LOGIN« Je ne te toucherai jamais, je ne te considérerai jamais comme ma femme, sauf en public. » Cette phrase cinglante avait été la déclaration unilatérale de Lucien à Serena, l’épouse choisie par son grand-père—une femme qui lui avait pourtant présenté Camille, son véritable amour. Serena l’avait acceptée patiemment, accablée par la dette de gratitude qu’elle avait envers Albert, le grand-père de Lucien, et par un amour qu’elle n’avait jamais osé avouer. Après trois ans d’un mariage glacial, Lucien avait commencé à s’adoucir. Pendant un mois, l’espoir avait été là. Puis Camille était rentrée à Paris. Et Lucien était redevenu ce qu’il était : silencieux et distant. Serena avait enfin compris : elle ne serait jamais rien de plus qu’une épouse de façade et un atout pour l’entreprise. Elle avait donc choisi de partir. De se libérer de la possessivité toxique de Lucien, même s’il lui était difficile de se détacher d’Albert, convaincu qu’elle était la femme idéale pour son petit-fils. Elle était enfin parvenue à se libérer. Mais finalement, c’était Lucien qui s’était retrouvé piégé : écartelé entre son premier amour, qu’il croyait toujours aimer, et son ex-femme, qui, à son insu, a conquis son cœur.
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« Ser, c’est quoi ce cirque ? » Lucien resta figé sur le seuil de l’appartement. Je m’approchai de lui avec une assurance que je m’efforçais de feindre. Je gloussai. « On a annulé notre rendez-vous la semaine dernière, alors pourquoi ne pas le rattraper maintenant ? » Le regard de Lucien se figea sur ma poitrine. Sa gorge semblait monter et descendre. Ce soir, je ne portais que de la lingerie. Elle était très légère ; même là où elle couvrait quelque chose, le tissu était transparent. Je ne portais qu’une petite culotte en dessous. Je profitai de son regard figé. « Luce, je suis contente : enfin, après trois ans de mariage, notre relation se détend. La semaine dernière, on s’est embrassés. Je suis prête à passer à l’étape suivante. » J’entendis ma propre voix trembler tandis que je parlais. Mes mains étaient moites et même mon dos était tendu. Mes doigts tordaient le bord de ma lingerie. Lucien ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, ses pupilles étaient aussi sombres que le ciel nocturne. « Ser, je te l'ai dit, ce qui s'est passé le mois dernier était une erreur. Tu te souviens de notre accord, n'est-ce pas ? », demanda-t-il d’une voix qui semblait lourde. « C’était une déclaration unilatérale de ta part », répondis-je d’une voix faible. « Et c’est ce qui a servi de base à notre mariage. Sans mon papy, je ne t’aurais pas épousée. Tout ça, c’était pour remplir cette condition ridicule de mon papy : je ne pourrais devenir PDG qu’en t’épousant. » La mâchoire de Lucien se crispa lorsqu’il prononça ces mots. Il détourna le regard. « Pourquoi tu recules encore, Luce ? Il y a un mois, tu étais différent, comme si tu avais changé d’avis. On dînait ensemble, on se promenait main dans la main, sans personne d’autre. Pas seulement devant tout le monde, comme d’habitude », insistai-je en lui caressant le bras. « Parce que tout ça n’aurait jamais dû arriver. » Il repoussa doucement ma main posée sur son bras. Mes yeux se voilèrent. J’avais l’impression qu’un énorme rocher m’écrasait la poitrine, me serrant la gorge. Ma bouche resta grande ouverte, incapable de prononcer le moindre mot. Quelle humiliation ! J’aurais voulu disparaître sous terre sur-le-champ. Par réflexe, je me serrai dans mes bras. Mes larmes finirent par couler. Jusqu’à présent, Lucien avait souvent repoussé mes attentions. Mon cœur en était devenu insensible. Mais m’humilier ainsi, cela ne m’était jamais arrivé. « Écoute, Ser. Je veux que nous revenions à la situation d’il y a un mois. Jusqu’à présent, j’ai… commis une erreur », dit-il d’un ton ferme, en me fixant droit dans les yeux. L’espace d’un instant, je crus percevoir une hésitation dans son regard. Mais ce n’était sans doute qu’une illusion. Son