LOGINMa voix ne tremble pas. Elle est stable, grave, presque solennelle. Je suis lucide. Plus que je ne l'ai jamais été. Je comprends ce jeu, maintenant. Ce jeu dangereux, toxique, magnifique, qu'est l'amour avec Lorenzo Rossi. Je comprends que c'est une transaction de pouvoir. Une danse sur une lame de rasoir. Un équilibre précaire entre la domination et la soumission, entre la possession et le don, entre la destruction et la création. Et pour qu'il se sente roi, il faut parfois que je sois le royaume conquis. Pas une défaite. Un don. Un don de soumission consenti, choisi, voulu. La seule forme de pouvoir que je puisse exercer sur lui : le pouvoir de lui donner ce qu'il ne peut pas prendre de force. Mon abandon.— Prends-moi. Comme tu veux. Où tu veux. Fais de moi ce que tu veux. Utilise-moi. Brise-moi. Remplis-m
SofiaLa photo est en morceaux sur la table de la cuisine. Des confettis de mémoire. Un puzzle impossible à reconstruire. Mais dans la tête de Lorenzo, elle est intacte. Vivace. Brûlante. Je le vois à la façon dont ses pupilles se dilatent encore quand il regarde les fragments, comme s'il pouvait voir à travers le papier déchiré l'image fantôme de Luca et moi.Il n'a pas bougé depuis une heure. Assis, les mains à plat sur le bois, la tête penchée en avant. La veine sur sa tempe bat, régulière, obstinée. Un métronome de colère rentrée. La cuisine est silencieuse. Même le réfrigérateur semble retenir son ronronnement. L'horloge murale égrène les secondes avec une lenteur cruelle. Chaque tic-
Elle s'assoit. Ses mains tremblent autour de sa tasse. La bouilloire siffle. Personne ne l'arrête. Elle finit par s'éteindre toute seule. Le silence revient. Lourd. Épais. Insoutenable.— On s'est rencontrés à la fac. Il était en droit, moi en arts. On était différents. Lui, sérieux, appliqué, carriériste. Moi, libre, insouciante, rêveuse.— Tu l'as aimé ?— Oui.Le mot me frappe comme un coup de poing. En pleine poitrine. Je sens l'impact. La douleur. Le vide.— Combien de temps ?— Deux ans. Puis on s'est séparés. Il voulait que je sois quelqu'un d'autre. Plus rangée. Plus prévisible. Plus sage. Il voulait une femme qui corresponde à son image, à son statut, à ses ambitions.— Et toi ?— Je ne savais pas qui j'étais. Je ne savai
Chacun attend que l'autre baisse les yeux. Chacun attend que l'autre flanche.Puis il baisse les yeux le premier.— Va-t'en, Sofia. Va-t'en avant que je change d'avis. Va-t'en pendant que je te laisse partir.Je me lève. Mes jambes tremblent. Mon cœur bat la chamade. Mes mains sont moites.Je traverse son bureau. Je sens son regard dans mon dos. Je sens sa haine, son admiration, sa fascination.Je sors. La porte se ferme derrière moi.Dehors, le soleil est éclatant. Il me frappe les yeux. Je cligne. Je plisse. Je lève la main pour me protéger.J'ai gagné. Cette fois.Mais le poison est injecté. Le doute est là. Dans sa tête. Dans la mienne. Partout.Il va envoyer la photo. Pas ce soir, peut-être. Pas demain. Mais un jour. Quand je m'y attendrai le moins. Quand je serai heureuse. Quand je baisserai ma garde.Je rentre &agr
Mon cœur s'arrête.Je le sens. L'arrêt. Le vide. Puis le redémarrage, plus fort, plus vite.— Tu es fou.— Je suis réaliste. Lorenzo est un poids mort. Il t'étouffe. Il te détruit. Tu es son otage, pas sa femme. Chaque jour passé avec lui, tu meurs un peu. Tu le sais. Tu le sens. Pourquoi tu restes, sinon ?— Parce que je l'aime.— Tu aimes l'idée de lui. Tu aimes le danger. Tu aimes te dire que tu peux le sauver. Mais tu ne peux pas. Personne ne peut. Il est trop profondément enfoncé dans l'ombre.— Je ne te ferai pas confiance.— Tu n'as pas besoin de me faire confiance. Tu as besoin de survivre.Il sort son téléphone. La photo. L'écran éclaire son visage. Les ombres creusent ses traits. Il ressemble à un démon. Un démon en costume.— Tu as ju
On reste comme ça, longtemps.La tasse de thé refroidit. La lumière de l'après-midi traverse la fenêtre, dessine des ombres sur le sol, sur les murs, sur nos corps enlacés.Mario n'ose pas rentrer. Il attend dehors. Il écoute, peut-être. Il rapporte, sûrement. Mais je m'en fous. Pour l'instant, je m'en fous.Dehors, le monde continue. Les gens vivent, aiment, meurent. Les voitures passent. Les nuages défilent. Les saisons changent.Mais ici, dans cette cuisine, il n'y a que nous.Pour l'instant.Pour toujours, peut-être.Je n'en sais rien.Mais pour l'instant, ça suffit.Chapitre 40 : La Proposition IndécenteSofia22 heures.Le jardin est noir. Pas une lumière. Pas une étoile. Les nuages ont recouvert le ciel. L'air est lourd, chargé d'hu
LorenzoLa journée a été un champ de mines.Chaque réunion, chaque appel, un territoire où le moindre faux pas pouvait tout faire sauter. Les regards de mes associés, un peu trop insistants. Les silences entre les phrases, un peu trop lourds. Ils savent. Ils ne savent pas tout, mais ils sentent le
SofiaLa question me frappe ce matin, nette et tranchante comme un couteau à cran d’arrêt.Est-ce que je l’aime ?Je la pose à mon reflet dans le miroir immense de la salle de bains en marbre, tandis que Lorenzo se rase avec une précision chirurgicale, le dos tourné. La vapeur de son eau chaude a b
SofiaSon regard me transperce, cherchant une réaction. Une larme, peut-être. Un tremblement. Je ne lui offre que le reflet de la lampe dans mes yeux.— Oui, dis-je. Il est bon de renouveler.Je tourne les talons et m’en vais. Je sens son regard dans mon dos, lourd, perplexe.L’après-midi, j’ose un
SofiaLe fantôme apprend à marcher sans faire craquer les parquets.Il apprend les horaires de la maison. Marco part à 7h30 précises chercher le journal et les cornetti au bar de la piazza. Elena, la femme de ménage, fait les chambres entre 10h et midi, en fredonnant toujours la même aria traînante







