains étaient ensanglantées, ses
Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Il avait raison. Tout était écrit sur mon visage, sur mon corps, dans l'air que je dégageais. Je puais la trahison. Je suintais le mensonge.Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui fait le tour de sa proie. Ses pas résonnaient sur le parquet, lourds, mesurés, inéluctables.— Tu sais ce que j'ai fait, moi, pendant que tu étais chez lui ? Je suis allé voir les familles des hommes morts dans l'attaque. Je leur ai dit que je les vengerais. Je leur ai promis que leurs maris, leurs pères, leurs fils ne seraient pas oubliés. Je leur ai serré la main, j'ai regardé leurs yeux, j'ai pris leur chagrin sur mes épaules.
Quand il s'écarta, j'avais les larmes aux yeux. Des larmes chaudes qui coulaient sur mes joues sans que je puisse les arrêter.— Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il.— Parce que je ne devrais pas vouloir ça. Parce que je l'aime, lui, pas toi. Parce que je ne sais plus rien. Parce que tout est devenu flou et que j'ai peur. Tellement peur.— Tu ne l'aimes peut-être plus.— Non. Je l'aime. C'est ça le problème. Je l'aime, et pourtant…— Et pourtant ?
Il se planta devant moi, les bras croisés, le regard calme. Je sentis son odeur – la terre, la peinture, le café, et quelque chose de plus intime, de plus humain. Sa chaleur à quelques centimètres de moi, sa présence qui emplissait tout l'espace.— Tu n'es pas venue pour le portrait, dit-il.— Non.— Tu es venue pour me parler.— Oui.— Alors parle. Je t'écoute.Je fis face à lui. Ses yeux verts étaient calmes, patients, sans jugement. Il ne me pressait pas, ne me poussait pas. Il
Pourquoi. La question à un million d'euros. Pourquoi je ne pouvais pas le voir. Parce que j'étais avec Matteo. Parce que je l'aimais. Parce que c'était mal. Parce que chaque seconde passée avec Adriano était une seconde volée à l'homme qui dormait dans la chambre à côté.Mais ce n'était pas la vraie raison. La vraie raison, celle que je n'osais pas m'avouer, celle qui me terrifiait plus que tout, c'était autre chose.Moi : « Parce que si je te vois, je ne sais pas ce que je ferai. »Je regardai ces mots s'afficher à l'écran, crus, nus, terriblement honnêtes. Je venais de dire la
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'i
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
ArkadyLa pluie a cessé. Une aube grise et humide suinte sur les vitres du van, comme de la salive séchée. Je n’ai pas dormi. Le café dans mon gobelet est froid, amer. La brûlure du cigare non allumé sur ma langue, c’est mieux.Le van est un trou. Une tumeur dans la ruelle de service. Par la vitre,
MATTEOLe sommeil n’a duré qu’un instant, une éternité. Je me réveille avant elle, dans la nuit profonde. Son corps est toujours un poids doux contre le mien, une chaleur qui a redessiné les frontières du mien. Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. Je veux graver cette sensation : la courbe de s
AURÉLIALe monde est réduit à cette fournaise où nous fondons.Sa bouche sur la mienne n’est pas une conquête, c’est un achèvement. Un point final et un commencement absolu. Je goûte l’éclair sur ses lèvres, l’odeur de l’ozone et du vieux papier, du savon neutre et de cette obsession qui a la saveu







