เข้าสู่ระบบAlessandraL’aube s’est installée, grise et indifférente. Je suis restée sur le perron jusqu’à ce que le froid humide pénètre l’épaisseur du peignoir et me fasse frissonner jusqu’aux os. Les oiseaux ont commencé leurs cris. La vie, stupide et ordinaire, a repris son cours, ignorant le cataclysme de la nuit.Je me suis levée, les muscles raidis, et je suis rentrée sans un regard pour l’ombre figée dans l’embrasure de la porte. Je l’ai senti me suivre des yeux, un poids entre mes omoplates. Nous n’avons pas échangé un mot. Le silence était une entente tacite, un cessez-le-feu précaire pour les formalités de la journée.Dans ma chambre , sa chambre , j’ai trouvé des vêtements neufs, soigneusement posés sur le lit fait. Une robe-tailleur en laine noire, sobre, chic, coupée pour dissimuler. Des collants. Des escarpins à talons moyens. Du linge propre. Une note froide de sa part ? Ou la main d’une gouvernante invisible ? Peu importe. C’est une armure, et je l’enfile. Chaque geste est mécani
Luck Je l’entends. Pas vraiment, pas clairement. Mais je sais. Je sais qu’elle ne dort pas. Je perçois le silence trop actif de la salle de bain, ce silence qui vibre de colère rentrée et de veille forcée. Elle se terre. Elle se recompose. Contre moi.L’image de son visage sous la douche, l’eau ruisselant sur cette peau que j’ai souillée, me hante. L’idée qu’elle est là, à quelques mètres, à essayer d’effacer ma trace, allume en moi une rage impuissante et un désir renouvelé, aussi vifs que contradictoires. Je veux monter. Enfoncer la porte. La prendre encore, contre le marbre froid cette fois, pour lui prouver que l’eau ne lave rien, que je suis inscrit plus profond.Mais mes jambes refusent. Une autre partie de moi, nouée de honte et d’une lassitude profonde, me cloue ici. Ce que j’ai fait… Je le revois, mais comme à travers un brouillard, avec la terrible clarté de l’après-coup. J’ai vu la peur dans ses yeux. Puis la haine. Et au milieu, cette lueur inavouable que je préfère quali
AlessandraL’eau est devenue froide. Un froid tranchant qui mord la chair, me ramène à la surface de mon corps, à sa simple réalité : des frissons, des courbatures, une lassitude d’âme. J’ai éteint le robinet depuis longtemps, mais je suis restée accroupie au fond de la baignoire, enveloppée dans un peignoir trop grand, trop doux, qui sent le lavande – une senteur neutre et impersonnelle qui ne parvient pas à masquer l’odeur fantôme de l’étage ci-dessous, du cuir et de la domination.Je ne peux pas retourner dans cette chambre. L’idée de sentir les draps, de voir l’empreinte de nos corps dans la soie froissée, me soulève le cœur. Alors je fais le tour de cette pièce qui est une prison dans la prison. Une salle de bain de palace, marbre froid, robinetterie chromée, miroirs sans pitié. Une cage dorée. Je finis par m’affaler sur le tapis épais, le dos contre la porte verrouillée, comme si je pouvais barricader le monde dehors.Le silence est pesant. Trop lourd. Il se remplit vite des éch
Luck AdlerMon bureau sent le vieux cuir, le whisky et le bois ciré. Je n’ai pas allumé la lumière. La pénombre est une compagne miséricordieuse, la seule qui puisse supporter mon regard en ce moment.Je tourne le verre de crystal lourd entre mes doigts. Je ne bois pas. Je regarde la lueur ambrée du liquide capturer les rares lueurs de la ville filtrant par les stores, y danser des reflets mouvants. Un spectacle hypnotique et vain.Mon esprit, pourtant, n’est pas dans cette pièce. Il est en haut. Il est encore en elle. Il est toujours en elle.Je me revois. La scène se déroule en boucle, sous mes paupières closes, plus vive que la réalité. Le goût métallique du sang sur nos lèvres mêlées : le sien, de sa lèvre mordue, ou le mien, de ma joue lacérée ? Peu importe. C’était le même. La sensation de sa peau, chaude et d’une soie vivante sous ma paume malgré la rigidité de tous ses muscles, cette tension de corde à arc prête à casser. Le son qu’elle a laissé échapper quand je l’ai pénétrée
AlessandraJe reste allongée. Le plafond est flou, noyé. Mon corps n’est plus à moi. C’est un champ de bataille meurtri, un territoire conquis qui palpite d’une douleur sourde et d’une trahison bien plus vive.Je me déteste.Pire que sa force, pire que le poids de son corps, pire que la terreur glacée qui m’avait paralysée au début, je me déteste pour cette petite flamme maudite qui a vacillé en moi quand ses doigts ont trouvé ma peau. Malgré les « non », malgré les coups, malgré la rage pure qui me faisait griffer et mordre, mon corps, ce salaud de corps, a eu un frisson de plaisir. Un écho honteux, coupable, une réponse physiologique indécente à l’indicible. Une trahison intime si profonde que j’ai envie de me lacérer la peau pour l’arracher, de déchirer cette partie de moi qui a osé réagir à son touché.Monstre, je lui ai dit. Le mot résonne dans le silence moite de la chambre. Il m’englobe aussi. Je suis la prisonnière qui a tremblé pour son geôlier. Quelle blague !Et pour couron
Luck AdlerUn grognement sourd m’échappe. Je la soulève. Elle est si légère. Un petit son, entre le gémissement et le sanglot, s’échappe de ses lèvres alors que ses pieds quittent le sol. Je la porte jusqu’au lit large et froid, au centre de la pièce sombre, et je la dépose sur le couvre-lit épais.Elle ne lutte pas. Elle se couche, les yeux grands ouverts, fixant le plafond invisible. Elle a l’air brisée. Vaincue.C’est ce que je voulais, non ?Alors pourquoi cette douleur en moi ?Je me penche sur elle, une ombre sur une ombre. Ma main se pose sur son ventre plat, à travers le tissu du sweat. Je sens le frisson qui la parcourt.– Non, murmure-t-elle enfin, un souffle à peine audible. Non, Lukas.L’usage de mon prénom, dans sa bouche, est un choc. Ce n’est pas une supplication. C’est un constat d’échec. À nous deux.Et c’est là que la lutte commence vraiment.Ses mains, jusque-là inertes, se transforment soudain en armes. Elles ne me poussent pas, elles frappent. Ses poings se referm







