로그인Chapitre 6
Flash back
_ Emma
Le test de grossesse tremble dans ma main.
Je suis assise sur le carrelage froid de la salle de bains, le dos contre la baignoire, les genoux repliés contre ma poitrine, et je fixe cette petite fenêtre en plastique blanc qui vient de faire basculer ma vie. Deux barres. Deux barres roses, parfaitement nettes, parfaitement parallèles, parfaitement impitoyables. Je cligne des yeux, je secoue la tête, je repose le test sur le rebord du lavabo et je le reprends trente secondes plus tard en espérant que les barres auront disparu, que ce sera une erreur, un faux positif, une hallucination née de l'épuisement et du chagrin.
Les deux barres sont toujours là.
Je suis enceinte.
Le mot résonne dans ma tête comme un coup de tonnerre dans une cathédrale vide. Enceinte. Je suis enceinte de Victor. De l'homme qui m'a traînée dans la boue devant quatre cents personnes. De l'homme qui m'a traitée de traînée sans me laisser prononcer un mot pour ma défense. De l'homme dont la mère m'a giflée avant de me faire chasser de la salle de réception comme une voleuse. Je porte l'enfant de cet homme, et je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer, alors je fais les deux, un rire étranglé qui se transforme en sanglot, des larmes qui coulent sur mes joues et viennent tacher le plastique blanc du test.
Je glisse contre le mur. Mon dos racle le carrelage froid, mes jambes ne me portent plus depuis longtemps, depuis le jour du mariage, depuis le mot traînée, depuis la gifle de Béatrice, depuis cette course sous la pluie qui s'est terminée dans le caniveau avec Chloé qui me tenait les cheveux pendant que je vomissais. Cela fait trois semaines. Trois semaines que je vis terrée dans l'appartement de Chloé, les volets fermés, le téléphone coupé, à attendre que le scandale se tasse, que les journalistes oublient mon nom, que le monde cesse de me regarder comme une bête curieuse. Trois semaines que je ne dors pas, que je ne mange presque rien, que je sursaute au moindre bruit en imaginant que Victor vient finir le travail, qu'il vient m'achever d'un mot, d'un regard, d'un silence.
Et voilà qu'aujourd'hui, ce test vient de me rappeler que mon corps, lui, n'a pas oublié. Mon corps a continué de vivre pendant que mon âme se recroquevillait. Mon corps a continué de fabriquer la vie pendant que mon cœur se brisait en mille morceaux. Il y a un enfant dans mon ventre, un enfant conçu dans l'amour et condamné à naître dans la honte, et c'est peut-être la chose la plus cruelle que le destin ait jamais imaginée.
Je pose une main sur mon ventre. Il est encore plat, lisse, silencieux. Rien ne laisse deviner ce qui se trame à l'intérieur, cette révolution minuscule, cette division cellulaire qui s'emballe, ce cœur qui est en train de se former dans l'obscurité de ma chair et qui battra bientôt, qui battra pour deux, qui battra malgré tout. Je pose ma paume à plat sur ce ventre qui ne sait pas encore qu'il est un ventre de mère, et je sens quelque chose monter en moi, quelque chose de féroce et de primitif, une détermination que je ne me connaissais pas, une force qui ne doit rien à personne, qui ne demande pas la permission, qui ne s'excuse pas d'exister.
_ Jamais ils ne t'auront.
Je le dis à voix haute, dans le silence de la salle de bains, et ma voix ne tremble plus. Elle est calme, posée, définitive. Le verdict d'une mère avant même d'être mère. Le serment d'une femme qui a tout perdu et qui vient de trouver une raison de survivre.
Jamais ils ne t'auront. Jamais Victor ne saura que tu existes. Jamais Béatrice ne posera ses yeux glacés sur toi. Jamais la famille Laurent ne te revendiquera, ne te manipulera, ne te brisera comme elle m'a brisée. Je t'élèverai seule, loin d'eux, loin de leur argent, loin de leur pouvoir, loin de leur mépris. Tu ne porteras pas leur nom. Tu ne connaîtras pas leurs humiliations. Tu grandiras libre, aimée, protégée, et rien ni personne ne pourra jamais te faire de mal.
