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Chapitre 2 : L’accident

Author: Ammy gold
last update publish date: 2026-07-09 03:24:14

Mon téléphone vibra contre la table de la cafétéria comme un tir d’avertissement.

Alpha Dominic.

Mon père ne m’appelait jamais en premier. Jamais. Notre communication se résumait à lui qui grognait dans ma direction pendant le dîner et à moi qui existais silencieusement en arrière-plan.

Je répondis quand même.

« Allô ? »

« Rentre immédiatement. »

La ligne se coupa.

Aucune explication. Aucun « comment vas-tu ? ». Juste un ordre aboyé au téléphone.

Je fixai l’écran pendant cinq secondes.

En face de moi, Anna s’arrêta en plein milieu d’une bouchée.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Je dois partir. »

« C’est grave ? »

J’hésitai.

« Je ne sais pas. »

Mais je le savais.

Quelque chose n’allait pas. Le genre de chose qui s’installe dans votre poitrine comme une pierre glacée.

---

Le trajet jusqu’au territoire de Moonfang sembla interminable.

Chaque feu rouge ressemblait à une attaque personnelle.

Mes mains serraient le volant si fort que mes ongles s’enfonçaient dans mes paumes. Les arbres familiers défilaient en flou derrière les vitres.

Les portes de Moonfang apparurent.

Deux gardes se tenaient de chaque côté, leurs visages figés comme de la pierre.

Ils ouvrirent les grilles avant même que je ralentisse.

Habituellement, ils me faisaient attendre.

Habituellement, ils vérifiaient mon identité comme si j’étais un étranger.

Ce soir, ils me laissèrent simplement passer.

Des SUV noirs étaient alignés devant le manoir.

Six.

Des véhicules de la meute.

Le genre de véhicules qui ne sortaient que lorsqu’une chose terrible était arrivée.

---

Je n’entrai pas en marchant.

Je courus.

Des serviteurs traversaient les couloirs en portant des bandages. Des voix résonnaient depuis l’étage. Quelque part, du verre se brisa.

Puis j’entendis mon père crier.

« Il aurait pu mourir ! »

Mon sang se glaça.

La peur n’avait jamais été pour moi.

Elle avait toujours été pour Lucien.

J’attrapai le médecin le plus proche par le bras et le tirai en arrière.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Ses yeux s’écarquillèrent.

« Votre frère. Accident de voiture. Sur l’autoroute. »

Tout en moi s’effondra.

« Où est-il ? »

« Deuxième étage. »

Je courus.

---

Le couloir devant la chambre de Lucien semblait interminable.

Deux gardes se tenaient au garde-à-vous.

Ils ne m’arrêtèrent pas.

J’ouvris la porte et me figeai.

Lucien était sur le lit.

Il avait l’air différent. Son visage était gonflé d’un côté, couvert d’ecchymoses aux couleurs qui ne devraient jamais exister sur une peau humaine. Des bandages entouraient sa poitrine, tachés de rouge. Son bras était maintenu dans une attelle, plié selon un angle anormal. Des machines bipaient à côté de lui.

Mon frère avait l’air faible.

Lucien Vale n’avait jamais eu l’air faible de toute sa vie.

Pas lorsqu’il s’était transformé avant moi.

Pas lorsqu’il remportait chaque compétition pendant que je regardais depuis les coulisses.

Maintenant, il était allongé là, comme une poupée brisée.

Selene était assise près du lit, tenant la main de Lucien.

Elle leva les yeux vers moi.

Le soulagement envahit son visage.

« Il est vivant », murmura-t-elle.

Je m’approchai.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Personne ne répondit immédiatement.

Dominic se tenait de l’autre côté de la pièce avec plusieurs anciens de la meute.

Ils me regardaient tous comme si j’étais un problème.

Finalement, un ancien prit la parole.

« Les freins ont lâché. »

Je fronçai les sourcils.

« Ça n’a aucun sens. Lucien vérifie sa voiture constamment. Une fois, il a refusé de conduire parce qu’un voyant d’avertissement avait clignoté pendant deux secondes. Depuis quand Lucien oublie-t-il d’entretenir sa voiture ? »

Les anciens échangèrent des regards.

Le genre de regards qui disait qu’ils savaient quelque chose que j’ignorais.

L’expression de Dominic s’assombrit.

« Ce n’est pas le moment de poser des questions. »

« Non », répondis-je.

Le mot sortit plus froid que prévu.

« C’est exactement le moment de poser des questions. Quelque chose ne va pas ici. Ce n’est pas de la malchance. C’est autre chose. »

Un autre ancien s’avança nerveusement.

« Les sponsors sont déjà au courant de l’accident. Le championnat commence dans deux semaines. Si Lucien ne peut pas jouer… »

Je me tournai vers mon frère.

