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CHAPITRE 21 : LA BRAISE 1

Author: Darkness
last update publish date: 2026-03-16 04:51:51

Le restaurant est vide. Noir. Froid.

J'introduis la clé dans la serrure de la porte de service, celle par laquelle on livre les marchandises, celle que personne n'utilise jamais. Mes doigts tremblent. De froid ? De peur ? De cette chose inavouable qui pulse dans ma poitrine depuis que j'ai vu Mathis debout dans l'encadrement de la porte d'Antoine, défait, ivre de gin et de vérité.

Derrière moi, je l'entends respirer. Il n'a pas dit un mot depuis que nous avons quitté l'appartement. Il suit. C'e
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    Ma voix se brise à nouveau. Je pleure maintenant. Sans bruit. Les larmes coulent sur mes joues, tombent sur l'oreiller, disparaissent dans le tissu. Mais je continue. Il faut que je continue.— Elle a dit : "Tu vas te relever, ma fille. Pas pour lui. Pas pour moi. Pour toi. Parce que tu es vivante. Parce que tant qu'on est vivant, on a le droit de se tromper. On a le droit de tomber. On a même le devoir de se relever. C'est ça, être vivant. Tomber, se relever, tomber encore, se relever encore. Jusqu'à ce que le corps ne puisse plus. Mais tant que le corps peut, on se relève. C'est la seule chose qui compte. Le reste, c'est du bruit."Je renifle. Je respire. Je continue.— Elle est morte trois semaines plus tard. Cancer du pancréas. Foudroyant. Elle le savait quand elle est venue me voir. Elle savait qu'elle allait mourir. Les médecins lui avaient donné quelques semaines, tout

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    Ma voix se brise. Je continue quand même. Il le faut. Si je m'arrête maintenant, je ne reprendrai jamais.— Il l'a fait sur l'assiette du dessert. Une tarte tatin, sa spécialité. Celle qu'il faisait quand il voulait faire plaisir, quand il voulait célébrer quelque chose, quand il voulait dire "je t'aime" sans avoir à le dire. Il a passé son pouce sur le bord. Doucement. Comme une caresse. Et puis il est tombé.Le silence qui suit est absolu. Même la pluie semble s'être arrêtée, suspendue dans sa course, respectueuse de ce moment sacré où je mets enfin des mots sur l'innommable.— J'étais en salle ce soir-là. Je faisais le service avec ma mère. J'avais seize ans. Seize ans, et je croyais que mon père était immortel. Que rien ne pourrait jamais l'atteindre. Qu'il serait toujours là, de

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    Je tourne la tête vers la fenêtre. La pluie dessine des rigoles sur la vitre, des chemins d'eau qui se croisent, se séparent, se rejoignent. Comme des vies. Comme des destins.— Je passais mes mercredis après-midi dans sa cuisine. Ma mère ne voulait pas. Elle disait que ce n'était pas une place pour une enfant, que j'allais me brûler, me couper, me faire mal. Mais mon père insistait. Il disait : "Laisse-la venir. Elle a le feu dans les yeux. Ce feu, il faut le nourrir, pas l'éteindre." Alors tous les mercredis, après l'école, je courais jusqu'au restaurant. Je poussais la porte de la cuisine, et il était là, derrière ses fourneaux, immense, puissant, comme un roi dans son royaume. Il m'installait sur un tabouret haut, près du plan de travail. Un vieux tabouret en bois, tout branlant, avec des taches de peinture écaillée. Je l'adorais, ce tabo

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    CarlaIl est trois heures du matin quand je me mets à parler. Peut-être trois heures et quart. Peut-être quatre heures. Je ne sais plus. Le temps s'est arrêté quelque part entre le crépuscule et l'aube, suspendu dans cette chambre qui sent encore la pluie, la sueur douce de nos corps mêlés, et cette odeur particulière que prennent les draps quand on a trop attendu pour les changer. Une odeur de vie. De vrai. De nous.Mathis est allongé à côté de moi. Il ne dort pas. Je le sais à sa respiration, trop consciente, trop retenue pour appartenir au sommeil. Il a les yeux ouverts dans le noir, fixés sur le plafond où les ombres des gouttes de pluie glissent comme des larmes vivantes, mouvantes, presque organiques. La pluie tombe sans discontinuer depuis des heures, un rideau liquide et gris qui isole le monde, qui nous enferme dans cette bulle tiède, ce cocon fragile où tout peut être dit, tout peut être entendu, tout peut être pardonné.Il attend. Il sait. Il a senti que quelque chose remon

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    CarlaC'est lui qui parle, quelques nuits plus tard.On est dans le noir, allongés sur le dos, les mains jointes entre nous. La pluie tambourine contre la fenêtre. L'air est lourd, chargé d'orage. Je sens sa paume contre la mienne, chaude, un peu moite. Il respire fort, comme s'il se préparait à plonger. Comme s'il allait dire quelque chose qu'il n'a jamais dit à personne.— Mon père, dit-il, je ne l'ai jamais connu.Je ne dis rien. Je serre sa main un peu plus fort. Je sens ses doigts répondre à la pression.— Il est parti avant ma naissance. Pas mort. Parti. Il a pris ses affaires, un matin, et il n'est jamais revenu. Ma mère n'a jamais voulu me dire pourquoi. Elle disait juste : "Il n'était pas fait pour la vie de famille." Comme si c'était une excuse. Comme si ça suffisait à expliquer l'absence. Comme si ça justifiai

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