LOGINSofia
Ce matin, le monde est blanc.
La neige est tombée toute la nuit, silencieuse, obstinée. Une neige lourde, épaisse, qui s'accumule sur les branches des arbres jusqu'à les faire ployer, sur le toit de la maison jusqu'à recouvrir les tuiles sombres, sur la pelouse
C'est Sofia. Et Luca.Ils sont dans un café. Celui du quartier. Le même où je l'avais emmenée, il y a une éternité, quand tout était plus simple, quand je croyais encore pouvoir la garder en dehors de tout ça, quand je pensais que notre histoire pouvait ressembler à une histoire normale. La photo est prise à travers la vitre. On voit la buée sur la vitre, ces petites gouttelettes de condensation qui brouillent légèrement les bords de l'image, créant un halo flou, presque onirique. Et leurs deux visages à l'intérieur, nets, éclairés par la lumière tamisée du lieu. Ils se font face. Ils sont penchés l'un vers l'autre, par-dessus
On reste là, enlacés, dans le chaos blanc de l'atelier. La peinture fraîche colle nos vêtements à notre peau. Le sol est jonché de pinceaux, de rouleaux, de traces de pas multicolores qui racontent notre bataille. Dehors, la neige s'est remise à tomber. Les flocons sont plus gros, plus lents, comme des plumes d'oie qui descendent doucement du ciel gris. Le monde est silencieux. Le cyclone est passé. Nous sommes dans l'œil. Dans le calme trompeur avant que le mur de vent ne revienne.Je le sais. Je le sens dans le fond de mon ventre, cette petite boule d'angoisse qui ne me quitte jamais vraiment. Elle est là, lovée dans mes entrailles, une présence froide et dure. Cette paix est un sursis. Rien de plus. Une pause entre deux actes de la tragédie. Mais pour l'instant, dans cet atelier blanc, avec ses bras autour de moi et la neige qui tombe dehors, avec l'odeur de l
Il hausse un sourcil, surpris. La ride entre ses yeux se creuse légèrement.— L'atelier ?— Il est sombre. Les murs sont tristes, d'un blanc sale qui a viré au gris avec les années, comme une dentelle qui aurait jauni. La peinture s'écaille par plaques, comme une peau malade qui se desquame. Il y a des traces de moisissure dans le coin près de la fenêtre, là où l'humidité s'infiltre depuis des années, dessinant des cartes de pays imaginaires en noir et vert. Je veux en faire un endroit où j'ai envie d'aller, pas un endroit où je me cache. Un lieu de création, de lumière, de vie. Pas un refuge pour mes peurs et mes angoisses. Tu m'aides ?
SofiaCe matin, le monde est blanc.La neige est tombée toute la nuit, silencieuse, obstinée. Une neige lourde, épaisse, qui s'accumule sur les branches des arbres jusqu'à les faire ployer, sur le toit de la maison jusqu'à recouvrir les tuiles sombres, sur la pelouse jusqu'à effacer toute trace de vert. Elle a étouffé les bruits du jardin. Plus de chant d'oiseau. Plus de craquement de branche. Plus de vent dans les feuilles mortes. Elle a recouvert la grille noire qui ressemble maintenant à une dentelle de fer forgé, un motif délicat et fragile pris dans la glace. Elle a gommé les angles trop durs de la maison, arrondi les arêtes, adouci les contours. Par la fenêtre, tout est doux, ouaté, i
Il jouit dans un cri étouffé, le visage enfoui dans mon cou, contre la morsure. Son cri est rauque, presque douloureux. Un cri de libération et de défaite. Son corps entier se contracte, se tend comme un arc, puis s'effondre sur le mien, lourd, moite, inerte. Sa respiration est saccadée, irrégulière. Il halète contre ma peau. Je sens son cœur cogner contre mon dos. Un galop qui ralentit peu à peu. Un cheval sauvage qui accepte enfin le mors. La sueur colle sa peau à la mienne. Nous sommes soudés l'un à l'autre par cette humidité tiède et salée.On reste longtemps ainsi. Silencieux. Soudés. Le temps n'existe plus. Il n'y a que ce moment suspendu, cette bulle hors du monde. Il ne se retire pas. Comme s'il voulait rester en moi le plus longtemps poss
Ma voix ne tremble pas. Elle est stable, grave, presque solennelle. Je suis lucide. Plus que je ne l'ai jamais été. Je comprends ce jeu, maintenant. Ce jeu dangereux, toxique, magnifique, qu'est l'amour avec Lorenzo Rossi. Je comprends que c'est une transaction de pouvoir. Une danse sur une lame de rasoir. Un équilibre précaire entre la domination et la soumission, entre la possession et le don, entre la destruction et la création. Et pour qu'il se sente roi, il faut parfois que je sois le royaume conquis. Pas une défaite. Un don. Un don de soumission consenti, choisi, voulu. La seule forme de pouvoir que je puisse exercer sur lui : le pouvoir de lui donner ce qu'il ne peut pas prendre de force. Mon abandon.— Prends-moi. Comme tu veux. Où tu veux. Fais de moi ce que tu veux. Utilise-moi. Brise-moi. Remplis-m
SofiaJe n'ai pas dormi.Allongée dans mon lit, j'ai écouté les bruits de la maison. Les craquements du bois, le vent contre les vitres, la chaudière qui s'allume dans la cave. Et par-dessus tout, le silence de sa chambre, à l'a
SofiaLe plafond est un désert de stuc blanc. Je le fixe, les bras en croix, mes poignets brûlant là où ses doigts se sont incrustés. Le poids de son corps, l’odeur de l’alcool et de la fureur, tout s’est évaporé d’un coup, laissant un vide électrique dans l’air.Je ne tremble pas. Une étrange rigi
LorenzoLe sujet est un test. Une petite braise qu’elle jette sur l’essence de ma colère. Elle parle de ses parents, de leur exclusion, de l’isolement que j’ai soigneusement orchestré. Elle le nomme, tranquillement.— C’est sans doute mieux ainsi, dis-je, ma voix plus rauque que je ne le voudrais.
LorenzoJe remplis mon verre à ras bord, le vide d’un trait. Le feu coule dans ma gorge, dans mes veines. C’est mieux. C’est un début.— Alors, me chuchote Katia, essayant de reprendre le contrôle. On s’amuse ?Je pose mon regard sur la nouvelle.— Toi. Raconte-moi un secret. Un vrai.Elle devient







