تسجيل الدخولSerena
« Descends ici », dit Lucien d’un ton glacial en freinant la voiture. Mes sourcils se froncèrent brusquement. « Quoi ? Il fait déjà nuit, Luce », protestai-je. C’était vraiment triste : on me mettait à la porte alors que, quelques instants plus tôt, nous venions de jouer le rôle d’un couple d’amoureux devant des clients suisses lors d’un dîner. Ils nous avaient couverts d’éloges, nous considérant comme le couple idéal. Tout ça, ce n’était que des balivernes. Un mensonge éhonté. « Il y a un taxi devant. Si tu veux, tu peux aussi commander un Uber. Pas besoin de faire la petite campagnarde avec ton couvre-feu », lança-t-il d’un ton acerbe. Je fermai la bouche. Je sentais ma poitrine brûler et se serrer. Je clignai des yeux, essayant de chasser le brouillard qui commençait à envahir mon regard. « Descends vite, Ser ! » L’intonation de Lucien monta d’un ton. « Où est-ce que tu vas, au juste ? » demandai-je en agrippant la ceinture de sécurité devant ma poitrine. « Ça ne te regarde pas », répondit-il d’un ton neutre, la bouche à demi fermée. Je resserrai encore davantage ma prise. Je le fixai d’un regard perçant, les yeux plissés. « C’est moi qui gère tout ton emploi du temps. Je te rappelle tout, que ce soit pour le travail ou ta vie privée. Et maintenant, tu me dis que ça ne me regarde pas ? » La mâchoire de Lucien se crispa. Il me rendit mon regard, encore plus perçant. « Et alors ? » me lança-t-il d’un ton provocateur. « Tu veux voir Camille, n’est-ce pas ? » l’accusai-je sans détour. La mâchoire de Lucien semblait palpiter et se crisper davantage. Il serrait le volant si fort que ses jointures blanchissaient. « Je sais qu’elle est revenue. Tu veux te remettre avec elle, n’est-ce pas ? » l’accusai-je à nouveau en me penchant légèrement vers lui. « Ça ne te regarde pas », siffla Lucien, le regard assombri. « Oh, bien sûr que ça me regarde », rétorquai-je aussitôt. « Avant que ça n’arrive, je veux qu’on divorce. » J’insistai sur le dernier mot tout en reculant. Enfin, ces mots avaient franchi mes lèvres. Je n’en pouvais plus. Lucien s’éloignait de plus en plus et changeait. Il rentrait de moins en moins souvent à la maison depuis une semaine. Il arrivait désormais souvent en retard aux réunions importantes. Il rentrait aussi souvent plus tôt que d’habitude. Une chose qu’il s’était toujours interdit de faire. Et tout cela à cause d’un seul nom : Camille. J’en suis certaine. Quoi d’autre ? « Il n’y aura pas de divorce. Maintenant, descends », conclut-il d’une voix qui frôlait le grognement. Je restai bouche bée. Que voulait-il dire ? Je restai immobile. Lucien appuya sur le bouton de ma ceinture de sécurité. « Descends, Ser. Tu veux qu’il fasse encore plus tard ? » Mes lèvres tremblaient. Je serrai fermement mon sac à main et descendis sans fermer la portière. J’entendis Lucien jurer. Il claqua la portière latérale et démarra en trombe, faisant crisser les pneus. Les larmes que je retenais de toutes mes forces depuis tout à l’heure finirent par jaillir. Je me serrai dans mes bras. J'avais laissé mon manteau dans la voiture, et celle-ci était déjà partie sans se soucier le moins du monde de moi. J’étais de plus en plus convaincue que ma décision était la bonne. Avant de m’effondrer complètement, je devais mettre fin à ce mariage. *** La porte de mon bureau s’ouvrit : c’était mon voisin de bureau. Super. Après être rentré sans passer par chez moi la nuit dernière, le voilà qui débarquait avec son air impassible, sans la moindre trace de culpabilité. « On déjeune ensemble tout à l’heure, d’accord ? » Sa proposition ressemblait à une menace. « Désolée, j’ai déjà un rendez-vous », répondis-je en gardant les yeux rivés sur l’écran de mon ordinateur. Lucien haussa les sourcils. « Avec qui ? » demanda-t-il d’un ton sec. « Ça ne te regarde pas », répondis-je sur le même ton. C’est que lui seul avait le