SaraLe local à linge est mon refuge. Un cube étroit coincé entre deux murs porteurs, sans fenêtres, sans air, sans vie. Les étagères débordent de draps pliés, de taies d'oreiller empilées en tours fragiles, de couvertures qui sentent la lessive industrielle et l'amidon. Cette odeur, c'est l'odeur de mon existence. Propre, chimique, anonyme. Une odeur qui efface toutes les autres, qui neutralise les traces, qui désinfecte les souvenirs. Ici, personne ne vient me chercher. Personne ne pense à regarder derrière la dernière étagère, là où je me cache parfois, le dos contre le mur froid, les genoux contre la poitrine, les yeux fermés. Ici, je peux respirer sans que l'air me brûle les poumons. Ici, je peux faire semblant que le monde extérieur n'existe pas.Mes bras sont chargés de taies d'oreiller, une montagne blanche qui me cache le visage, qui me protège du plafond et de sa fissure imaginaire, quand le talkie-walkie accroché à ma ceinture crépite. Le bruit est une décharge électrique
Last Updated : 2026-05-11 Read more