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Chapitre 3 : Le Marché 

Author: L'invincible
last update Petsa ng paglalathala: 2025-10-28 03:07:17

Alessandra

Mes doigts tremblent en ajustant la seule tenue professionnelle qui me reste. Une robe noire simple, trop légère pour le froid mordant. Dans le reflet terné de la fenêtre de mon studio minuscule, je vois une femme traquée. J’ai passé la nuit à répéter mes arguments, à polir mon sourire, à enterrer ma fierté au plus profond de moi. Blackwood Holdings. Un entretien surprise. Un miracle. Mon seul espoir.

Le hall d’accueil est un sanctuaire de marbre et de silence. L’air y est conditionné, aseptisé. Une femme au visage de marbre me guide vers un ascenseur qui monte, monne, me donnant la nausée. Le sommet. Le bureau de Lucian Blackwood en personne. Pourquoi lui ? La question me taraude, mais l’espoir, têtu, étouffe la méfiance.

La porte s’ouvre sur un bureau immense, épuré, dominant la ville. Et lui, debout près de la baie vitrée, silhouette découpée dans la lumière froide du matin. Il se retourne.

Et le monde s’arrête....

Le temps se déchire. Les couloirs du lycée, l’odeur de la misère, le garçon au regard baissé, recroquevillé sous le poids de nos rires. Luck. Ce n’était pas son nom, alors. C’était… rien. Un fantôme. Et moi, la princesse cruelle sur son trône de mépris.

Maintenant, le fantôme a un visage. Un visage durci, taillé à la hache, avec des yeux qui ne reflètent rien. Absolument rien. Le garçon a été effacé. Il ne reste que l’homme. Le prédateur.

— Alessandra, dit-il.

Ma voix s’est envolée. Mon cœur bat à tout rompre, un affolement d’oiseau pris au piège. Je suis pétrifiée.

Luck 

La voir entrer est un spectacle bien plus enivrant que je ne l’avais imaginé. La robe modeste, les mains qui se tordent, le masque de professionnalisme qui se fissure dès que son regard croise le mien. La reconnaissance est un éclair pur et brutal dans ses yeux. Suivi de la peur. Une peur viscérale, animale.

C’est délicieux.

Elle reste plantée là, incapable de bouger, de parler. La déesse est redevenue mortelle. Fragile. Terrifiée.

— Asseyez-vous, dis-je d’une voix neutre, indiquant le siège en cuir face à mon bureau.

Elle obéit, raide, comme une automate. Je prends mon temps pour m’asseoir en face d’elle, posant les mains à plat sur le marbre froid. Je laisse le silence s’installer, s’épaissir, devenir presque tangible. Je veux qu’elle sente le poids de ce bureau, de cette tour, de mon pouvoir. De sa propre impuissance.

— Votre dossier est… intéressant, je commence enfin, feuilletant négligemment les pages. Des compétences. Un certain potentiel. Gâché par une série de malchances.

Je lève les yeux vers elle. Elle fixe ses mains, les jointures blanches.

—Mais ce n’est pas pour parler de votre potentiel que je vous ai fait venir.

Alessandra

Chaque mot est un coup d’aiguille. « Malchances ». Il sait. Il sait tout. La honte me brûle le visage. Je veux fuir. Mais l’image de Leo, pâle sous ses draps d’hôpital, me cloue sur place.

— Je… Je suis une travailleuse acharnée, je parviens à articuler, la voix étranglée. Je peux…

— Je sais ce que vous pouvez faire, Alessandra, l’interrompt-il, doucement. Et je sais ce dont vous avez besoin. De l’argent. Beaucoup d’argent. Pour votre frère. Leo, c’est bien ça ?

Mon sang se glace. Il a prononcé son nom. Comme s’il le tenait déjà dans sa main.

— Comment… comment savez-vous…

Un sourire froid étire ses lèvres. Un sourire qui ne touche pas ses yeux.

—Je sais tout. Les dettes. Les traitements. Le pronostic. La date limite pour l’acompte. Demain.

Chaque mot est un clou qui m’enfonce un peu plus dans le siège. Je me sens nue. Violée. Il a éventré ma vie et en a examiné les entrailles.

— Pourquoi ? je chuchote, les larmes me montant aux yeux. Pourquoi me dire ça ?

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