droit de le faire ? « Un homme ou une femme ? » demanda-t-il à nouveau d’un ton légèrement exigeant. Avais-je mal entendu ? Je gloussai légèrement sans lui répondre. « Déjeune avec moi. Pas besoin de faire des histoires en déjeunant avec quelqu’un d’autre. À midi, dans mon bureau. » Il se retourna après avoir réitéré son invitation. Je levai les yeux au ciel en voyant son comportement. Avant, j’aurais toujours obéi. Maintenant ? Certainement pas ! À 11 h 30, je me faufilai hors de mon bureau. Je me fichais bien de Lucien. Mon rendez-vous avec ma meilleure amie, Émilie, était très important. Dès mon arrivée au restaurant où nous avions rendez-vous, je lui fis part de mon intention. « Quoi ? Tu es sûre de vouloir divorcer de Lucifer ? Euh, je veux dire Lucien », grimaça Émilie. J’esquissai un petit sourire. « S’il te plaît, rédige la demande de divorce, Em. Je ne réclame rien. L’essentiel, c’est qu’on puisse divorcer rapidement. » Émilie est avocate. Elle a de bons antécédents en tant qu’avocate spécialisée dans les divorces, c’est pourquoi je lui fais confiance. Elle poussa un long soupir. « Enfin, Ser, ton intelligence refait surface. Pendant trois ans, tu as été l’esclave d’un amour stupide. Ça me donne envie de te donner une claque derrière la tête », lança-t-elle sans détour. « Pourquoi t’es-tu soudain rendu compte de tout ça, Ser ? » demanda à nouveau Émilie en sirotant son café. Je restai silencieuse un instant. « Elle… est revenue », répondis-je d’une voix faible en baissant la tête. Émilie repoussa aussitôt sa tasse de café. « Cette garce ! La manipulatrice qui adore se servir de toi ? » La voix forte d’Émilie attira l’attention des gens autour de nous. Je lui donnai un coup de pied dans le tibia. Elle se tut aussitôt. Je lui racontai brièvement l’histoire, trop paresseuse pour remuer le couteau dans la plaie de mon mariage. « J’attends les documents dès que possible, d’accord Ém ? », conclus-je en me levant. La pause touchait à sa fin. Elle me fit un signe de pouce levé tout en pinçant les lèvres. Je repris le volant, tranquillement, en direction du bureau. À peine avais-je franchi le seuil de mon bureau qu’une voix de baryton me transperça immédiatement les oreilles. « Pourquoi ton portable était-il éteint ? Où étais-tu passée, au juste ? » me demanda Lucien d’un ton tonitruant. Il se leva de la chaise où il était assis, à ma place. « J’ai oublié de le recharger », répondis-je laconiquement. « Tu n’as pas répondu à mon invitation à déjeuner. En plus, je t’ai appelée sans arrêt parce qu’il y avait quelque chose d’important », dit-il en s’approchant de moi et en m’attrapant par le bras. Je fronçai les sourcils. « Quoi ? » « Papy a eu une crise. Allez, il faut qu’on aille à l’hôpital », m’exhorta-t-il en me tirant par la main.SerenaJ’avais soigneusement rangé ma lettre de démission, déjà signée par Lucien, dans le tiroir de mon bureau. Je m’en occuperais à notre retour de Suisse.Ce client suisse comptait parmi les plus importants du groupe Hubert. Lucien avait remporté l’appel d’offres pour la construction de l’une des plus grandes « smart cities » intégrées du pays, NovAlpin. J’y avais joué un rôle majeur.C’était justement ce processus d’appel d’offres qui avait poussé Lucien à changer d’attitude à mon égard, même s’il avait fini par revenir à son comportement habituel : froid et distant.Mon sourire s’était élargi lorsque, à notre arrivée à l’aéroport de Zurich, nous avions été chaleureusement accueillis par Marc Rochat, l’héritier de Rochat Corps, notre client.« Serena, bienvenue », m’avait-il dit en m’embrassant le dos de la main.« Merci, Marc », avais-je répondu aimablement.Le visage de Lucien semblait figé. Son sourire n’était qu’à peine esquissé. Il avait serré la main de Marc.Marc nous avait