Je me relève lentement. Mes jambes sont faibles, mais ma volonté est un roc. Je prends le test de grossesse, je le range dans la poche de mon jean, et je sors de la salle de bains.
Chloé est dans le salon, assise sur le canapé, un café à la main, les yeux fixés sur son ordinateur portable où défilent les articles de presse qui parlent encore du scandale, trois semaines après. Elle lève les yeux vers moi, voit mon visage, et pose sa tasse sans un mot.
_ Je suis enceinte.
Elle ouvre la bouche, la referme, se lève, traverse la pièce, me prend dans ses bras. Elle ne dit rien. Elle n'a pas besoin de dire quoi que ce soit. Ses bras autour de moi valent tous les discours du monde. Je m'effondre contre elle, et nous restons là, debout au milieu du salon, deux femmes enlacées dans le silence du matin, pendant que Paris s'agite derrière les volets fermés.
Quand je me redresse, j'ai les yeux secs. Je n'ai plus de larmes. Je les ai toutes versées, toutes épuisées, toutes laissées sur le carrelage de la salle de bains. Il ne reste plus que cette détermination froide qui m'habite, cette certitude absolue qui me guide.
_ Je vais disparaître.
Chloé me regarde, inquiète.
_ Disparaître ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Je veux dire qu'Emma Delacroix doit mourir. Pour que mon enfant vive.
Je sors mon téléphone de la poche de mon jean. Un smartphone dernier cri, acheté avec l'argent de Victor, offert par Victor, relié à Victor par mille fils invisibles que je ne vois pas mais qu'il peut tirer à tout moment. Je l'éteins, j'enlève la carte SIM, je la brise en deux d'un geste sec. Puis je vais dans la cuisine, j'allume le gaz, et je tiens le téléphone au-dessus de la flamme. Le plastique noircit, se déforme, fond. L'odeur de brûlé emplit la pièce. Chloé me regarde sans rien dire, les yeux écarquillés.
_ Tu es sûre de ce que tu fais ?
_ Je n'ai jamais été aussi sûre de quelque chose.
Le téléphone n'est plus qu'une masse informe de métal et de plastique calciné. Je le jette dans l'évier, j'éteins le gaz, j'ouvre la fenêtre pour chasser l'odeur. Le vent froid de novembre s'engouffre dans la cuisine, et je le respire à pleins poumons.
_ Je vais avoir besoin de toi, Chloé. Pour les papiers, pour le départ, pour tout. Tu es la seule personne au monde en qui j'ai confiance. Tu es la seule qui sait.
_ Tu sais que tu peux compter sur moi. Toujours.
Sa voix est ferme, ses yeux sont clairs, sa main serre la mienne avec une force qui me rappelle pourquoi je l'aime, pourquoi elle est la sœur que je n'ai jamais eue.
_ Je vais trouver un endroit sûr, loin de Paris, loin de tout. Je vais recommencer à zéro. Je vais construire une vie pour mon enfant, une vie propre, une vie neuve, une vie où le nom de Laurent n'existe pas.
_ Et Victor ? S'il te cherche ?
_ Il ne me cherchera pas. Il me croit coupable. Il m'a condamnée. Pour lui, je n'existe déjà plus.
Je prononce ces mots sans trembler, mais quelque chose dans ma poitrine se déchire un peu plus. Victor. L'homme que j'ai aimé plus que tout au monde. L'homme qui m'a détruite sans une once d'hésitation. L'homme dont je porte l'enfant. L'homme que je ne reverrai jamais.
Je pose à nouveau la main sur mon ventre.
_ Toi et moi, je murmure à l'enfant invisible qui dort dans ma chair. Toi et moi contre le monde entier.