regard était si froid, perçant comme un poignard. Une erreur ? Est-ce qu’il considérait comme une telle humiliation le fait d’être intime avec sa propre femme ? « Ne refais jamais ça. Sinon… » « Sinon quoi ? » rétorquai-je rapidement en essuyant les larmes sur mes joues. Lucien resta immobile un instant. « Ou tu souffriras encore davantage. Enterre tous tes espoirs, Ser. » « Non, Luce ! Ne dis plus rien », sanglotai-je en le serrant dans mes bras. Mon corps me trahissait. Je sentis le corps de Lucien se raidir. Mais il est resté immobile. Sa poitrine était mouillée par mes larmes. « Nos trois années de mariage se sont déroulées à la perfection, Ser. Tu t’es forgé une réputation en tant que Madame Hubert, tu as un travail prestigieux, de l’argent à profusion. Et tout cela ne devrait pas t’appartenir. Tu en es consciente, n’est-ce pas ? » Ses paroles me transpercèrent le cœur comme une lance. Oui, bien sûr. Je n’étais pas son choix dès le début. Il ne m’avait jamais remarquée depuis notre première rencontre, alors que j’étais encore stagiaire chez Hubert Group. « Regarde-moi comme tu l’as fait le mois dernier, Luce. » Je lui pris la joue entre mes mains. Mon pouce glissa pour caresser ses lèvres fines et rouges. Lucien ferma à nouveau les yeux. Sa respiration s’accéléra. Je sentis que quelque chose avait changé là en bas. Je baissai la tête et esquissai un léger sourire. Le visage de Lucien rougit jusqu’aux oreilles. Il me repoussa d’une main, me faisant légèrement vaciller. « Attention si tu recommences ce petit jeu, Ser. Tu le regretteras plus tard ! », me menaça-t-il en se dirigeant vers sa chambre. Ses pas résonnèrent bruyamment sur le sol. Mes jambes se dérobèrent sous moi, et je m’effondrai en sanglotant à nouveau. J’enlaçai fermement mes genoux et y enfouis ma tête. Les sanglots encore à la gorge, je traînai les pieds jusqu’à ma chambre. Je me recroquevillai aussitôt sur mon lit, comme un bébé. Je n’aurais pas dû me permettre de faire une chose pareille. Je n’avais fait que verser du vinaigre sur mes blessures. Lucien ne changerait jamais. Même s’il avait brièvement été différent, ce n’était pour lui qu’une phase de faiblesse passagère. Mes espoirs étaient trop ambitieux. Je savais bien qu’il était dur comme la pierre, et pourtant je m’étais bercée d’illusions en pensant pouvoir l’adoucir. Quelle idiote ! *** Le lendemain, je repris mon attitude professionnelle. Je ne versai plus de larmes, même si mes yeux étaient encore un peu gonflés. Je me rendis dans le bureau de Lucien. En tant qu’assistante personnelle, j’avais l’intention de l’inviter à déjeuner avec notre client norvégien. « Qu’est-ce que ça fait de savoir que ton véritable amour est de retour ? » Je m’arrêtai net et me glissai immédiatement derrière le mur, à côté de la grande porte qui n’était pas bien fermée. Je tendis l’oreille pour écouter cette conversation qui me transperçait le cœur. C’était la voix de Daniel, le cousin et meilleur ami de Lucien. Il était également directeur marketing du groupe Hubert, et il se sentait toujours menacé par ma présence. « Je ne sais pas. » La voix de Lucien semblait hésitante. « Elle t’a déjà contacté ? » demanda à nouveau Daniel. « Oui, il y a une semaine. » J’écarquillai les yeux. C’était donc pour ça que Lucien était redevenu froid avec moi. Camille était de retour. « Vous vous êtes déjà rencontrés ? » Daniel était toujours curieux. « Oui… » répondit Lucien à voix basse. « Et alors ? » insista Daniel. « Elle est toujours la même. Je ne sais pas, Daniel. Arrête de poser des questions sans arrêt ! » protesta Lucien. Daniel éclata de rire, comme s’il s’agissait de la meilleure blague du siècle. Que devais-je faire ? Sans elle, j’étais déjà mise à l’écart ; à plus forte raison maintenant qu’elle se trouvait sous les yeux de Lucien. Devais-je persévérer dans cette relation toxique ? Ou devais-je mettre fin à notre mariage, avant que je ne meure, le cœur sans cesse déchiré par Lucien ?SerenaJ’avais soigneusement rangé ma