Serena« Arrête de te comporter bizarrement, Serena », me réprimanda Lucien sur le parking de l’appartement.Nous avions la même destination, mais prenions des voitures différentes. D’habitude, il nous demandait de prendre la même voiture pour donner l’impression que nous étions proches et en bons termes, bien sûr. À présent, il préférait que nous partions chacun de notre côté.« Dans ce cas, arrête de voir Camille », rétorquai-je avec acrimonie, ce qui fit se durcir son visage.« Tu devrais aller la voir toi aussi. Elle ne cesse de prendre de tes nouvelles. »Oh, il venait donc d’admettre qu’ils se voyaient régulièrement.Je régulai ma respiration qui s’accélérait, essayant de soulager l’oppression dans ma poitrine. J’ouvris la portière et appuyai aussitôt sur l’accélérateur, laissant Lucien qui fixait ma voiture d’un regard perçant.Au bureau, j’essayais de me concentrer, même si c’était très difficile. J’avais deux présentations à terminer. Toutes deux devaient être présentées par
Serena« Tiens, voilà que débarquent les petits-enfants chéris. Si j’étais papy, je vous rayerais de la liste des héritiers. »C’est par ces paroles acerbes qu’un cousin de Lucien nous accueillit. La poigne de Lucien se resserra. Une poigne que j’avais refusée dès notre descente de voiture, mais que Lucien m’avait imposée, allant jusqu’à menacer de me porter s’il fallait que je continue à refuser.Quel fou de l’image !« Où étais-tu passé, mon fils ? Pourquoi n’es-tu arrivé que maintenant ? » demanda Valérie, ma belle-mère, d’un ton inquiet. Elle me jeta un bref coup d’œil.« Désolé, maman, j’avais une téléconférence avec un client de Dubaï. Du coup, vous ne pouviez pas me joindre directement sur mon portable », répondit Lucien en serrant sa mère dans ses bras.Je fis une petite moue, pas du tout touchée par son excuse qui semblait me protéger. Tout ça, au final, c’était pour son propre intérêt.« Ça ne sert à rien que tu aies une assistante personnelle si on ne peut pas te joindre no
Serena« Descends ici », dit Lucien d’un ton glacial en freinant la voiture.Mes sourcils se froncèrent brusquement. « Quoi ? Il fait déjà nuit, Luce », protestai-je.C’était vraiment triste : on me mettait à la porte alors que, quelques instants plus tôt, nous venions de jouer le rôle d’un couple d’amoureux devant des clients suisses lors d’un dîner. Ils nous avaient couverts d’éloges, nous considérant comme le couple idéal.Tout ça, ce n’était que des balivernes.Un mensonge éhonté.« Il y a un taxi devant. Si tu veux, tu peux aussi commander un Uber. Pas besoin de faire la petite campagnarde avec ton couvre-feu », lança-t-il d’un ton acerbe.Je fermai la bouche. Je sentais ma poitrine brûler et se serrer. Je clignai des yeux, essayant de chasser le brouillard qui commençait à envahir mon regard.« Descends vite, Ser ! » L’intonation de Lucien monta d’un ton.« Où est-ce que tu vas, au juste ? » demandai-je en agrippant la ceinture de sécurité devant ma poitrine.« Ça ne te regarde
Serena« Ser, c’est quoi ce cirque ? »Lucien resta figé sur le seuil de l’appartement. Je m’approchai de lui avec une assurance que je m’efforçais de feindre.Je gloussai. « On a annulé notre rendez-vous la semaine dernière, alors pourquoi ne pas le rattraper maintenant ? »Le regard de Lucien se figea sur ma poitrine. Sa gorge semblait monter et descendre.Ce soir, je ne portais que de la lingerie. Elle était très légère ; même là où elle couvrait quelque chose, le tissu était transparent. Je ne portais qu’une petite culotte en dessous.Je profitai de son regard figé. « Luce, je suis contente : enfin, après trois ans de mariage, notre relation se détend. La semaine dernière, on s’est embrassés. Je suis prête à passer à l’étape suivante. »J’entendis ma propre voix trembler tandis que je parlais. Mes mains étaient moites et même mon dos était tendu. Mes doigts tordaient le bord de ma lingerie.Lucien ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, ses pupilles étaient aussi sombres que le cie