Je retourne dans la chambre d'amis qui est devenue ma cellule, j'ouvre un sac de voyage, j'y jette quelques vêtements. Rien de valeur. Rien qui rappelle Victor. Rien qui puisse me trahir.
Ce soir, je prendrai un train pour une destination que je ne connais pas encore, une ville où personne ne m'attend, une vie que je n'ai pas choisie mais que je construirai seule, à la force de mes mains et de ma volonté.
Emma Delacroix s'évapore. Dans quelques heures, elle aura cessé d'exister. À sa place, il y aura une autre femme, une femme sans passé, une femme sans attaches, une femme qui porte un enfant et qui fera tout pour le protéger.
Et Victor Laurent ne saura jamais rien.
Chapitre 153_ EmmaÉpilogue.Un an plus tard.La maison.C'est une grande maison. Lumineuse. Chaleureuse. Vivante. Des murs blancs. Des poutres apparentes. Des grandes fenêtres. Des rideaux de lin. Des meubles en bois clair. Des plantes vertes partout. Des livres. Des tableaux. Des souvenirs. C'est notre maison. À Victor. À Léa. À moi. C'est notre maison. Notre foyer. Notre refuge. Notre vie.Le jardin.Devant la maison. Un grand jardin. Des arbres. Des fleurs. Une balançoire. Un potager. Une serre. La serre de Victor. Celle qu'il a construite pour moi. Pour nous. Pour nos roses. C'est notre jardin. Notre paradis. Notre paix.Léa.Léa a sept ans. Elle est grande. Elle est belle. Elle est heureuse. Elle court dans le jardin. Elle joue avec le chien. Un petit chien qu'on lui a offert. Elle rit. Elle chante. Elle vit. Léa. Notre fille. Notre trésor. Notre amour._ Maman ! Papa ! Venez voir !Papa. Elle appelle Victor papa. Depuis six mois. C'est venu naturellement. Un matin. Sans préven
Chapitre 152_ VictorRéconciliation totale.C'est un matin. Un matin ordinaire. Un matin comme les autres. Le soleil brille. Les oiseaux chantent. La maison est silencieuse. Léa dort. Emma est dans mes bras. Dans mon lit. Contre moi. Et je la regarde. Elle dort. Paisiblement. Heureusement. Et je souris. Parce que nous sommes réconciliés. Totalement. Définitivement. Pour toujours.Ils s'aiment.Nous nous aimons. Plus qu'avant. Plus que jamais. Plus que tout. Nous nous aimons. Sans peur. Sans haine. Sans douleur. Nous nous aimons. Simplement. Paisiblement. Heureusement. Nous nous aimons._ Je t'aime, Emma._ Je t'aime, Victor.Nous nous le disons. Chaque matin. Chaque soir. Chaque nuit. Nous nous le disons. Simplement. Vraiment. Nous nous aimons.Ils se choisissent.Nous nous choisissons. Chaque jour. Chaque heure. Chaque seconde. Nous nous choisissons. Librement. Consciemment. Volontairement. Nous nous choisissons. Pour le meilleur. Pour le pire. Pour toujours. Nous nous choisissons.
