FAZER LOGINLuck
La porte de mon bureau claque si fort que le mur tremble. Gallagher entre sans frapper, comme toujours, un dossier à la main. Il a cette expression que je connais bien : celle qu'il a quand il a trouvé quelque chose d'important. Quelque chose qui va changer la donne.
— J'ai des trucs sur Cormac. Des trucs que tu dois voir.
— Pose ça et sors.
— Luck...
— J'ai dit pose et sors.
Il pose le d
LuckLa porte de mon bureau claque si fort que le mur tremble. Gallagher entre sans frapper, comme toujours, un dossier à la main. Il a cette expression que je connais bien : celle qu'il a quand il a trouvé quelque chose d'important. Quelque chose qui va changer la donne.— J'ai des trucs sur Cormac. Des trucs que tu dois voir.— Pose ça et sors.— Luck...— J'ai dit pose et sors.Il pose le dossier sur mon bureau. Il ne sort pas. Il reste là, planté comme un arbre, les bras croisés.— Lis. Maintenant.Je le regarde. Je pourrais lui ordonner de dégager. Je pourrais lui rappeler qui commande ici. Mais je connais Gallagher. Il ne ferait pas ça sans raison.J'ouvre le dossier.Cormac O'Sullivan. 34 ans. Né à Dublin, arrivé en France à l'âge de 5 ans. Père alcoolique, mère
Je finis mon petit-déjeuner en silence. Il reste là, à boire son café, à me regarder par-dessus sa tasse. Quand j'ai terminé, il se lève, va chercher un téléphone dans un tiroir fermé à clé. Un vieux modèle, sans Internet, sans GPS.— Le numéro est pré-enregistré. Appelle. Je te laisse seul.— Tu ne vas pas écouter ?— Je n'ai pas besoin d'écouter. Je sais ce que tu vas dire.Il pose le téléphone sur la table et s'éloigne, disparaissant dans une autre pièce. Je prends l'appareil. Mes mains tremblent tellement que j'ai du mal à appuyer sur les touches. La sonnerie résonne dans le vide. Une fois. Deux fois. Trois fois.— Allô ?Sa voix. Faible. Fatiguée. Mais vivante. Tellement vivante.— Leo ? C'est moi.Un silence. Puis
AlessandraLe soleil se lève sur l'océan comme un œil qui s'ouvre lentement, indifférent à ma prison dorée. Je suis réveillée par cette lumière qui filtre à travers les voilages blancs, par ce bruit des vagues qui n'en finit pas, comme une respiration géante, comme le souffle de cette maison qui m'engloutit jour après jour.Trois jours.Trois jours depuis que j'ai couru pieds nus sur les rochers, depuis que mes chevilles ont cogné contre la pierre, depuis que le sang a coulé sur mes jambes. Trois jours depuis que Cormac m'a rattrapée comme on rattrape un oiseau tombé du nid, depuis qu'il m'a portée jusqu'ici, depuis qu'il a nettoyé mes plaies avec des doigts trop doux, trop lents, trop attentifs.Je me lève. Le parquet est froid sous mes pieds. Je m'approche de la baie vitrée et je colle mon front contre
Luck4h du matin.Je ne dors toujours pas. Je regarde le plafond de cette chambre d'hôtel minable, les taches d'humidité qui dessinent des cartes imaginaires. Des pays où je ne suis jamais allé. Des océans que je ne traverserai jamais sans elle.Le foulard est sur ma poitrine. Je le respire encore. L'odeur faiblit. Bientôt, il ne restera que du tissu.Mon téléphone sonne.Je bondis, attrape l'appareil. Numéro inconnu.— Blackwood.— Bonjour, Luck.Cette voix. Calme. Posée. Ce sourire qu'on entend.— Cormac.— Tu ne dors pas ? Moi non plus. On a des insomnies similaires, on dirait. À cause de la même femme.— Où est-elle ?— En sécurité. Dans ma salle de bain, pour être précis. Elle prend un bain. Elle est nue. Elle est belle
Alessandra---Il est minuit passé quand je prends ma décision.Je n'ai pas dormi. Je n'ai pas pu. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois Leo. Son visage pâle à l'hôpital, ses yeux qui cherchent les miens. Je l'imagine seul, sans moi, sans personne pour lui tenir la main pendant les nuits de douleur.Je ne peux pas rester ici une minute de plus.La maison est silencieuse. Cormac doit dormir. J'ai passé la soirée à repérer les lieux, à noter chaque porte, chaque fenêtre. Il y a une issue au sous-sol. Une porte-fenêtre qui donne sur les rochers. Je l'ai vue quand il m'a fait visiter, en disant « tu peux aller partout sauf dans mon bureau ».Il a oublié de préciser « ne cherche pas à t'enfuir ».Je me lève sans bruit. La robe de nuit est légère, trop légère pour
Je me lève, contourne la table, m'accroupis près d'elle. Elle se raidit mais ne s'éloigne pas.— Tu dois comprendre que Luck n'est pas ton salut. Que l'amour qu'il te porte est empoisonné par sa haine. Que tu mérites mieux.— Et toi ? Tu es mieux ?— Non. Je ne suis pas mieux. Je suis différent. Et c'est à toi de choisir ce que tu préfères.Je retourne m'asseoir. Le repas continue en silence. Elle mange, boit un peu de vin. Ses joues rosissent. Elle est si belle que ça me fait mal.— Parle-moi de toi, dit-elle soudain.— De moi ?— Ton enfance. Les foyers. Comment tu t'en es sorti.Je la regarde, surpris. Elle veut vraiment savoir ?— Pourquoi ça t'intéresse ?— Parce que si je dois être ici, autant comprendre qui me retient prisonnière.— Je ne
AlessandraJe traverse le hall d’accueil de Blackwood Holdings et chaque pas sur le marbre froid est un coup de couteau. Ce lieu est un cauchemar devenu réalité. Le silence est si lourd qu’il m’étouffe. Je ne suis plus la femme qui est venue ici il y a deux semaines. Je ne suis qu’un spectre, vidé
LuckDe mon bureau, la ville s'étale comme un circuit imprimé de puissance. Je tourne lentement un verre de whisky entre mes doigts, mais la véritable ivresse n'est pas dans le Glenfiddich. Elle est sur l'écran discret encastré dans mon bureau.L'image montre la chambre de la tour. Alessandra est d
LuckLa terrasse privée du « Céladon », cinquante étages au-dessus de la frénésie de New York, baignait dans la lumière dorée du crépuscule. L'air était tiède, chargé du parfum des plats raffinés et du son étouffé d'un violoniste. À ma table, face à moi, souriait Julian Thorne.Julian. Mon plus vie
AlessandraUne semaine s'est écoulée. Une semaine de silence radio, de repas impeccables, de nuits dans les draps de soie qui me brûlent la peau. La femme de ménage, une femme d'un certain âge au visage impassible, vient et repart sans un mot. Je suis un fantôme dans un palais, un portrait qui resp







