LOGINJe fermai les yeux, sentis les larmes monter. Sofia. Cette femme si vivante, si lumineuse. Réduite à un corps allongé sur une table d'opération, des tubes partout, des machines qui bipent.
— C'est Viktor, dis-je. C'est lui.
— Matteo le pense aussi. Il est fou de rage. Il a juré de le tuer.
— Il ne tuera personne s'il se fait tuer avant.
— C'est pour ça qu'il m'a envoyé te cherche
Il se planta devant moi, les bras croisés, le regard calme. Je sentis son odeur – la terre, la peinture, le café, et quelque chose de plus intime, de plus humain. Sa chaleur à quelques centimètres de moi, sa présence qui emplissait tout l'espace.— Tu n'es pas venue pour le portrait, dit-il.— Non.— Tu es venue pour me parler.— Oui.— Alors parle. Je t'écoute.Je fis face à lui. Ses yeux verts étaient calmes, patients, sans jugement. Il ne me pressait pas, ne me poussait pas. Il
Pourquoi. La question à un million d'euros. Pourquoi je ne pouvais pas le voir. Parce que j'étais avec Matteo. Parce que je l'aimais. Parce que c'était mal. Parce que chaque seconde passée avec Adriano était une seconde volée à l'homme qui dormait dans la chambre à côté.Mais ce n'était pas la vraie raison. La vraie raison, celle que je n'osais pas m'avouer, celle qui me terrifiait plus que tout, c'était autre chose.Moi : « Parce que si je te vois, je ne sais pas ce que je ferai. »Je regardai ces mots s'afficher à l'écran, crus, nus, terriblement honnêtes. Je venais de dire la
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'i
AuréliaLes premiers messages arrivèrent le lendemain.Adriano : « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû. Pardonne-moi. »Je lus la notification, le cœur serré. Mon premier réflexe fut de ne pas répondre. D'effacer. D'oublier.Mais mes doigts tapèrent la réponse avant que ma raison ne puisse les arrêter.Moi : « Ce n'est pas ta faute. Ce n'est la faute de personne. »Sa réponse vint presque immédiatement.Adriano : « Tu vas bien ? »Moi : « Je ne sais pas. Et toi ? »Adriano : « Je pense à toi. Tout le temps. »Je regardai l'écran, les mots qui dansaient. Matteo était dans son bureau, au téléphone. Il ne me verrait pas. Il ne saurait pas.Adriano : « Je veux te voir. »Moi : « Ce n'est pas possible. »Adriano : « Juste une fois. Pour parler. Pour s'expliquer. »Moi : « Je ne peux pas. »Adriano : « Alors je viendrai te chercher. »Moi : « Adriano, non. »Adriano : « Aurélia, s'il te plaît. »Je ne répondis pas. Je posai le téléphone, les mains tremblantes.---Les jours suivants, je vécu
Matteo se leva, les yeux brillants d'une lueur que je ne lui avais jamais vue. Une lueur de vengeance, de justice, de mort.— Où exactement ?— Dans le dix-neuvième. Un immeuble rue de Crimée. Troisième étage, porte de droite. Il y a un paillasson rouge, une plante verte devant la porte.— Tu es sûre ?— Certaine.Il se tourna vers Léo, qui attendait dans l'encadrement de la porte, le visage grave.— Prépare les hommes, dit-il. Tous. On y va dans dix minutes.— Matteo, dis-je. Je viens avec toi.— Non.— Matteo, je peux aider. Je peux le voir, le sentir. Je peux vous guider.— Non, Aurélia. C'est trop dangereux. Je ne peux pas te protéger là-bas. Je ne peux pas me concentrer sur lui et sur toi en même temps.— Je n'ai pas besoin d'être proté
AuréliaL'opération dura six heures.Six heures d'attente, de silence, d'angoisse. Six heures à regarder cette porte blanche, à guetter le moindre signe, le moindre bruit. Six heures à serrer la main de Matteo, à sentir sa tension, sa peur, sa rage contenue.Quand le chirurgien sortit enfin, il avait les traits tirés, les yeux cernés, la blouse tachée de sang. Il ôta ses gants, son masque, et s'approcha de nous.— Elle est stable, dit-il. Pour l'instant. Mais elle n'est pas sortie d'affaire. Les prochaines heures sont critiques. Nous avons réussi à arrêter l'hémorragie, mais il y a eu des dégâts. L'intestin, le rein gauche. On verra dans les prochains jours.— On peut la voir ? demanda Matteo.— Quelques minutes. Elle est inconsciente. Ne lui parlez pas trop fort. Ne la secouez pas. Et ne restez pas tro
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AuréliaLe rapport s'étale sur la table basse, vingt-trois pages de données, de connexions, de noms. Matteo est en face de moi, dos à la fenêtre. La nuit est tombée sans que je m'en aperçoive.— Il a des ramifications jusqu'en Asie du Sud-Est, dit-il en poussant une photo vers moi. Triades, trafic
L’HOMME AU MANTEAUAméliaLa pièce n’est plus la chambre. C’est la salle de soins, aseptisée, blanc et chrome. L’odeur de l’antiseptique remplace celle du jardin, du sang, de l’ozone.Je suis assise sur une table d’examen, enveloppée dans une couverture, bien que je ne tremble plus. Le médecin priv
AméliaL'air du jardin est frais, chargé de l'odeur de terre mouillée et de feuilles mortes. L'entraînement. Matteo l'a présenté comme une séance de "biométrie avancée en milieu ouvert". Un mensonge pour les oreilles indiscrètes, pour les regards qui se croient cachés.Pour nous, c'est un exercice