Chapitre 151_ EmmaPardon définitif.C'est un soir. Un soir ordinaire. Un soir comme les autres. Nous sommes dans le salon de Victor. Léa dort. La maison est silencieuse. Nous sommes assis sur le canapé. L'un contre l'autre. Sa main dans la mienne. Et je le dis. Simplement. Calmement. Définitivement._ Je te pardonne.Il se tourne vers moi. Ses yeux gris. Écarquillés. Incrédules. Il n'ose pas y croire. Il attend. Il attend que je répète. Que je confirme. Que je brise le silence._ Je te pardonne, Victor. Pour tout. Pour le mariage. Pour les photos. Pour les accusations. Pour les six ans. Pour la douleur. Pour tout. Je te pardonne.Il ne dit rien. Il me regarde. Ses yeux brillent. Des larmes. Des larmes qu'il retient. Des larmes qu'il ravale. Des larmes qui coulent quand même._ Emma..._ Laisse-moi finir. Je te pardonne. Pas pour toi. Pour moi. Parce que je ne veux plus porter cette haine. Cette colère. Cette rancune. Parce que je ne veux plus être prisonnière du passé. Parce que je
Chapitre 150_ Léa_ Pourquoi vous dormez pas dans la même maison ?Je pose la question à maman. Un soir. Pendant qu'elle me borde. Je ne comprends pas. Victor et maman. Ils s'aiment. Ils se font des câlins. Ils se disent je t'aime. Mais ils ne dorment pas dans la même maison. Maman a son appartement. Victor a sa maison. Et moi. Je suis entre les deux. Je ne comprends pas.Emma cherche une réponse.Maman. Elle me regarde. Ses yeux noisette. Doux. Un peu tristes. Elle cherche. Une réponse. Une explication. Elle ouvre la bouche. La referme. Elle ne sait pas quoi dire. Elle cherche. Une réponse. Pour moi. Pour mon cœur d'enfant. Pour mes questions. Elle cherche._ C'est compliqué, mon cœur._ Pourquoi c'est compliqué ? Vous vous aimez, non ?_ Oui. On s'aime. Très fort. Plus que tout._ Alors pourquoi vous vivez pas ensemble ?_ Parce que... Parce qu'on a besoin de temps. De place. De liberté. Parce qu'on a peur. Parce qu'on a été blessés. Parce qu'on apprend. À se faire confiance. À s'a
Chapitre 149_ EmmaIls vivent ensemble, mais pas tout à fait.Nous vivons ensemble. Presque. Pas tout à fait. Je suis chez lui. Souvent. Presque tout le temps. Mais pas tout le temps. Je garde mon appartement. Avenue Foch. Mon appartement. Mon espace. Mon indépendance. Ma liberté. Nous vivons ensemble. Mais pas tout à fait.Elle a gardé son appartement.J'ai gardé mon appartement. Mes meubles. Mes livres. Mes plantes. Mes souvenirs. Mon appartement. Je l'aime. C'est mon refuge. Mon sanctuaire. Mon chez-moi. J'y vais. Le week-end. Parfois. Le soir. Quand j'ai besoin. D'être seule. De respirer. De me retrouver. J'ai gardé mon appartement. Pour moi. Pour ma fille. Pour notre liberté._ Tu ne veux pas emménager complètement ?Il me demande. Un soir. Doucement. Prudemment. Je le regarde. Je souris. Je secoue la tête._ Pas encore. J'ai besoin de mon espace. De mon indépendance. De ma liberté. Ce n'est pas contre toi. C'est pour moi. Pour nous. Pour que je me sente libre. Pour que je chois
Chapitre 148_ EmmaTourbillon médiatique.Les jours qui suivent le gala sont un tourbillon. Un tourbillon médiatique. Les journaux. Les télévisions. Les radios. Les réseaux sociaux. Tout le monde parle de nous. Tout le monde parle de l'affaire. Tout le monde parle de Béatrice. De ses crimes. De sa chute. Tout le monde parle de Victor. De son retour. De sa victoire. Tout le monde parle de nous. De notre histoire. De notre amour. Tourbillon médiatique.Les journalistes nous appellent. Les chaînes nous invitent. Les magazines nous demandent des interviews. Nous refusons. Presque tout. Nous ne voulons pas de ce cirque. Nous ne voulons pas de cette exposition. Nous ne voulons pas de cette lumière. Nous voulons la paix. La tranquillité. La vie. Mais le tourbillon est là. Il tourne. Il nous emporte. Il nous submerge. Tourbillon médiatique._ Tu ne veux pas répondre à la presse ?C'est Victor. Il me demande. Calmement. Simplement. Je le regarde. Je souris. Je secoue la tête._ Non. Je ne veu







