LOGINSofiaJe n'ai pas dormi.J'ai passé la nuit à regarder le plafond. À compter les fissures. À écouter les battements de mon cœur. À repenser à la proposition de Marco. Donner le code, ou perdre Lorenzo. Perdre tout.J'ai pesé le pour et le contre. J'ai imaginé les scénarios. J'ai vu la colère de Lorenzo, sa déception, sa violence. J'ai vu Marco triomphant, les mains sales de mon silence.À 5 heures du matin, j'ai pris ma décision.Je vais jouer double jeu.Je vais faire croire à Marco que j'accepte. Je vais lui donner un faux code, une fausse piste, un leurre. Je vais le laisser croire qu'il a gagné. Et en réalité, je vais prévenir Lorenzo. Je vais tout lui dire. Je vais le protéger. Par tous les moyens.C'est dangereux. C'est risqué. Si Marco découvre la supercher
Je suis restée à la maison. Seule. Mais je ne suis pas tranquille.La maison est silencieuse. Trop silencieuse. Les murs respirent. Le parquet craque. Chaque bruit me fait sursauter. Chaque ombre me semble menaçante.L'atelier. J'y vais. C'est le seul endroit où je me sens moi-même. Où je ne suis ni la femme de Lorenzo, ni la cible de Marco, ni l'otage d'aucun jeu.J'ouvre la porte. L'odeur de fusain, de papier, de craie. Une odeur d'enfance, de liberté, de vérité. La lumière est grise à travers les grandes vitres. Les chevalets sont vides. Les crayons sont rangés dans des pots de verre.Le fusain traîne encore sur la table, là où Lorenzo a dessiné. Je le prends. Il est plus petit que la dernière fois, usé par son usage maladroit. Je le sens entre mes doigts. Il est doux, poudreux.Je prends le carnet. Je l'ouvre
LorenzoElle est rentrée avec une odeur.Pas son parfum habituel. Pas la vanille et le bois de cèdre qu'elle porte depuis toujours, depuis le premier jour où je l'ai vue. Non. Une autre. Plus âcre, plus masculine. Du cuir et du tabac froid. Et quelque chose d'autre, plus subtil. Du café, peut-être. Ou de la sueur. De la peur.Luca. Je le sais. Mon instinct ne me trompe jamais. Je l'ai senti dès qu'elle a franchi la porte. Dès qu'elle a posé les yeux sur moi.Toute la nuit, je tourne dans le lit. Je compte les secondes. Je compte les battements de mon cœur. À côté d'elle, elle respire doucement, fait semblant de dormir. Mais je sais qu'elle ne dort pas. Son souffle est trop régulier, trop maîtrisé. Une comédienne. Ma comédienne.Moi, je rumine. Les pensées défilent, s'enchaînent, se rép&egr
SofiaMon téléphone vibre dans ma poche. La vibration est discrète, mais elle me traverse comme une décharge. Je suis dans la salle de bains. L'eau coule dans la baignoire, épaisse, fumante, chargée d'huiles essentielles que j'ai ajoutées sans y penser. Lavande, camomille. Des odeurs censées apaiser. Elles ne servent à rien.Lorenzo est en bas, occupé à passer des appels. Des affaires, dit-il. Des affaires propres, jure-t-il. Je l'entends parfois, sa voix qui monte, qui descend, qui négocie. Il y a des mots que je ne comprends pas. Des noms. Des chiffres.Je sors le téléphone. L'écran est éclatant dans la pénombre de la salle de bains. Luca.Un SMS. Je le lis une fois. Deux fois. Trois fois.« Il faut qu'on se voie. J'ai des informations sur Marco. Il prépare quelque chose. »Mon cœur s
SofiaLa cuisine sent le café et le beurre chaud. Une odeur normale, presque banale, qui contraste avec tout ce que nous avons vécu. Les murs sont blancs, les placards en bois clair, les torchons propres suspendus à la barre au-dessus de l'évier. Rien ici ne rappelle le sang, les menaces, les nuits de veille où j'écoutais ses pas dans le couloir.Lorenzo est devant la plaque, en train de retourner des œufs. Il a enfilé un simple t-shirt noir, ses pieds sont nus sur le carrelage. Je remarque ses orteils, ses chevilles fines. Des détails que je n'avais jamais vus. Il a l'air vulnérable, ainsi. Presque fragile. La lumière du matin dessine les muscles de ses épaules sous le tissu, mais il n'y a rien de menaçant dans sa posture. Juste un homme qui fait à manger.— Tu sais faire à manger, toi ?Ma voix est plus douce que je ne l'aurais voulu. Il se retourne, une spatule à la main. Une mèche de cheveux lui tombe sur le front. Il souffle dessus, machinalement.— Je sais faire beaucoup de chos
SofiaJe n'ai pas dormi.Allongée dans mon lit, j'ai écouté les bruits de la maison. Les craquements du bois, le vent contre les vitres, la chaudière qui s'allume dans la cave. Et par-dessus tout, le silence de sa chambre, à l'autre bout du couloir. Il ne rôde pas, cette nuit. Il ne fait pas les cent pas devant ma porte. Il dort, peut-être. Ou il pense, comme moi.Au matin, la lumière est grise, laiteuse. Une lumière d'hiver qui promet la neige sans jamais la tenir. Je me lève, je passe une robe de chambre épaisse, je vais à la fenêtre. Le jardin est gelé, les pelouses craquantes sous les pas des oiseaux qui cherchent leur nourriture.Je pense au carnet. Il est dans l'atelier, sur la table. Il m'attend.Je sors de la chambre, je traverse le couloir. Devant la porte de l'atelier, je m'arrête. Hier, il est entré sans frapper
SofiaJ'ai mal aux épaules.Je broie depuis des heures, sans m'en rendre compte. La poudre de noir d'ivoire est devenue une pâte onctueuse, prête à être mélangée à l'huile. Demain, je pourrai commencer
LorenzoElle le reçoit comme on reçoit un coup. Son visage se ferme, mais ses yeux s'ouvrent, plus grands, plus brillants. Elle vacille, presque imperceptiblement.— Tu ne m'as jamais eue, Lorenzo. Tu as eu
LorenzoSon visage est lisse, fermé. Mais ses yeux... ses yeux me dévorent, cherchent à comprendre. Elle regarde le paquet, puis moi, puis le paquet à nouveau.— Qu'est-ce que c'est ?— Ouvre.—
LorenzoIl est onze heures quand je sors de la librairie.Le carnet est dans un paquet, sobre, en papier brun. Je l'ai choisi avec un soin méticuleux, presque maladif. Reliure de cuir noir, souple comme une peau, papier







