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Chapitre 1 : La Proposition
Anya
La pluie frappe les vitres du Last Call comme des aiguilles. Je compte les gouttes qui ruissellent sur la vitre, évitant soigneusement les regards des autres clients. Mon verre de vin blanc est presque vide. Comme mon compte en banque. Comme mon existence.
Je devrais être rentrée depuis une heure. Préparer mes cours pour demain, corriger ces copies qui s'accumulent sur mon bureau. Mais l'appartement est trop silencieux, trop vide depuis que maman est partie.
Quand il s'assoit en face de moi, je sursaute. Personne ne s'assoit à ma table. Pas ici, pas dans ce bar miteux où je suis devenue une habituée invisible.
· Anya.
Ma gorge se serre. Il connaît mon nom. Ses yeux sombres me dévisagent avec une intensité qui me paralyse. Il est grand, trop grand, habillé d'un manteau noir qui semble absorber la lumière. Beau, d'une beauté dangereuse qui alerte tous mes instincts.
· Qui êtes-vous ?
Ma voix tremble, je le hais pour ce tremblement.
· Dante. Appelez-moi Dante.
Il pose les mains sur la table. De grandes mains, aux doigts longs, avec une fine cicatrice sur l'index droit. Je ne peux m'empêcher de remarquer chaque détail, comme si mon cerveau enregistrait tout en accéléré.
· Comment connaissez-vous mon nom ?
Il ignore ma question. Son regard parcourt mon visage comme s'il lisait quelque chose écrit sur ma peau.
· Vous avez des dettes. Beaucoup de dettes.
Mon cœur s'arrête. Comment peut-il savoir ?
· Ce n'est pas... Ce n'est pas vos affaires.
· Je peux tout régler. Ce soir même.
Un rire nerveux m'échappe.
· Vous êtes fou.
· Probablement.
Il se penche en avant. Son parfum m'envahit, boisé et épicé, avec une note métallique presque imperceptible.
· Une nuit avec moi. Contre cent mille euros.
Le monde bascule. Les bruits du bar s'éteignent, remplacés par un bourdonnement aigu dans mes oreilles. Je dois avoir mal entendu.
· Quoi ?
· Vous avez parfaitement compris.
Je me lève si brusquement que ma chaise grince sur le sol.
· Vous êtes malade.
Je saisis mon sac, mes doigts moites glissent sur le cuir. Je vais partir. Tout de suite. Maintenant.
· Les frais de l'établissement de santé pour votre mère s'élèvent à soixante-treize mille euros. Sans compter les dettes personnelles.
Je me fige. Comment sait-il pour maman ? Pour l'établissement ?
· L'asphyxie financière vous va si mal, Anya.
Sa voix est douce maintenant, presque tendre. Meurtrière.
Je me rassois lentement. Mes jambes refusent de me porter plus loin.
· Qui êtes-vous vraiment ?
· Un admirateur. Depuis longtemps.
Je frissonne. Ses mots réveillent des sensations étranges en moi. De la peur, oui, beaucoup de peur. Mais autre chose aussi. Une curiosité malsaine. Une excitation honteuse.
· Vous me suivez ?
· Depuis trois mois.
La réponse est tombée sans hésitation. Brutale. Vraie.
· Pourquoi moi ?
Il sourit pour la première fois. Un sourire qui ne touche pas ses yeux.
· Parce que vous avez les mêmes ombres que moi.
Sa main effleure la mienne. Un simple contact, mais il électrise tout mon corps. Je devrais crier, fuir, appeler à l'aide. Mais je reste là, hypnotisée.
· Une nuit, répète-t-il. Cent mille euros.
Je regarde ses lèvres. Je pense à ce qu'elles pourraient faire. À ce qu'il pourrait me faire. Et ce qui me terrifie le plus, c'est que quelque chose en moi... veut dire oui.
· Je...
Les mots me meurent dans la gorge. La peur et le désir se mélangent en un cocktail toxique dans mes veines.
· D'accord.
Le mot sort comme un souffle. Comme une condamnation. Comme une libération.
Son expression change imperceptiblement. Quelque chose s'allume dans son regard. De la satisfaction ? De la faim ?
· Bien.
Il se lève, jette des billets sur la table.
· Venez.
Ce n'est pas une invitation. C'est un ordre. Et mon corps obéit avant même que mon esprit n'ait pris la décision.
Je le suis dans la nuit pluvieuse, vers l'inconnu, vers lui. Chaque pas est à la fois un cauchemar et un rêve. Je suis terrifiée. Je suis vivante. Pour la première fois depuis des années, je suis vivante.
Et je sais, avec une certitude qui me glace le sang, que rien ne sera plus jamais comme avant.
Chapitre 38 : La Cendre et la GraineAnyaLa Nouvelle-Zélande est un choc. L'air est si pur qu'il en est presque douloureux à respirer. Les couleurs sont trop vives – le vert des collines, le bleu du ciel, le blanc des nuages. Le silence est une présence tangible, brisé seulement par le chant des oiseaux et le murmure du vent. Après le grondement constant de la ville, ce calme ressemble à un vide.Nous avons acheté une maison. Modeste, en bois, adossée à une colline surplombant la mer. Pas de système de sécurité sophistiqué, pas de vitres blindées. Juste une clôture pour les moutons. L'absurdité de la situation me fait parfois sourire, un sourire sans joie.Dante erre dans la maison comme une âme en peine. Ses mains, habituées à tenir une arme ou à pianoter sur un clavier, ne savent que faire d'elles-mêmes. Il essaie de jardiner, de réparer des choses. Il est maladroit. Vulnérable. Je le préfère ainsi.Les premiers jours sont un exercice de désintoxication. Se défaire de la paranoïa.
