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Chapitre 3

last update publish date: 2025-10-31 19:50:48

Isabella ne se souvenait plus quand elle avait commencé à se mentir.

Peut-être était-ce la nuit où tout avait basculé. La nuit où le fantasme de bal d'une adolescente de seize ans s'était transformé en réalité incontournable pour une jeune femme de vingt et un ans.

Le ticket de caisse reposait sur le comptoir de marbre, telle une pièce à conviction sur une scène de crime. Isabella le fixa jusqu'à ce que les chiffres se brouillent, puis se força à bouger. Les jumelles seraient de retour de l'école dans six heures. Elle avait un récital à préparer, un masque à porter, une représentation à donner.

Mais d'abord, elle devait se souvenir de la vérité, du véritable commencement, pas du conte de fées qu'elle avait peaufiné et perfectionné au fil des ans.

Elle devait se souvenir de ce bal interuniversitaire.

(Flash-back)

Sept ans plus tôt. Isabella avait vingt et un ans, était en dernière année à la Sorbonne, avec une licence d'informatique presque terminée et un avenir qui s'étendait devant elle comme une route ouverte.

Le bal interuniversitaire était l'idée de Sophie.

« Il faut que tu vives un peu », insista sa colocataire en brandissant une robe noire qui n'était guère digne d'un tissu. « Tu as passé quatre ans à te retrouver dans les manuels. Une nuit. Une seule. Je n'accepte pas un refus. »

Isabella avait prévu de passer ce vendredi soir à déboguer le code de son mémoire de fin d'études. Un algorithme de sécurité qui, selon le professeur Durand, présentait une réelle innovation. Un réel potentiel.

Mais Sophie lui lança ce regard. Celui qui signifiait qu'elle avait déjà acheté les billets et qu'elle n'acceptait pas de remboursement pour son amitié.

Alors Isabella partit.

L'Hôtel Riverside était loué par quelqu'un avec de l'argent familial et sans imagination. De la musique électronique générique pulsait dans les haut-parleurs tandis que des étudiants en tailleur et en robe de cocktail faisaient semblant d'être sophistiqués. Le genre de soirée où l'on en faisait trop et où l'on n'y parvenait pas.

Isabella sirotait une vodka à la canneberge et comptait les minutes jusqu'à ce qu'elle puisse raisonnablement partir.

Puis Sophie l'attrapa par le bras. Fort. 

« Arrête de regarder, Étienne Beaumont vient d'entrer. Il va pas partir de sitôt. »

Isabella regarda Étienne Beaumont.

Bien sûr qu'elle le regarda.

Cinq ans après le gala, il n'en devint que plus attirant, injustement. Vingt-trois ans maintenant, fraîchement sorti d'HEC Paris avec un MBA probablement acheté grâce à des dons, même si la rumeur disait qu'il l'avait mérité. Il portait un costume gris assorti à ses yeux et se frayait un chemin à travers la foule comme l'eau qui se nivelle.

Il ne la regarda pas.

Pourquoi l'aurait-il fait ? Une seule danse lors d'une soirée caritative cinq ans plus tôt. Il avait probablement parlé à une centaine de filles depuis. Un millier.

« Je vais me chercher un autre verre », dit Isabella.

« Tu n'as pas fini celui-là. »

« Alors, je vais aux toilettes. »

Sophie leva les yeux au ciel. « T'es irrécupérable ! »

Les toilettes avaient été un refuge. Calmes, fraîches, vides. Isabella appuya ses paumes contre le lavabo en marbre et contempla son reflet. Les mêmes cheveux noirs et raides. Les mêmes yeux sombres. La même fille qui ne semblait jamais trouver sa place.

À quoi s'attendait-elle ? Qu'Étienne Beaumont se souvienne d'une danse avec une étudiante boursière ? Qu'il scrute les foules depuis cinq ans, espérant la retrouver ?

Elle était en train de se réappliquer le rouge à lèvres quand le vertige commença. 

Juste un léger battement d'ailes au début. Comme se lever trop vite. Puis la pièce bascula, et elle s'agrippa au lavabo pour se stabiliser.

La vodka. Elle avait un goût étrange, en fait. Amère sous la douceur de la canneberge.

Isabella s'aspergea le visage d'eau froide. Elle essaya de respirer à travers. Mais les limites du monde commencèrent à se brouiller, et ses pensées se mirent à errer comme du miel.

Elle avait besoin de retrouver Sophie. Elle avait besoin de rentrer chez elle.

Le couloir devant les toilettes s'étendait d'une longueur inimaginable. Des portes de chaque côté. Un couloir de service, peut-être. Pas la salle de bal principale.

Comment arriva-t-elle ici ?

« Isabella ? »

La voix vint de partout et de nulle part. Elle se retourna, trop vite, et avait failli tomber.

Quelqu'un la rattrapa. Des mains fortes sur ses épaules, la stabilisant.

« Doucement. Je te tiens. » Elle leva les yeux vers les yeux gris. Le visage d'Étienne, mais les angles étaient bizarres. Plus nets. Le sourire différent.

« Tu te souviens de moi », dit-elle, et sa voix semblait lointaine. « Du gala. »

« Bien sûr que je m'en souviens. » Ses mains se posaient sur sa taille. « Viens. On va t'asseoir. »

Elle essaya de marcher, mais ses jambes cessèrent de coopérer. Le sol était humide.

