LOGINSofiaSperanza. Espoir. Notre fille a les yeux clairs de son père et mes cheveux noirs. Dès qu'elle ouvre les yeux, elle crie. Et Lorenzo, l'ancien parrain, celui qui faisait trembler des empires, se lève à trois heures du matin pour préparer des biberons.Je le regarde du lit, épuisée, amusée, amoureuse. Il tient le bébé maladroitement, comme une grenade dégoupillée. Il chante des berceuses napolitaines d'une voix fausse et grave. Speranza s'endort contre son torse, et il la repose dans le berceau avec des gestes d'orfèvre. Puis il se glisse contre moi, et nous nous écroulons, trop fatigués pour autre chose que dormir.Mais la routine est un poison lent. Plus de danger. Plus de complots. Plus de cette adrénaline qui nous soudait l'un à l'autre. Le désir s'émousse. Les futilités deviennent des montagnes. Nous nous disputons pour la vaisselle, pour le sel, pour un mot mal interprété. Un soir, je lui lance une assiette. Il la rattrape au vol, et nous restons là, tous les deux, haletants
SofiaL'atelier n'existe plus.Je regarde les murs blancs, et je ne reconnais rien. Les toiles sont lacérées. Les chevalets, brisés. Les pots de peinture éclatés contre le sol, comme des blessures ouvertes, rouges, bleues, noires. L'odeur de térébenthine me prend à la gorge, mais ce n'est rien comparé à la main de Lorenzo sur ma nuque. Ses doigts sont glacés. Son souffle contre mon oreille est celui d'un étranger.— Regarde ce que tu m'as obligé à faire.Sa voix n'est plus la sienne. C'est celle d'un homme qui a franchi une ligne que je ne savais même pas voir. Marco. Le nom claque dans ma tête comme une détonation. Marco qui lui a murmuré des poisons, qui a distillé le doute, qui m'a montrée en train de parler à Luca. Juste parler. Juste chercher de l'aide parce que je ne savais plus comment respirer dans cette cage dorée qui se refermait sur moi. Mais Lorenzo ne voit pas la nuance. Il ne voit que la trahison.— Je ne t'ai pas trahi.Ma voix tremble, et je la déteste pour ça. Ses doi
C'est Sofia. Et Luca.Ils sont dans un café. Celui du quartier. Le même où je l'avais emmenée, il y a une éternité, quand tout était plus simple, quand je croyais encore pouvoir la garder en dehors de tout ça, quand je pensais que notre histoire pouvait ressembler à une histoire normale. La photo est prise à travers la vitre. On voit la buée sur la vitre, ces petites gouttelettes de condensation qui brouillent légèrement les bords de l'image, créant un halo flou, presque onirique. Et leurs deux visages à l'intérieur, nets, éclairés par la lumière tamisée du lieu. Ils se font face. Ils sont penchés l'un vers l'autre, par-dessus
On reste là, enlacés, dans le chaos blanc de l'atelier. La peinture fraîche colle nos vêtements à notre peau. Le sol est jonché de pinceaux, de rouleaux, de traces de pas multicolores qui racontent notre bataille. Dehors, la neige s'est remise à tomber. Les flocons sont plus gros, plus lents, comme des plumes d'oie qui descendent doucement du ciel gris. Le monde est silencieux. Le cyclone est passé. Nous sommes dans l'œil. Dans le calme trompeur avant que le mur de vent ne revienne.Je le sais. Je le sens dans le fond de mon ventre, cette petite boule d'angoisse qui ne me quitte jamais vraiment. Elle est là, lovée dans mes entrailles, une présence froide et dure. Cette paix est un sursis. Rien de plus. Une pause entre deux actes de la tragédie. Mais pour l'instant, dans cet atelier blanc, avec ses bras autour de moi et la neige qui tombe dehors, avec l'odeur de l
Il hausse un sourcil, surpris. La ride entre ses yeux se creuse légèrement.— L'atelier ?— Il est sombre. Les murs sont tristes, d'un blanc sale qui a viré au gris avec les années, comme une dentelle qui aurait jauni. La peinture s'écaille par plaques, comme une peau malade qui se desquame. Il y a des traces de moisissure dans le coin près de la fenêtre, là où l'humidité s'infiltre depuis des années, dessinant des cartes de pays imaginaires en noir et vert. Je veux en faire un endroit où j'ai envie d'aller, pas un endroit où je me cache. Un lieu de création, de lumière, de vie. Pas un refuge pour mes peurs et mes angoisses. Tu m'aides ?
SofiaCe matin, le monde est blanc.La neige est tombée toute la nuit, silencieuse, obstinée. Une neige lourde, épaisse, qui s'accumule sur les branches des arbres jusqu'à les faire ployer, sur le toit de la maison jusqu'à recouvrir les tuiles sombres, sur la pelouse jusqu'à effacer toute trace de vert. Elle a étouffé les bruits du jardin. Plus de chant d'oiseau. Plus de craquement de branche. Plus de vent dans les feuilles mortes. Elle a recouvert la grille noire qui ressemble maintenant à une dentelle de fer forgé, un motif délicat et fragile pris dans la glace. Elle a gommé les angles trop durs de la maison, arrondi les arêtes, adouci les contours. Par la fenêtre, tout est doux, ouaté, i
LorenzoJe remplis mon verre à ras bord, le vide d’un trait. Le feu coule dans ma gorge, dans mes veines. C’est mieux. C’est un début.— Alors, me chuchote Katia, essayant de reprendre le contrôle. On s’amuse ?Je pose mon regard sur la nouvelle.— Toi. Raconte-moi un secret. Un vrai.Elle devient
LorenzoLa journée a été un champ de mines.Chaque réunion, chaque appel, un territoire où le moindre faux pas pouvait tout faire sauter. Les regards de mes associés, un peu trop insistants. Les silences entre les phrases, un peu trop lourds. Ils savent. Ils ne savent pas tout, mais ils sentent le
SofiaJe me dirige vers la cuisine, d’un pas de somnambule. Les couteaux sont là, rangés dans un bloc de bois. Ils brillent sous la veilleuse. Ma main se tend. Elle effleure le manche d’un grand couteau de chef, froid et lourd.La tentation est un vertige. Un moyen de briser le silence pour de bon.
SofiaLa nuit tombe. Lorenzo n’est toujours pas revenu. Son absence est un rappel constant. Il me laisse mariner dans le silence qu’il a ordonné. C’est la première phase de mon châtiment. La solitude au milieu des siens.Ce n’est que tard, bien après minuit, que j’entends la Ferrari gronder dans l’







