LOGINMatteo se leva, les yeux brillants d'une lueur que je ne lui avais jamais vue. Une lueur de vengeance, de justice, de mort.
— Où exactement ?
— Dans le dix-neuvième. Un immeuble rue de Crimée. Troisième étage, porte de droite. Il y a un paillasson rouge, une plante verte devant la porte.
— Tu es sûre ?
— Certaine.
Il se tourna vers Léo, qui attendait dans l'encadrement de l
Pourquoi. La question à un million d'euros. Pourquoi je ne pouvais pas le voir. Parce que j'étais avec Matteo. Parce que je l'aimais. Parce que c'était mal. Parce que chaque seconde passée avec Adriano était une seconde volée à l'homme qui dormait dans la chambre à côté.Mais ce n'était pas la vraie raison. La vraie raison, celle que je n'osais pas m'avouer, celle qui me terrifiait plus que tout, c'était autre chose.Moi : « Parce que si je te vois, je ne sais pas ce que je ferai. »Je regardai ces mots s'afficher à l'écran, crus, nus, terriblement honnêtes. Je venais de dire la
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'i
AuréliaLes premiers messages arrivèrent le lendemain.Adriano : « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû. Pardonne-moi. »Je lus la notification, le cœur serré. Mon premier réflexe fut de ne pas répondre. D'effacer. D'oublier.Mais mes doigts tapèrent la réponse avant que ma raison ne puisse les arrêter.Moi : « Ce n'est pas ta faute. Ce n'est la faute de personne. »Sa réponse vint presque immédiatement.Adriano : « Tu vas bien ? »Moi : « Je ne sais pas. Et toi ? »Adriano : « Je pense à toi. Tout le temps. »Je regardai l'écran, les mots qui dansaient. Matteo était dans son bureau, au téléphone. Il ne me verrait pas. Il ne saurait pas.Adriano : « Je veux te voir. »Moi : « Ce n'est pas possible. »Adriano : « Juste une fois. Pour parler. Pour s'expliquer. »Moi : « Je ne peux pas. »Adriano : « Alors je viendrai te chercher. »Moi : « Adriano, non. »Adriano : « Aurélia, s'il te plaît. »Je ne répondis pas. Je posai le téléphone, les mains tremblantes.---Les jours suivants, je vécu
Matteo se leva, les yeux brillants d'une lueur que je ne lui avais jamais vue. Une lueur de vengeance, de justice, de mort.— Où exactement ?— Dans le dix-neuvième. Un immeuble rue de Crimée. Troisième étage, porte de droite. Il y a un paillasson rouge, une plante verte devant la porte.— Tu es sûre ?— Certaine.Il se tourna vers Léo, qui attendait dans l'encadrement de la porte, le visage grave.— Prépare les hommes, dit-il. Tous. On y va dans dix minutes.— Matteo, dis-je. Je viens avec toi.— Non.— Matteo, je peux aider. Je peux le voir, le sentir. Je peux vous guider.— Non, Aurélia. C'est trop dangereux. Je ne peux pas te protéger là-bas. Je ne peux pas me concentrer sur lui et sur toi en même temps.— Je n'ai pas besoin d'être proté
AuréliaL'opération dura six heures.Six heures d'attente, de silence, d'angoisse. Six heures à regarder cette porte blanche, à guetter le moindre signe, le moindre bruit. Six heures à serrer la main de Matteo, à sentir sa tension, sa peur, sa rage contenue.Quand le chirurgien sortit enfin, il avait les traits tirés, les yeux cernés, la blouse tachée de sang. Il ôta ses gants, son masque, et s'approcha de nous.— Elle est stable, dit-il. Pour l'instant. Mais elle n'est pas sortie d'affaire. Les prochaines heures sont critiques. Nous avons réussi à arrêter l'hémorragie, mais il y a eu des dégâts. L'intestin, le rein gauche. On verra dans les prochains jours.— On peut la voir ? demanda Matteo.— Quelques minutes. Elle est inconsciente. Ne lui parlez pas trop fort. Ne la secouez pas. Et ne restez pas tro
Je fermai les yeux, sentis les larmes monter. Sofia. Cette femme si vivante, si lumineuse. Réduite à un corps allongé sur une table d'opération, des tubes partout, des machines qui bipent.— C'est Viktor, dis-je. C'est lui.— Matteo le pense aussi. Il est fou de rage. Il a juré de le tuer.— Il ne tuera personne s'il se fait tuer avant.— C'est pour ça qu'il m'a envoyé te chercher. Il a besoin de toi.— Besoin de mon don.— Besoin de toi. Tout court.La voiture tourna dans la rue de l'hôpital. Les lumières des urgences clignotaient au loin, rouges et blanches. Des ambulances, des policiers, des badauds. La nuit était chaude, mais je sentais le froid m'envahir.L'hôpital était une fourmilière silencieuse. Des infirmiers en blouse verte passaient en courant, des médecins discutaient &ag
L’HOMME AU MANTEAUL’entreprêt, cette fois, n’est pas le même. C’est un garage souterrain, l’air saturé d’odeurs d’huile et d’essence. L’ampoule nue éclaire la scène d’une lumière blafarde, cruelle.Les deux hommes valides tiennent leurs compagnons blessés. L’un, celui qui avait eu le couteau, trem
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
ArkadyLa pluie a cessé. Une aube grise et humide suinte sur les vitres du van, comme de la salive séchée. Je n’ai pas dormi. Le café dans mon gobelet est froid, amer. La brûlure du cigare non allumé sur ma langue, c’est mieux.Le van est un trou. Une tumeur dans la ruelle de service. Par la vitre,
AURÉLIAIl ne bouge pas. Il me laisse regarder. Boire la vue de lui.Puis il fait un pas vers moi. Sa main se lève, se pose sur mon épaule, à travers le tissu fin de mon t-shirt. Sa paume est chaude, lourde de sens.— À toi, maintenant.Mes doigts tremblent légèrement. Je lève les mains, les pose s







