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Chapitre 4 : Le regard 2

작가: Déesse
last update 게시일: 2026-05-04 03:56:39

Sara

La suite des Tuileries. La suite Impériale. Les numéros dansent dans ma tête. Vernet a dit Tuileries, mais c'est Sterling que je viens de croiser, et c'est Sterling qui occupe la suite Impériale. Deux hommes différents. Deux nuits différentes. L'un que je redoute, l'autre que je désire. L'un qui m'a achetée, l'autre qui m'a regardée. Le hasard est un bourreau. Le destin est un sadique. Et moi, je suis au milieu, écartelée entre la peur et le désir, incapable de choisir, incapable de fuir, incapable de rien.

L'ascenseur privé est une cage dorée. Dans le miroir biseauté, je vois mon reflet, et je le déteste. Mes joues sont écarlates, mes yeux effarés, ma coiffure trop serrée me donne l'air d'une condamnée. Les étages défilent, une lente agonie. La porte s'ouvre sur un palier désert, silencieux comme une tombe. La double porte de la suite est en acajou massif. Le battant de mon cœur couvre tous les bruits. Je lève la main pour frapper, mais avant que mes phalanges ne touchent le bois, la porte s'ouvre.

Il est là. Adrian Sterling. Il a retiré sa veste, sa cravate. Sa chemise est entrouverte, et je vois la naissance de sa gorge, une chaîne fine qui brille contre sa peau bronzée. Il est plus grand que dans mon souvenir, plus massif, plus réel. L'air autour de lui vibre, comme chargé d'un champ magnétique. Il ne dit rien. Il me regarde, et c'est le même regard que ce matin. Sauf qu'il n'y a plus de distance. Il est à un mètre de moi, et je sens sa chaleur, son odeur boisée, épicée, ce parfum de la Tourelle. C'était lui. C'était son parfum dans cette chambre. La coïncidence me glace. Le destin me nargue. Et dans ma tête, une voix hurle : tu es à lui maintenant, mais dans quelques heures tu seras à un autre, tu es une chose, une chose qu'on se passe de main en main, une chose qui n'a pas le droit de dire non.

— Entrez, Sara.

Il dit mon prénom comme s'il l'avait toujours su. Comme s'il l'avait prononcé mille fois. Sa voix est du velours sur du verre brisé. Je veux fuir. Mon corps tout entier hurle de fuir. Mais mes pieds avancent. Ils franchissent le seuil de cette suite comme on franchit le Styx. La porte se referme derrière moi. Et soudain, nous sommes seuls.

La suite est immense, baignée d'une pénombre dorée. La baie vitrée donne sur Paris, une mer d'étoiles terrestres qui scintille, loin, si loin. La tour Eiffel balaie la nuit de son phare, un battement de cœur lumineux. Je ne vois rien de tout cela. Je ne vois que lui. Et derrière lui, l'ombre de l'autre. L'homme des Tuileries. L'homme qui m'attend à vingt-trois heures. L'homme qui a acheté ma nuit. Ma poitrine est un étau. Ma gorge est un nœud de larmes et de cris. Il s'approche de moi, lentement, comme on approche d'un animal sauvage. Je recule, le dos heurte le mur lambrissé. Je suis piégée. Piégée entre le désir et la peur. Piégée entre cet homme qui me regarde comme si j'étais unique et cet autre qui m'attend comme on attend une livraison.

— Vous tremblez, constate-t-il. Sa voix est douce, trop douce. Une caresse de lame.

— Je... je ne devrais pas être ici. Je vous en prie, laissez-moi partir. Je suis personne. Je ne suis qu'une femme de chambre. Une femme de chambre qui va... qui va...

Je ne peux pas finir ma phrase. Les mots restent coincés, des arêtes dans ma gorge. Je vais me vendre. Je vais me vendre à un autre homme, et vous, vous êtes là, à me regarder comme si j'avais de la valeur, et c'est la pire des cruautés. C'est un supplice que je ne mérite pas.

— Vous n'êtes personne, répète-t-il, en écho. Et pourtant, depuis ce matin, je ne vois que vous.

Il lève la main, et ses phalanges effleurent ma joue avec une lenteur insoutenable. Le contact est une brûlure. Ma respiration se bloque. Mes yeux se ferment malgré moi, traîtres, et une larme coule, une seule, idiote, pathétique, roulant sur mes cils et venant mourir sur ses doigts. Il la regarde, cette larme, et quelque chose vacille dans son regard. Une ombre. Une fêlure.

— Ne pleurez pas, murmure-t-il. Pas encore.

Et il m'embrasse.

Sa bouche sur la mienne est une déflagration. Ce n'est pas doux. Ce n'est pas une question. C'est un rapt. Une invasion. Sa langue force mes lèvres, et je cède avec un gémissement que je ne reconnais pas, un son animal, misérable. Son goût est un mélange de whisky et de nuit. Ses mains s'enfoncent dans mes cheveux, défont le chignon serré, libèrent les mèches qui cascadent sur mes épaules. Mon corps fond contre le sien, ma poitrine contre son torse, mes hanches contre les siennes. Je réponds. Mon Dieu, je réponds. Ma langue danse avec la sienne, mes mains agrippent sa chemise, je me hisse sur la pointe des pieds pour m'offrir plus, pour qu'il me dévore entièrement. Pendant une seconde, une éternité, je ne suis plus la femme en deuil, je ne suis plus la survivante coupable, je ne suis plus la condamnée des Tuileries. Je suis une femme vivante, désirée, désirante, et c'est une résurrection.

Et puis je me vois. Je nous vois, de l'extérieur. La femme de chambre en uniforme, le cou tendu, offerte comme une courtisane. L'héritier milliardaire qui prend ce qu'il veut. Le cliché obscène de ma vie. La honte, soudain, est une douche d'acide. Elle brûle tout. Le désir, la passion, l'instant. Il ne reste qu'une fille en tablier blanc qui se fait embrasser par un dieu, et qui est assez stupide pour croire que c'est autre chose qu'un caprice. Et dans quelques heures, cette même fille sera dans une autre suite, avec un autre homme, et elle fera semblant de ne pas avoir mal, et elle comptera les moulures au plafond, et elle attendra que ça passe. Elena est morte, et moi je suis là, à gémir sous les lèvres d'un inconnu, alors que je vais me vendre à un autre. Quelle trahison. Quelle abjection. Un sanglot monte dans ma gorge, mêlé au baiser, et je le repousse. De toutes mes forces. Mes paumes frappent son torse, et il recule, surpris. Ses yeux, un instant voilés de désir, s'écarquillent. Il tend une main vers moi.

— Sara...

Et je le gifle.

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