ANMELDENAlessandra
Je traverse la pièce lentement, balançant les hanches un peu plus que nécessaire. Je m'approche de lui. Je pose une main sur son épaule. Il est tendu sous mes doigts. Comme un animal prêt à bondir.— Apprends-moi à danser.
Il cligne des yeux. Pour la première fois, je le vois vraiment surpris.
— Quoi ?
— Apprends-moi à danser. Tu as s&
Il est assis dans son lit quand on entre. Il a meilleure mine, beaucoup meilleure mine. Ses joues ont repris des couleurs, ses yeux sont plus vifs, moins cernés. Il nous voit entrer, et son visage s'éclaire d'un immense sourire.— Devinez quoi, dit-il avant même qu'on ait pu dire un mot.— Quoi ? demande-je, le cœur battant.— Les médecins disent que je sors la semaine prochaine.Je pousse un cri de joie. Je me précipite vers lui, je le prends dans mes bras, doucement, pour ne pas lui faire mal. Il rit, un vrai rire, celui que je n'avais pas entendu depuis si longtemps.— Vraiment ? Vraiment, Leo ?— Vraiment. Je suis guéri. Enfin, presque. Il faudra encore des co
AlessandraLe lycée est vide.C'est les vacances scolaires, les couloirs sont silencieux, les salles de classe désertes. Nous avons obtenu une autorisation spéciale pour venir, Luck et moi. Il a utilisé ses contacts, comme toujours. Il a dit que c'était important, que c'était nécessaire, que nous avions besoin de revenir ici pour tourner une page.Je n'étais pas sûre de vouloir. Ce lieu est chargé de tant de souvenirs douloureux, d'humiliations, de larmes. Chaque pierre, chaque recoin, chaque fenêtre me rappelle celle que j'étais, cette jeune fille effacée, terrorisée, qui écrivait des lettres qu'elle n'envoyait jamais, qui aimait en silence un garçon qui la méprisait.Mais Luck a insisté. Et maintenant que je
Le Dr Marchand hoche la tête.— C'est un schéma classique. Les enfants qui grandissent dans des environnements où l'amour est conditionnel, ou absent, développent souvent une incapacité à recevoir l'amour. Ils ne savent pas quoi en faire, alors ils le repoussent, le sabotent, le détruisent. C'est plus facile que d'accepter d'être aimé, parce qu'accepter d'être aimé, c'est prendre le risque d'être abandonné.— Oui. C'est exactement ça.— Et maintenant, vous voulez changer ce schéma.— Oui. Je veux apprendre à recevoir son amour. À lui faire confiance. À ne plus avoir peur qu'elle parte.— C'est un beau projet. Un projet difficile, mais beau. Et je suis là pour vous aider.Je la regarde. Elle
Luck s'approche du lit. Il s'arrête, maladroit, ne sachant pas quoi dire. Puis il prend une grande inspiration.— Leo, je suis désolé. Pour le restaurant. Pour avoir douté de ta sœur. Pour avoir failli à ma promesse. Je suis désolé.Leo le regarde longuement. Puis il tend sa main, celle qui n'a pas de perfusion.— Serre-moi la main, dit-il.Luck s'exécute, doucement, avec précaution.— Plus fort. Je ne suis pas en sucre.Luck serre plus fort. Leo soutient son regard.— Prends soin d'elle. C'est tout ce que je te demande. Prends soin de ma sœur.— Je le ferai. Je te le promets.— Bien. Alors on n'en parle plus. Maintenant, racontez-moi. Qu'est-ce que
Je ris doucement, un rire mouillé de larmes.— Tu as toujours veillé sur moi. Même quand tu ne le savais pas.Je sors de la chambre. Je traverse les couloirs de l'hôpital, mes pas résonnant sur le linoléum. Je salue les infirmières, je prends l'ascenseur, je sors dans l'air frais du soir.Et je rentre chez nous.Alessandra---La maison est silencieuse quand je pousse la porte.Trop silencieuse. Le salon est vide, la cuisine est vide, les chambres sont vides. Une boule d'angoisse se forme dans ma poitrine. Où est-il ? Est-il parti ? M'a-t-il abandonnée, cette fois ?Puis je vois la lumière, sous la porte de son bureau.Je m'approche doucement. La porte est entrouverte. Je la pousse, sans bruit.
Alessandra— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu.La voix de Leo est douce, presque un murmure. Il est allongé dans son lit d'hôpital, pâle, fatigué, mais ses yeux brillent de cette sagesse étrange qu'il a toujours eue, même enfant. Je suis assise à son chevet, ma main dans la sienne, et je l'écoute.— Ça n'excuse pas tout, continue-t-il. Il reste responsable de ce qu'il fait. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche entre vous, tu dois l'aider à guérir.Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde par la fenêtre, le ciel gris de cette fin d'après-midi, les arbres dénudés qui se balancent dans le vent.
GabrielSans un mot, je saisis son poignet, celui qui tient l’éponge. Il est fin, fragile sous mes doigts. Je l’attire vers moi, dans l’eau. Elle ne résiste pas. Elle tombe plutôt qu’elle ne entre, un mouvement passif, créant une vague qui déborde sur le sol de marbre. L’eau chaude l’enveloppe, la
AlessandraIl se tourne vers moi, un sourcil légèrement levé. Dans la lumière tamisée de la cabine, son visage est un masque de pierre polie.— Quel numéro ? Je t’ai fait traverser un hall. C’est toi qui en as fait un spectacle.— En me faisant porter ça ? En me traînant comme un… un accessoire ?—
AlessandraIl ne vient jamais jusqu’ici. Le Patron le convoque, ou lui envoie Claire. Pour une embauche, encore moins. Le protocole est bousculé, et ça se voit sur son front légèrement moite.Claire le précède, frappant discrètement à la porte ouverte.— Monsieur Ferrand est là, Monsieur.— Faites
AlessandraIl redescend alors. Sa bouche quitte mes seins, emprunte le chemin plat de mon ventre, et avant que je ne réalise son intention, elle est là, à la place de ses doigts.Le choc est absolu.C’est une sensation que je n’ai jamais connue, que je n’aurais jamais pu imaginer. La chaleur humide







