FAZER LOGINIl hoche la tête. Il ne dit rien. Mais je vois ses yeux. Ils sont pleins de larmes qu'il refuse de verser, pleins de cette émotion qu'il ne sait pas toujours exprimer. Je le comprends. Moi non plus, je ne sais pas toujours exprimer ce que je ressens. On est pareils, lui et moi. Deux hommes qui aiment la même femme, chacun à notre manière.
— Je serai gentil, dit-il enfin. Je te le promets. Sur ma vie. Sur ce qui me reste d'honneur.
Je ris doucement, un rire mouillé de larmes.— Tu as toujours veillé sur moi. Même quand tu ne le savais pas.Je sors de la chambre. Je traverse les couloirs de l'hôpital, mes pas résonnant sur le linoléum. Je salue les infirmières, je prends l'ascenseur, je sors dans l'air frais du soir.Et je rentre chez nous.Alessandra---La maison est silencieuse quand je pousse la porte.Trop silencieuse. Le salon est vide, la cuisine est vide, les chambres sont vides. Une boule d'angoisse se forme dans ma poitrine. Où est-il ? Est-il parti ? M'a-t-il abandonnée, cette fois ?Puis je vois la lumière, sous la porte de son bureau.Je m'approche doucement. La porte est entrouverte. Je la pousse, sans bruit.
Alessandra— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu.La voix de Leo est douce, presque un murmure. Il est allongé dans son lit d'hôpital, pâle, fatigué, mais ses yeux brillent de cette sagesse étrange qu'il a toujours eue, même enfant. Je suis assise à son chevet, ma main dans la sienne, et je l'écoute.— Ça n'excuse pas tout, continue-t-il. Il reste responsable de ce qu'il fait. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche entre vous, tu dois l'aider à guérir.Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde par la fenêtre, le ciel gris de cette fin d'après-midi, les arbres dénudés qui se balancent dans le vent.
Leo hoche la tête.— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu, dit-il doucement. Ça n'excuse pas tout. Il reste responsable de ses actes. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche, tu dois l'aider à guérir.— Comment ?— En lui montrant qu'il peut te faire confiance. En étant patiente. En ne cédant pas à ses crises, mais en ne l'abandonnant pas non plus. En lui rappelant, chaque jour, qu'il mérite d'être aimé.Je le regarde. Mon petit frère. Si jeune, si sage. Il a toujours su trouver les mots justes, même dans les moments les plus sombres.— Tu crois que c'est possible ? je demande. Qu'il change vraiment ?— Je crois que tout le monde peut changer, si on lui en donne la
Leo. Ce nom résonne en moi comme un coup de tonnerre. Leo, que j'ai déçu. Leo, qui m'a fait confiance, qui m'a donné sa bénédiction. Leo, qui se bat contre la maladie et qui n'a pas besoin de mes drames.— Pourquoi Leo ?— Parce qu'il la connaît mieux que personne. Parce qu'il l'aime plus que tout. Et parce que, bizarrement, il te comprend. Il te comprend mieux que tu ne te comprends toi-même.Je réfléchis. Gallagher a raison. Il a toujours raison.Le lendemain, je vais à l'hôpital.Je traverse les couloirs familiers, je salue les infirmières qui me reconnaissent, je m'arrête devant la chambre de Leo. La porte est fermée. Je frappe doucement.— Entrez.Sa voix est faible, mais clai
L'hôpital.Je me gare sur le parking presque vide. Je traverse le hall silencieux, je prends l'ascenseur, je marche dans le couloir faiblement éclairé jusqu'à la chambre de Leo. La porte est entrouverte. Je la pousse doucement.Il ne dort pas. Il est assis dans son lit, un livre ouvert sur les genoux, la lampe de chevet allumée. Il lève les yeux quand j'entre, et son sourire s'efface immédiatement quand il voit mon visage.— Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il.Sa voix est faible, mais pleine d'inquiétude. Je m'approche, je m'assois sur le bord du lit, je prends sa main. Et je raconte. Tout. Le dîner, Marc, Luck qui débarque, le coup de poing, la honte, la fuite.Leo écoute sans
AlessandraLe restaurant est charmant.Une petite table près de la fenêtre, des bougies qui dansent dans leurs photophores, une nappe blanche, des couverts en argent. L'endroit est calme, intime, parfait pour des retrouvailles entre vieux amis. Marc est arrivé en avance, comme toujours. Il s'est levé quand je suis entrée, m'a fait la bise, m'a complimentée sur ma robe. C'est un homme bien. Vraiment. Drôle, cultivé, attentionné. Il travaille dans l'édition, il a voyagé partout, il a des histoires fascinantes à raconter.Nous parlons de tout et de rien. De ses voyages, de mes projets, de Leo, de la vie qui passe si vite. Il me fait rire. Il a toujours su me faire rire, même dans les moments les plus sombres.
AlessandraLa nuit a été longue, interminable. Le lit de Luck était un océan de soie froide où je me suis noyée. Je n'ai pas dormi. J'ai regardé les ombres jouer sur le plafond, une danse macabre à l'unisson du chaos dans ma tête.Je suis à toi.Les mots tournaient en boucle, une mélodie empoisonné
AlessandraLe lendemain de mon retour de Suisse, le silence de la suite pèse plus lourd que jamais. Les murs de soie et les boiseries sombres semblent absorber chaque parcelle de mon être, comme si la cage dorée digérait lentement sa nouvelle prisonnière. L'image du sourire de Leo, si pur, si confi
AlessandraLa soie noire est un suaire. Elle m’étouffe. Chaque respiration est un effort. Je suis debout au centre de cette pièce trop vaste, offerte, comme un trophée sur un piédestal. J’entends le battement frénétique de mon propre cœur, un tambour de panique contre mes côtes.La porte s’ouvre.L
AlessandraJe traverse le hall d’accueil de Blackwood Holdings et chaque pas sur le marbre froid est un coup de couteau. Ce lieu est un cauchemar devenu réalité. Le silence est si lourd qu’il m’étouffe. Je ne suis plus la femme qui est venue ici il y a deux semaines. Je ne suis qu’un spectre, vidé