Ses yeux étaient ouverts maintenant.

À peine.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » demandai-je plus doucement.

Le visage meurtri de Lucien tenta de sourire.

Il n’y arriva pas.

« La voiture a perdu le contrôle. »

« Ce n’est pas une réponse. »

Il détourna le regard.

Cette hésitation.

Je la connaissais trop bien.

Lucien cachait quelque chose.

Avant que je puisse insister, une douleur traversa son visage.

Les moniteurs se mirent à biper plus rapidement.

Un médecin se précipita vers lui.

« Il a besoin de repos. »

Lucien attrapa mon poignet.

Sa prise était faible.

Désespérée.

Ses yeux trouvèrent les miens.

« Ne le laisse pas faire ça », murmura-t-il.

Je fronçai les sourcils.

« Faire quoi ? »

Mais Lucien était déjà en train de sombrer.

Ses paupières se fermèrent.

Le médecin me repoussa doucement.

« Vous devriez partir. »

Ne le laisse pas faire ça.

Ces mots restèrent enfermés dans ma tête longtemps après que j’eus quitté la pièce.

Le lendemain matin, Dominic me convoqua dans son bureau.

La porte se referma derrière moi avec un bruit semblable à celui d’un cercueil qu’on ferme.

Dominic se tenait près de son bureau, tenant plusieurs feuilles entre ses mains.

Des contrats.

Des documents de sponsoring.

Il ne me regarda pas tout de suite.

« Les médecins ont confirmé que Lucien ne peut pas jouer », dit-il.

« D’accord. »

« Le championnat ne peut pas continuer sans le capitaine de Moonfang. »

« Et ? »

Dominic leva enfin les yeux vers moi.

« Tu prendras sa place. »

La pièce devint silencieuse.

Je crus avoir mal entendu.

Puis je réalisai qu’il était sérieux.

« Non. »

« Toi et Lucien êtes identiques. Personne en dehors de la meute ne sait même que tu existes. Ce qui rend cela possible. »

Cette phrase me fit mal.

Il l’avait dite avec tellement de désinvolture.

Comme si le fait que j’aie caché mon existence entière n’était maintenant qu’une simple commodité.

« Je connais à peine le hockey. »

« Tu t’es entraîné aux côtés de Lucien en grandissant. Tu t’en souviens suffisamment. »

Je secouai lentement la tête.

« C’est insensé. »

Dominic s’approcha.

« Si Moonfang perd ce sponsoring, les meutes rivales traverseront nos frontières dans quelques mois. »

« Et d’une manière ou d’une autre, ça devient mon problème ? »

« Tu fais partie de cette meute, que tu le veuilles ou non. »

Ma colère monta rapidement.

C’était drôle de voir comment Moonfang ne se souvenait que j’appartenais à cette meute lorsqu’ils avaient besoin de quelque chose.

« Tu m’as ignoré pendant dix-sept ans », dis-je doucement. « Et maintenant, soudainement, je suis utile ? »

Le visage de Dominic se durcit.

Avant qu’il puisse répondre, la porte du bureau s’ouvrit violemment.

Lucien se tenait là, essoufflé.

Il n’aurait pas dû être sorti du lit.

Une main pressait ses côtes.

« Tu ne peux pas le forcer », dit Lucien.

Dominic sembla agacé.

« Tu devrais être en train de te reposer. »

« J’ai dit non. »

Je fixai mon frère.

Lucien n’avait jamais défié notre père ouvertement.

Jamais.

L’expression de Dominic se durcit.

« Moonfang a besoin de stabilité. »

« Alors trouve une autre solution. »

« Il n’y a pas d’autre solution. »

Lucien me regarda soudainement.

Pour la première fois depuis l’accident, je vis une véritable panique dans ses yeux.

Pas la peur de perdre le hockey.

Quelque chose de pire.

« Tu ne comprends pas », murmura Lucien.

La voix de Dominic trancha la pièce.

« Tu étais censé assurer l’avenir de Moonfang. Maintenant, ton frère le fera à ta place. »

La tension explosa.

Lucien devint pâle.

Sa respiration changea.

Et soudain, je compris quelque chose de terrifiant.

Ce n’avait jamais été seulement une question de hockey.

Je les regardai lentement, l’un puis l’autre.

« Qu’est-ce que vous ne me dites pas ? »

Personne ne répondit.

Dominic resta silencieux.

Lucien détourna le regard.

Ce silence me disait tout.

Quelque chose m’avait été caché toute ma vie.

Et quoi que ce soit, mon frère avait failli mourir à cause de cela.

À l’extérieur de la fenêtre, les nuages commencèrent à s’ouvrir.

Une lumière argentée traversa la vitre.

Et je réalisai que je ne connaissais pas du tout ma famille.

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