MasukLaetitia n’avait pas dormi. À 6 heures, elle avait pris un taxi pour l’appartement de ses parents. Elle avait frappé, Marc avait ouvert.
— Je veux pas me marier, dit-elle en pleurant. C’est un piège. — Qu’est-ce qui s’est passé ? Elle montra le message. Son père lut, se gratta le menton. — Tu sais quoi, Laeti ? Ce type, Delacroix, il a fait des choses mauvaises. Mais Thomas, il était un manipulateur. Il a essayé de te faire croire qu’il t’aimait, et il t’a quittée par SMS. — Mais là, il me prévient. Il dit qu’il est dangereux. — Ou bien il veut te récupérer. Il a toujours été jaloux. En plus,tous sont dangereux mais choisi celui qui ne va pas te manipuler. Elle s’effondra sur le canapé. — Je ne sais plus quoi faire, papa. — Tu sais quoi faire. Tu l’as toujours su. Tu ne te maries pas par amour. Tu te maries pour sauver cette famille. Si tu veux fuir, je te soutiendrai. Mais fuir, c’est abandonner. Elle se releva, prit son sac. — Je vais lui dire. A lui. Que j’annule. Elle marcha jusqu’à la voiture qu’il lui avait prêtée. Elle démarra en direction de la mairie, mais au bout de dix minutes, elle tourna, prit une route vers la gare. Elle allait fuir. Elle allait prendre le premier train. Elle irait chez sa tante, en Bretagne. Elle enverrait un message à Delacroix, elle lui dirait qu’elle ne pouvait pas. Elle gara la voiture, courut vers le quai. Le train était là, portes ouvertes. Elle monta, s’assit, le cœur battant. À 8h15, le train allait partir. Elle était libre. Le téléphone vibra. Un message de Delacroix. "Ne prends pas ce train. Si tu montes, je vais te chercher. Et je te ramènerai devant l’autel." Elle leva les yeux. Il était là, sur le quai, en costume sombre. Il la regardait, un sourire, un sourire dangereux. Elle descendit du train, les jambes tremblantes. — Comment avez-vous su ? — La voiture. J’ai un traceur. Il s’approcha d’elle, si près qu’elle recula. Vous avez essayé de fuir. Je vous ai dit que je ne vous laisserais pas. Elle le gifla. Il ne broncha pas. — Vous êtes un salaud. Un salaud manipulateur. — Et vous êtes une menteuse. Il essuya une goutte de sang à sa lèvre. On est faits pour s’entendre. De plus, je peux bien voir dans vos yeux que vous ne me haïssez pas tant que ça. Lui dit il en se rapprochant d'elle au point qu'ils n'étaient qu'à un mouvement pour un baiser. Il l’attrapa par le poignet. "Allez, on se marie. Et si tu essaies encore de fuir, je te jure que je n’annulerai jamais le contrat. Six mois. Peu importe où tu te caches, je te trouverai." La cérémonie approche. Elle se sent piégée. La robe était parfaite. Trop parfaite. Laetitia la regardait dans le miroir, les mains moites. Dans une autre situation, je suis sûre qu'elle aurait aimé cette robe blanche. Qu'elle femme ne rêverait pas d'être marié ? encore faut il que ce soit avec un bon homme. — C’est une robe de mariée, dit-elle à voix basse. Pas un déguisement. — Mademoiselle Dubois, dit la vendeuse, vous êtes magnifique. — Je suis piégée. Même dans cette robe je me sens étrangère. Sa mère posa une main sur son épaule. — Ma chérie, tu n’es pas piégée. Tu es courageuse. Nous sommes fiers de toi. — Je ne l’aime pas, maman. Tant que ce n'est pas vous qui vous mariez avec un tel personnage, alors il n'y a rien de mal je crois bien. — Tu n’as pas besoin de l’aimer. Il te sauve la maison. — Il m’a ruinée. — Il te répare. Comment ruiner alors que tu auras autant d'argent ? ce n'est que 6 mois ma petite princesse. Voyons, n'en fait pas toutes une histoire. Laetitia ferma les yeux. Elle revit son père, les mains tremblantes, et la maison qu’il avait construite. Elle se revit enfant, courant dans le jardin, ses parents souriant. — Je le fais pour vous. — Et pour toi, répondit sa mère. Pour toi aussi. Tu fais partie de la famille et tu nous dois bien toutes ces années à prendre soin de toi sans relâche. Elle enfila la robe. Le tissu collait parfaitement à sa peau, comme une seconde peau. Elle se regarda dans le miroir. Elle était la mariée. Elle était la victime. Elle était l’héroïne. Mais en aucune façon elle était heureuse. Un assistant toqua à la porte. "Monsieur Delacroix vous attend. Il a demandé une dernière chose. Il veut que vous portiez cette bague." Il tendit un écrin. Dedans, une bague de fiançailles, une énorme pierre. Et une note : "Pour faire croire à l’amour." Elle la enfila. Elle se sentit achetée.La mère de Delacroix venait de lancer cela comme si c’était une évidence ou alors, elle avait quelques choses en tête.Je ne lui faisait aucunement confiance . Dans le couloir lumineux qui mène à la chambre, Laetitia réfléchissait à ce que sa belle mère venait de demander.Elle venait de demander qu’elle Laetitia, Laeti pour les intimes se rende au bureau de son mari pour se présenter.-Je doute avoir besoin de faire pareil choses. A quoi ça va servir que des employés d’entreprise saches qui je suis, ils ont déjà lu les grands tabloïds de toutes façons.Ou alors, cette vieille sorcière veut m’humilier ? Je la vois bien faire ce genre de choses. Mais je ne vais surement pas accepter cela.Le soir arrivé, les Delacroix étaient à table. La table était bien calme. La mère du chef de maison parlait ou du moins elle essayait d’avoir une conversation avec son fils et ce dernier n’avait même pas son temps.Laetitia quant à elle, devait surtout rester silencieuse même si sa belle mère l
