ANMELDENAlessandra
Je traverse la pièce lentement, balançant les hanches un peu plus que nécessaire. Je m'approche de lui. Je pose une main sur son épaule. Il est tendu sous mes doigts. Comme un animal prêt à bondir.— Apprends-moi à danser.
Il cligne des yeux. Pour la première fois, je le vois vraiment surpris.
— Quoi ?
— Apprends-moi à danser. Tu as s&
LuckJe n'abandonne pas.Je ne sais pas ce que ça veut dire, abandonner. Je ne l'ai jamais appris. Mon père m'a appris à frapper, à écraser, à gagner. Ma mère m'a appris à encaisser, à me taire, à sourire. Personne ne m'a appris à lâcher prise. Personne ne m'a appris à laisser partir ce que j'aime.Alors je ne laisse pas partir.Gallagher entre dans mon bureau. Il a cette expression qu'il a quand il va dire quelque chose que je ne veux pas entendre.— Luck, on a parlé avec les types de la sécurité. Ils ont localisé la maison. La vraie, cette fois. Pas un leurre.— Où ?— Landes. Zone isolée. À quatre heures d'ici.— On y va.— Attends. C'est une zone difficile. Terrain accidenté, pas de routes, pas de repères. Si
AlessandraJe me réveille dans une lumière grise, sale, qui filtre à travers des rideaux épais. La chambre est petite. Blanche. Presque spartiate. Un lit, une table de chevet, une chaise. Pas de baie vitrée donnant sur l'océan. Pas de vue sur les vagues. Juste un rectangle de ciel pâle, et au-delà, je le sens, l'immensité des landes.Je ne sais pas où je suis.Je me redresse lentement. Mes muscles sont endoloris. Le trajet, la nuit dernière, dans l'obscurité, Cormac au volant, moi recroquevillée sur la banquette arrière, les yeux fixés sur les phares qui dansaient sur la route déserte. Il ne m'a pas dit où on allait. Je n'ai pas demandé.Sur la table de chevet, une feuille pliée. Du papier épais, vergé, une enveloppe à mon nom. Je la prends avec des doigts qui tremblent. J'ouvr
LuckLe téléphone sonne au milieu de la nuit.Je suis dans mon bureau, je ne dors pas, je ne dors plus depuis qu'elle est partie. Je regarde des photos de la côte, des plans, des itinéraires possibles. Gallagher est affalé sur le canapé, il ronfle légèrement.Je décroche.— Allô ?Une voix. Étouffée. Déformée par un appareil ou un tissu.— Phare de Kilkee. Ancienne route côtière. Maison sans nom.— Qui est-ce ?— Vous voulez la retrouver ou pas ?— Oui, je veux la retrouver. Mais dis-moi qui tu es.— Quelqu'un qui pense que ça a assez duré.— Attends...La communication est coupée.Je reste là, le téléphone à la main, le cœur battant. Puis je bondis.&mdash
Il tend la main. Il touche mon visage. Sa paume est chaude.— Lui, il ne sait rien. Il t'a vue pendant des années sans te voir. Moi, je te vois. Depuis toujours.Je recule. Je bute contre le mur. Il est tout près maintenant. Trop près.— Mon frère est à l'hôpital. Il a besoin de moi.— Je sais.— Il guérit, mais il a besoin de moi. De sa sœur. De la seule famille qui lui reste.— Je sais.— Je dois le voir. Je dois être là pour lui.Il hoche la tête. Lentement.— Je te laisserai le voir.Mon cœur s'arrête.— Quoi ?— Je te laisserai le voir. Pas tout de suite. Mais bientôt.— Quand ?— Quand je serai sûr que tu reviendras.— Je reviendrai toujours. C'est lui, ma vie. C'est pour lui que j'accepte tout
AlessandraJe n'ai pas dormi de la nuit.Les images défilent dans ma tête comme un film en boucle. Les lettres de ma mère. Les photos de Cormac enfant. Ce garçon souriant qui tenait nos lettres comme des trésors. Cet adolescent jeté à la rue parce que ma mère l'avait jugé ingrat.Ingrat.Le mot tourne en rond dans mon crâne comme un couteau. Ma mère, si parfaite, si élégante, si préoccupée par les apparences. Ma mère qui m'apprenait à dire merci et s'il vous plaît, à sourire même quand on n'en avait pas envie. Ma mère qui a détruit un gamin de quinze ans parce qu'il avait osé demander plus d'attention.Et moi, j'étais là. Je devais avoir sept ou huit ans. Je souriais sur les photos qu'on lui envoyait. J'ouvrais peut-être ses lettres sans savoir. J'étais le visage de cette famille qui l'avait sauvé puis abandonné.Le soleil se lève à peine quand je descends de mon lit. Mes pieds nus sur le parquet froid. Ma chemise de nuit trop légère. Je sors de ma chambre, je traverse le couloir. Je
Je m'approche. Je les feuillette.Le premier : "Alessandra Delacroix - Dossier personnel". Des photos de moi à différentes époques. À la sortie du lycée. Dans la rue. Dans un café. Chez Luck. Des centaines de photos. Des relevés bancaires. Des historiques médicaux. Des conversations téléphoniques retranscrites. Ma vie. Toute ma vie, étalée là, comme un insecte épinglé sur un tableau.Le deuxième : "Luck Vanin Dossier". Des photos de lui aussi. Ses bureaux, sa maison, ses déplacements. Des relevés bancaires détaillés. Des informations sur ses sociétés, ses associés, ses faiblesses. Tout ce qu'il faudrait pour le détruire.Le troisième : un dossier jauni, usé, avec une étiquette manuscrite : "Famille Delacroix - Correspondance".Je l'ouvre avec des mai
LuckL’eau de la douche est glacée. Je l’ai réglée au maximum, espérant que le choc éteindra le feu sous ma peau. En vain. Chaque goutte qui frappe ma chair me rappelle les gouttes tremblantes sur son bras. Le souvenir de son corps à travers le satin trempé est gravé au fer rouge derrière mes paupi
AlessandraLe jour se lève, gris et froid, derrière les vitres immenses. Une lumière blafarde glisse sur le sol de marbre, évitant soigneusement l’endroit où je suis assise, le dos contre le mur froid. Je n’ai pas bougé de là. Je regarde mes mains. J’ai les paumes à vif, rougies par les frottements
LuckL’eau est trop chaude. Elle brûle la peau, mais la brûlure est préférable au froid qui m’habite. Ou peut-être que cette chaleur ne vient pas de l’eau, mais d’elle. De sa présence à quelques centimètres, de son souffle précipité qui trouble la surface immobile.Je lui avais ordonné de me laver,
AlessandraDeux jours.Quarante-huit heures taillées dans du verre pilé.Chaque minute a été un exercice d’obéissance silencieuse. Je l’ai suivi à la bibliothèque, un fantôme en robe de soie. J’ai été présentée à des associés comme « son assistante », une étiquette vide qui a fait sourire certains d