« Je ne me sens pas bien », dit Isabella.

« Je sais. Juste un peu plus loin. »

Une porte s'ouvrit. Une pièce. Sombre, à l'exception de la lumière de la ville à travers les fenêtres. Un lit.

Elle essaya de protester. De dire qu'elle avait besoin de Sophie, qu'elle avait besoin de partir, qu'elle avait besoin que ce sentiment désagréable cesse.

Mais sa bouche n'arriva pas à prononcer les mots.

Et puis il y avait des mains. Et une pression. Et une douleur qui perça le brouillard, mais pas assez pour la laisser bouger, se battre ou crier.

Elle flotta hors de son corps, observant depuis le plafond quelqu'un qui ressemblait au garçon de la salle de bal faire des choses qu'elle ne pouvait arrêter. Le monde tournait tandis que son esprit tentait de se cacher de ce à quoi son corps ne pouvait échapper.

Quand elle se réveilla, il était 4 heures du matin.

Elle était seule dans une chambre d'hôtel qui n'était pas la sienne, vêtue d'une robe déchirée et repositionnée à la hâte. Sa bouche avait un goût de métal et d'erreur. Son corps lui faisait mal par endroits, annonçant la violence.

Isabella tituba jusqu'à la salle de bains et vomit jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la vérité qu'elle ne pouvait encore nommer.

Sophie la retrouva vingt minutes plus tard, affolée et en pleurs.

« Où étais-tu ? Je t'ai cherchée partout. J'ai cru qu'il s'était passé quelque chose. »

Il s'était passé quelque chose.

Mais la mémoire d'Isabella était pleine de trous. Des trous là où la clarté aurait dû résider. Elle se souvint de l'alcool, du vertige, des yeux gris qui lui avaient promis de l'aide.

Et puis plus rien. Juste des fragments. Des sensations sans contexte.

« Je suis tombée malade », dit-elle. « Je veux juste rentrer à la maison. »

On n'en reparla plus jamais. Isabella se frotta jusqu'à en perdre le souffle sous la douche en se disant que c'était à cause de l'alcool. Une mauvaise réaction. Trop à jeun. 

Elle y croyait presque.

Jusqu'à trois mois plus tard, lorsqu'elle commença à vomir tous les matins pendant une semaine et que Sophie lui fourra un test de grossesse dans les mains.

Deux lignes roses. Claires comme un verdict.

Isabella les fixa jusqu'à ce que sa vision se brouille, assise par terre dans la salle de bains de leur appartement partagé, tandis que son avenir se réécrivait.

Elle essaya de reconstituer les pièces ce soir-là. Elle parcourut les réseaux sociaux à la recherche de réponses. Elle tomba sur une photo du bal, granuleuse et rétroéclairée, montrant Étienne Beaumont arrivant à 23 heures.

Au même moment où Isabella était dans cette chambre.

Il avait fait ça. Ça devait être lui. Qui d'autre avait des yeux gris, des mains aussi fortes et une voix qu'elle reconnaîtrait partout ?

Mais lorsqu'elle essaya de se souvenir, les détails se dispersèrent comme des oiseaux effrayés.

Elle se dit que ça n'avait pas d'importance. Qu'elle se débrouillerait seule. Qu'elle n'avait besoin de personne, surtout pas d'un garçon riche qui avait pris ce qu'il voulait et puis disparu.

Pourtant, son grand-père appela.

(Fin du flash-back)

Le téléphone d'Isabella vibra, brisant le souvenir.

Un SMS d'Étienne : « Réunion tardive. Ne m'attends pas. »

Elle regarda le message. Le ticket de caisse. Le collier que sa mère lui avait offert le soir du gala, maintenant rangé dans un écrin qu'elle ouvrait rarement.

Pendant des années, elle se dit que cette soirée avait été compliquée, qu'elle s'était peut-être trompée sur les détails, que le mariage avec Étienne prouvait qu'il assumait enfin ses responsabilités... ou du moins.

Mais debout dans cette cuisine froide, la preuve qu'il ne l'avait jamais désirée, Isabella s'autorisa enfin à penser à l'idée qu'elle évitait depuis sept ans.

Et si elle s'était trompée sur qui était dans cette chambre ?

Et si tout son mariage avait été bâti sur une erreur qu'elle avait été trop droguée pour voir clairement ?

Ses mains se mirent à trembler.

L'invitation au récital des jumelles était posée sur le comptoir, joyeuse et innocente : Nous espérons y voir toute la famille Beaumont !

Isabella prit son téléphone et tapa les quatre mots qu'elle aurait dû taper il y a des années.

« Il faut qu'on parle. »

Elle l'envoya avant de perdre son sang-froid, puis attendit, le cœur battant, la réponse qui expliquerait tout ou détruirait le peu qui restait.

Les trois points apparurent. Puis disparurent. Puis réapparurent.

Puis, « Impossible ce soir. Demain. »

Toujours demain avec Étienne. Toujours plus tard, toujours un autre rendez-vous, toujours une autre excuse.

Isabella regarda le ticket de caisse une dernière fois, puis le plia soigneusement et le rangea dans son portefeuille.

Demain, alors.

Demain, elle poserait enfin les questions qui pourraient tout démêler.

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