Une rencontre fâcheuse ou pas. nul ne saurait le dire et surtout pas Laetitia en ce moment là. Mais une chose est sûre,il fallait se lever de son lit car les rayons du soleil assez nombreux pénétraient déjà la maison par le fenêtre. Le lendemain matin, Laetitia descendit les escaliers en espérant un café chaud et un moment de silence. Elle n'eut ni l'un ni l'autre. Une femme était assise dans le salon, droite comme un i, les jambes croisées, les mains posées sur ses genoux comme si elle attendait d'être photographiée. Soixante ans, peut-être moins, impossible à dire tellement son visage était figé par la chirurgie. Les traits tirés, les lèvres trop pleines, les sourcils relevés dans une expression de perpétuel mépris. Un tailleur Chanel, noir, impeccable. Des perles autour du cou. Des diamants aux oreilles. Elle avait l'air de sortir d'un magazine, pas d'une maison, pas d'une vie. — Laetitia. La femme ne se leva pas. Elle dit son nom comme on dit une insulte, un mot qu'on crach
— Vous n’avez pas besoin d’être ma femme pour être chez vous, Laetitia. Vous avez besoin d’être ma femme pour que les gens le croient. Elle s’assit en face de lui. La chaise était en cuir, confortable, un peu trop confortable. Elle s’y enfonça, les jambes croisées, le regard fixé sur lui. — Pourquoi avez-vous choisi un contrat de six mois ? Pourquoi pas un an, ou trois ? Il s’assit à son tour, se pencha en arrière, les mains croisées derrière la nuque. — Parce que six mois, c’est le temps qu’il me faut pour stabiliser mon entreprise. — Et après ? Il la regarda, ses yeux gris s’assombrissant. Ses doigts se décroisèrent. Il se pencha vers elle. — Après, vous serez libre. Et moi, je reprendrai ma vie. Seul. — Vous ne voulez pas être aimé ? Il eut un rire. Pas un rire joyeux. Pas un rire moqueur. Un rire triste, un rire vide, un rire d
Minuit.Laetitia tournait dans son lit depuis deux heures, les draps en boule autour d’elle, le cœur battant à un rythme qu’elle ne contrôlait pas. La chambre était trop grande, trop silencieuse, trop propre. Pas un bruit. Pas un grincement. Pas une respiration autre que la sienne. Elle avait l’impression de dormir dans un hôpital, ou dans une vitrine — exposée, regardée, mais pas vivante.Elle se leva. Ses pieds nus touchèrent le sol froid. Elle frissonna. Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait froid. Peut-être qu’elle avait froid depuis qu’elle était entrée dans cette maison.Elle se glissa dans le couloir. Les murs blancs, le sol en marbre, les tableaux qui la regardaient avec des yeux morts. Elle avait l’impression de marcher dans un musée, pas dans une maison. Une maison où elle n’était pas chez elle. Une maison où elle était juste une locataire, une invitée qu’on tolère, qu’on observe.Une lumière filtrait sous la porte du bu
Devant une telle situation pour une personne médiatisée, rien de mieux qu’une conférence de presse pour tout expliquer et gagner la sympathie du public. C’est ainsi qu’elle devra mentir devant les caméras. Son mari la manipule en direct mais personne ne voit cela.La salle était une fournaise. Des projecteurs braqués sur l’estrade, des caméras qui clignotaient comme des yeux de prédateurs, des micros tendus comme des mâchoires prêtes à mordre. Laetitia sentait la sueur perler à sa nuque, couler le long de sa colonne vertébrale, tremper le tissu de sa robe bleu marine qu’elle avait choisie ce matin-là en pensant qu’elle ferait sobre et professionnelle. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait la proie, pas la présentatrice. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait sur le grill, offerte en pâture à des dizaines de journalistes assoiffés de scandale.Mathias Delacroix lui prit la main. Sa paume était chaude, sèche, parfaitement maîtrisée. Pas une goutte de sueur. Pas un tremblement. Ses doigts
La mairie du 16e était vide, parsemée de chaises. Quelques invités : ses parents, l’assistant, le notaire, et deux journalistes qu’il avait invités pour la photo. Le maire avait une voix douce, ennuyeuse. — Monsieur Delacroix, acceptez-vous de prendre pour épouse… — Oui. Laetitia serra la main de son père. Elle fixa le maire, les murs, les fleurs. Partout, sauf Delacroix. — Et vous, mademoiselle Dubois, acceptez-vous de prendre pour époux… Elle ouvrit la bouche. Le mot s’étrangla. — Oui. Un murmure parcourut l’assistance. Ses parents souriaient, les yeux humides. La photo fut prise. Le maire les déclara mari et femme. Il ne l’embrassa pas. Il lui serra la main, une pression brève, professionnelle. — Félicitations, dit le maire. — Merci, répondit-il. Elle sortit de la mairie, le voile léger sur les épaules. Il lui offrit son bras. Elle le prit. — On est mariés, murmura-t-elle. — On est mariés, répéta-t-il. — Pourquoi vous ne m’avez pas embrassée ? — On n