lettre de démission, déjà signée par Lucien, dans le tiroir de mon bureau. Je m’en occuperais à notre retour de Suisse.Ce client suisse comptait parmi les plus importants du groupe Hubert. Lucien avait remporté l’appel d’offres pour la construction de l’une des plus grandes « smart cities » intégrées du pays, NovAlpin. J’y avais joué un rôle majeur.C’était justement ce processus d’appel d’offres qui avait poussé Lucien à changer d’attitude à mon égard, même s’il avait fini par revenir à son comportement habituel : froid et distant.Mon sourire s’était élargi lorsque, à notre arrivée à l’aéroport de Zurich, nous avions été chaleureusement accueillis par Marc Rochat, l’héritier de Rochat Corps, notre client.« Serena, bienvenue », m’avait-il dit en m’embrassant le dos de la main.« Merci, Marc », avais-je répondu aimablement.Le visage de Lucien semblait figé. Son sourire n’était qu’à peine esquissé. Il avait serré la main de Marc.Marc nous avait
Serena« Arrête de te comporter bizarrement, Serena », me réprimanda Lucien sur le parking de l’appartement.Nous avions la même destination, mais prenions des voitures différentes. D’habitude, il nous demandait de prendre la même voiture pour donner l’impression que nous étions proches et en bons termes, bien sûr. À présent, il préférait que nous partions chacun de notre côté.« Dans ce cas, arrête de voir Camille », rétorquai-je avec acrimonie, ce qui fit se durcir son visage.« Tu devrais aller la voir toi aussi. Elle ne cesse de prendre de tes nouvelles. »Oh, il venait donc d’admettre qu’ils se voyaient régulièrement.Je régulai ma respiration qui s’accélérait, essayant de soulager l’oppression dans ma poitrine. J’ouvris la portière et appuyai aussitôt sur l’accélérateur, laissant Lucien qui fixait ma voiture d’un regard perçant.Au bureau, j’essayais de me concentrer, même si c’était très difficile. J’avais deux présentations à terminer. Toutes deux devaient être présentées par
Serena« Tiens, voilà que débarquent les petits-enfants chéris. Si j’étais papy, je vous rayerais de la liste des héritiers. »C’est par ces paroles acerbes qu’un cousin de Lucien nous accueillit. La poigne de Lucien se resserra. Une poigne que j’avais refusée dès notre descente de voiture, mais que Lucien m’avait imposée, allant jusqu’à menacer de me porter s’il fallait que je continue à refuser.Quel fou de l’image !« Où étais-tu passé, mon fils ? Pourquoi n’es-tu arrivé que maintenant ? » demanda Valérie, ma belle-mère, d’un ton inquiet. Elle me jeta un bref coup d’œil.« Désolé, maman, j’avais une téléconférence avec un client de Dubaï. Du coup, vous ne pouviez pas me joindre directement sur mon portable », répondit Lucien en serrant sa mère dans ses bras.Je fis une petite moue, pas du tout touchée par son excuse qui semblait me protéger. Tout ça, au final, c’était pour son propre intérêt.« Ça ne sert à rien que tu aies une assistante personnelle si on ne peut pas te joindre no
Serena« Descends ici », dit Lucien d’un ton glacial en freinant la voiture.Mes sourcils se froncèrent brusquement. « Quoi ? Il fait déjà nuit, Luce », protestai-je.C’était vraiment triste : on me mettait à la porte alors que, quelques instants plus tôt, nous venions de jouer le rôle d’un couple d’amoureux devant des clients suisses lors d’un dîner. Ils nous avaient couverts d’éloges, nous considérant comme le couple idéal.Tout ça, ce n’était que des balivernes.Un mensonge éhonté.« Il y a un taxi devant. Si tu veux, tu peux aussi commander un Uber. Pas besoin de faire la petite campagnarde avec ton couvre-feu », lança-t-il d’un ton acerbe.Je fermai la bouche. Je sentais ma poitrine brûler et se serrer. Je clignai des yeux, essayant de chasser le brouillard qui commençait à envahir mon regard.« Descends vite, Ser ! » L’intonation de Lucien monta d’un ton.« Où est-ce que tu vas, au juste ? » demandai-je en agrippant la ceinture de sécurité devant ma poitrine.« Ça ne te regarde












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