LOGINJe me blottis contre lui, je pose ma tête sur sa poitrine, j'écoute son cœur qui bat, et je suis heureuse, vraiment heureuse, pour la première fois depuis des années, depuis toujours peut-être, je suis heureuse, pleinement, totalement, absolument.Mais il y a quelque chose dans sa voix, quelque chose que je n'ai pas remarqué tout de suite, quelque chose que je ne perçois pas encore, une ombre, une nuance, un remords peut-être, un regret, une tristesse qui se cache derrière la joie, comme une fissure dans un mur parfaitement lisse, comme une fausse note dans une symphonie, comme un nuage dans un ciel sans tache.— Plus que tu ne peux l'imaginer, a-t-il dit, et cette phrase, cette toute petite phrase, contient peut-être plus de secrets qu'il n'y paraît, plus de douleur qu'il ne le montre, plus de vérités qu'il ne veut bien le dire, mais je ne le vois pas, je ne
Je ne réponds pas, je ne peux pas répondre, parce que les mots ne viendraient pas, parce que l'émotion est trop forte, parce que je suis submergée par une vague de gratitude et d'amour et d'espoir et de peur mêlés, et je me contente de poser ma tête sur sa poitrine, d'écouter son cœur battre régulièrement, calmement, comme une horloge, comme un métronome, comme une promesse.Pour la première fois depuis des années, depuis toujours peut-être, je me sens libre, vraiment libre, libre d'aimer, libre de choisir, libre de vivre, et cette liberté est si nouvelle, si étrange, si merveilleuse, que j'ai envie de rire et de pleurer en même temps, de danser et de m'endormir, de crier et de me taire.Je ferme les yeux, je respire son odeur, je sens sa chaleur, j'écoute son cœur, et je m'endors paisiblement, pour la première fois
SaraPour la première fois, pour la toute première fois depuis que cette histoire a commencé, depuis que nos regards se sont croisés dans le hall de l'hôtel, depuis que nos corps se sont rencontrés dans la pénombre de la suite Impériale, depuis que nos vies se sont entremêlées dans ce labyrinthe de secrets et de mensonges, je monte chez Adrian sans y être obligée, sans y être contrainte, sans y être poussée par la peur ou le chantage ou le devoir ou la nécessité, je monte chez lui de mon plein gré, parce que j'en ai envie, parce que je le veux, parce que mon cœur me dit d'y aller et que pour une fois, pour la première fois, j'écoute mon cœur sans me poser de questions, sans calculer les risques, sans peser le pour et le contre, sans me demander si c'est une bonne idée ou une erreur ou une folie.Le couloir du dernier étage est silencieux, le tapis moelleux absorbe le bruit de mes pas, les appliques murales diffusent une lumière douce et tamisée qui donne à l'endroit une atmosphère irr
Je suis sortie, j'ai fermé la porte derrière moi, et dans le couloir, je me suis adossée au mur, j'ai fermé les yeux, j'ai respiré profondément, et j'ai senti mon cœur qui battait à tout rompre, mes mains qui tremblaient, mes jambes qui menaçaient de se dérober sous moi, mais j'avais réussi, j'avais enregistré toute la conversation, j'avais toutes les preuves dont nous avions besoin.Je suis montée directement chez Adrian, j'ai sorti l'enregistreur de ma poche, je l'ai posé sur la table basse, et j'ai dit, la voix encore tremblante mais triomphante :— Ça y est, je l'ai eu, il a tout dit, les vidéos, Elena, Volkov, tout est sur l'enregistrement.Adrian a écouté l'enregistrement en silence, attentivement, religieusement, et quand il a entendu Vernet mentionner Volkov, quand il a entendu Vernet menacer ma sœur, quand il a entendu Vernet se vanter d'être prêt à tout pour protéger ses intérêts, son visage s'est illuminé, son sourire s'est élargi, et
Je suis descendue dans le bureau de Vernet en fin d'après-midi, sans y avoir été convoquée, pour la première fois, et quand j'ai frappé à sa porte, quand j'ai entendu sa voix qui m'autorisait à entrer, j'ai senti mon cœur s'accélérer légèrement, mais je me suis forcée à rester calme, à me souvenir de mon texte, à ne pas montrer ma peur.— Sara, a dit Vernet en levant les yeux de ses dossiers, surpris de me voir, mais agréablement surpris, comme s'il croyait que je venais enfin me soumettre, lui apporter ce qu'il m'avait demandé , Quelle bonne surprise, vous venez me donner des nouvelles de Sterling, j'imagine.— Oui, ai-je dit en m'asseyant sur la chaise face à lui, en croisant les mains sur mes genoux, en prenant l'air soumis, vaincu, résigné , J'ai réfléchi, monsieur Vernet, j'ai réfléchi à votre ultimatum, à vos menaces, à ce que vous pourriez faire à ma sœur, et j'ai décidé que je n'avais pas le choix.— Sage décision, a dit Vernet en sourian
SaraCe soir-là, Adrian m'emmène dans les passages secrets, pas ceux des archives, pas ceux que je connais déjà, mais les autres, ceux dont il m'a parlé la première fois, ceux qu'il a découverts en étudiant les plans de l'hôtel dans les archives municipales, tout un réseau de couloirs dérobés, d'escaliers cachés, de portes invisibles qui parcourent le palace comme un système sanguin secret, comme un labyrinthe parallèle que seuls les initiés connaissent, que seuls les fantômes empruntent, que seuls les amants et les conspirateurs foulent depuis des décennies.— Où allons-nous ? dis-je en le suivant dans l'escalier étroit qui part de la suite Impériale, cet escalier que j'ai déjà emprunté une fois, qui descend dans les profondeurs de l'hôtel, qui mène aux archives oubliées, mais cette fois, Adrian ne s'arrête pas aux archives, il continue, il bifurque, il emprunte un couloir que je n'avais pas vu, une porte que je n'avais pas remarquée, un passage que je n
Je le regarde, les yeux pleins de larmes, de rage, de terreur, et je voudrais me lever, le frapper, le gifler, le griffer, lui arracher les yeux, lui faire tout le mal qu'il mérite, tout le mal qu'il a fait à ma mère, à mon père, à Elena, à moi, à toutes les victimes de cet hôtel maudit
Nous restons ainsi, enlacés dans le boudoir oublié, et je pense à tout ce qu'il m'a dit, à toutes les promesses qu'il a faites, à tous les secrets qu'il garde encore, et pour la première fois, je commence à le croire, à croire en lui, à croire en nous, à croire que cet hôtel pourrait vraimen
SaraCe soir-là, je monte chez Adrian avec une question qui me brûle les lèvres depuis des jours, depuis des semaines, depuis que j'ai commencé à assembler les pièces du puzzle, depuis que j'ai compris que nos histoires étaient liées, depuis que j'ai découvert qu'il cherchait l
Je pleure pour moi, pour Sara, la femme de chambre invisible, la fille de rien, l'orpheline qui a grandi sans père, sans argent, sans avenir, et qui découvre soudain qu'elle est quelqu'un, qu'elle est l'héritière de quelque chose, qu'elle a une histoire,