Chapitre 37 : L'IncendieAnyaLes passeports sont un poids brûlant dans la poche intérieure de mon manteau. Mon arme, un froid familier contre mes côtes. Je sors du loft, l'air de la ville me frappe au visage, chargé des promesses empoisonnées du pouvoir et des regrets.Je n'ai pas choisi. J'ai simplement suivi mon instinct, cette boussole interne qui ne m'a jamais trompée, même lorsqu'elle me guidait vers l'enfer.Dante. Il est ma force et ma faille. Mon partenaire et mon talon d'Achille. Et maintenant, il court vers sa perte, aveuglé par l'amour d'un oncle pour son neveu. Un amour que je comprends, que je partage peut-être au fond de moi, mais que je ne peux pas me permettre.Pas comme ça.Pas en sacrifiant tout ce pour quoi nous avons lutté, saigné, tué.Je le trouve dans la salle des serveurs, le cœur numérique de notre empire. Les lumières bleues des machines clignotent, reflétées dans la sueur sur son front. Ses doigts volent sur un clavier, vidant des comptes offshore dans une
Chapitre 36 : Le Poids de la CouronneAnyaLe temps est un maître cruel. Il efface les traces de sang sur le béton, mais pas celles gravées au fer rouge dans nos âmes. Cinq ans. Cinq longues années depuis le départ d'Elena et Marco. Cinq années à régner sur un empire d'ombres, à maintenir un équilibre précaire par la terreur et la ruse.Notre pouvoir est absolu, mais il est silencieux. Nous ne paradons pas. Nous gouvernons depuis les coulisses, comme des marionnettistes tirant les ficelles d'un théâtre d'épouvante. La ville prospère en surface, mais son cœur bat au rythme de nos décrets.Dante et moi, nous sommes devenus une entité unique. Deux moitiés d'un même être froid et calculateur. Les nuits de passion sauvage ont cédé la place à une complicité profonde, presque organique. Nous n'avons plus besoin de mots pour communiquer. Un regard, un geste, suffisent. Nous sommes les gardiens du temple, et notre temple est construit sur des ossements.Mais même les pierres les plus solides f
Chapitre 35 : L'Héritage et l'AvenirAnyaLes semaines qui suivent la chute des Varga et la mort de Kazimir sont étrangement calmes. Trop calmes. La ville semble retenir son souffle, attendant notre prochain mouvement. Notre victoire a été totale, brutale. Les rumeurs ont circulé, déformant la réalité jusqu'à en faire une légende : l'Héritière et le Fantôme, inséparables, invincibles, protégés même par un enfant-sorcier.Marco. L'enfant qui a sauvé Dante.Il ne parle toujours pas, mais son silence est différent. Mois de peur, plus de résignation. Il suit Dante partout, son ombre miniature. Et Dante, le tueur impitoyable, se métamorphose en présence patiente et douce. Il lui apprend à se défendre, non pas avec des armes, mais avec son esprit. À observer. À écouter. À sentir le danger avant qu'il ne frappe.Je les observe parfois, depuis l'ombre. Le géant blessé et le petit garçon silencieux. Une étrange forme de rédemption se joue sous mes yeux. Dante expie ses péchés en protégeant cet
Chapitre 34 : Le Sang et la CendreAnyaLe nouveau repaire est un bunker aménagé sous une usine désaffectée. L'air y est recyclé, froid, impersonnel. Les murs de béton brut suintent l'humidité et le désespoir. Elena et Marco sont là, sains et saufs, mais l'enfant ne parle plus. Il se contente de regarder, ses grands yeux sombres empreints d'un traumatisme qui ne devrait pas être le sien.Dante, le bras en écharpe, passe son temps sur les écrans, traquant l'ombre de celui qui a osé s'en prendre à notre forteresse. Sa blessure le ronge, moins la douleur physique que la faille dans son invulnérabilité. On a touché à sa famille. À sa famille.Moi, je planifie. La vengeance n'est pas une émotion, c'est une équation. Il faut identifier la variable inconnue, l'éliminer, et sécuriser le système. Mais une partie de moi, une partie que je croyais morte, s'inquiète pour l'enfant silencieux, pour la sœur qui regarde son frère comme si elle ne le reconnaissait plus.— C'est les Varga, annonce Dant
Chapitre 33 : La Forteresse AssiégéeAnyaLa forteresse. C'est ainsi que nous appelons désormais le penthouse. Ce n'est plus un symbole de luxe, mais une citadelle. Les vitres sont blindées, les portes renforcées, le système de sécurité si complexe qu'il faudrait une armée pour le franchir. Et au cœur de cette forteresse, une nouvelle présence fragile : Elena et son fils, Marco.L'enfant, sept ans, aux yeux trop grands et trop sérieux, observe notre monde avec une peur muette. Il se blottit contre sa mère, un petit animal terrifié dans une jungle de béton et d'acier. Sa présence est un rappel constant de ce que nous avons perdu : l'innocence.Dante est différent depuis leur arrivée. Plus protecteur. Plus imprévisible. La froideur du stratège est entamée par la peur viscérale de l'oncle. Je le vois regarder Marco, et je sais qu'il voit l'enfant qu'il aurait pu avoir, dans une autre vie. Une vie qui n'a jamais été à notre portée.Elena, elle, nous observe, Dante et moi, avec une horreur







