FAZER LOGINElle lève la tête, plonge ses yeux dans les miens. Ils sont fatigués, cernés, mais pleins de cette lumière que j'aime tant. La lumière de quelqu'un qui a peur, mais qui avance quand même. La lumière de quelqu'un qui aime, et qui est aimé en retour.— Je t'aime, Mathis Morel.— Je t'aime, Carla Fontane. Étoile ou pas. Guide ou pas. Pour toujours.Elle se blottit contre moi, et nous restons là, dans la cuisine silencieuse, à attendre. Ensemble. Et dans cette attente partagée, il n'y a plus d'angoisse. Juste de la présence. De l'amour. De la confiance.CarlaC'est un lundi matin, jour de fermeture, que l'enveloppe arrive enfin. Je suis dans la cuisine, en train de ranger les couteaux, de nettoyer les plans de
MathisLes semaines qui suivent sont les plus longues de ma vie. Chaque matin, je descends chercher le courrier avant que Carla ne se réveille. Je trie les enveloppes, les factures, les publicités, le cœur battant. Je cherche l'enveloppe du guide, cette enveloppe blanche ou brune, je ne sais pas, qui contient le verdict. Mais elle n'arrive pas. Jour après jour, elle n'arrive pas.Carla fait semblant de ne pas attendre. Elle descend à la cuisine, allume ses fourneaux, commence ses préparations comme si de rien n'était. Elle parle de la carte, des nouveaux produits, des fournisseurs à rappeler. Elle ne mentionne jamais le guide, jamais l'inspection, jamais l'étoile. Mais je la vois. Je vois ses mains qui tremblent un peu plus que d'habitude quand elle saisit un couteau. Je vois son regard qui se perd p
MathisLes semaines qui suivent sont les plus longues de ma vie. Chaque matin, je descends chercher le courrier avant que Carla ne se réveille. Je trie les enveloppes, les factures, les publicités, le cœur battant. Je cherche l'enveloppe du guide, cette enveloppe blanche ou brune, je ne sais pas, qui contient le verdict. Mais elle n'arrive pas. Jour après jour, elle n'arrive pas.Carla fait semblant de ne pas attendre. Elle descend à la cuisine, allume ses fourneaux, commence ses préparations comme si de rien n'était. Elle parle de la carte, des nouveaux produits, des fournisseurs à rappeler. Elle ne mentionne jamais le guide, jamais l'inspection, jamais l'étoile. Mais je la vois. Je vois ses mains qui tremblent un peu plus que d'habitude quand elle saisit un couteau. Je vois son regard qui se perd parfois, au milieu d'une phrase, fixé sur un point invisible. Je v
Et moi, je suis au passe, comme mon père autrefois. Je vérifie chaque assiette avant qu'elle ne parte en salle. Je ne laisse rien passer. Pas une trace de doigt, pas une goutte de sauce mal placée, pas une herbe fanée. Je passe mon pouce sur le bord, machinalement, pour enlever une éventuelle trace de doigt, de sauce, de rien. Le geste de mon père. Son geste d'amour. Et chaque fois que je le fais, je sens sa présence, tout près, comme s'il était là, derrière moi, à regarder par-dessus mon épaule, à sourire de ce sourire rare et précieux qu'il n'offrait qu'aux moments parfaits.Mathis est en salle, comme souvent maintenant. Il a pris goût au service, à ce contact avec les clients, à cette autre façon de participer à la vie du restaurant. Il dit que servir, c'est une autre forme d'écriture, une autre façon
Les larmes coulent sur mes joues. Silencieuses, chaudes, libératrices. Je ne les retiens pas. Je n'ai plus la force de les retenir. Il les essuie doucement, du bout des doigts, avec une tendresse infinie. Puis il pose ses lèvres sur mon front, longtemps, comme une bénédiction.— Viens, dit-il. Viens dormir. Demain est un autre jour. Et quoi qu'il apporte, on l'affrontera ensemble. Comme on a affronté tout le reste. Ensemble.Je le suis dans la chambre. Je me glisse sous les draps, épuisée, vidée, mais étrangement calme. Il s'allonge à côté de moi, passe un bras autour de ma taille, pose ses lèvres sur mon front. Sa respiration est lente et régulière, et je cale la mienne sur la sienne.— Je t'aime, Carla Fontane. Étoile ou pas. Guide ou pas. Pour toujours.— Je t'aime, Mathis M
Je ne respire plus. Le monde s'arrête. Les bruits de la cuisine s'éteignent, les voix de l'équipe se taisent, le temps se fige. Il n'y a plus que cette assiette qui traverse la salle, portée par l'homme que j'aime, vers la femme qui détient peut-être mon avenir. Mathis marche lentement, précautionneusement, comme s'il portait le Saint-Sacrement. Il pose l'assiette devant elle avec une révérence presque cérémonieuse. Il murmure quelque chose que je n'entends pas, probablement le nom du dessert, sa composition, une formule de politesse. Puis il s'éloigne, me jette un dernier regard, et disparaît vers la cuisine. Elle la regarde arriver. Elle observe la couleur, la texture, le dressage. Elle prend le temps de tout voir, de tout enregistrer. La dorure de la pâte, la transparence des pommes, la brillance du caramel, la texture de la glace qui commence tout juste à fondre. Puis elle prend sa cuillère, la plonge dans la tarte, dans la glace, dans le ca
CARLALa nuit est un étau.Je me retourne dans les draps froids, les yeux grands ouverts dans le noir. Mon esprit, épuisé par des heures de création frénétique, refuse pourtant le repos. Il est possédé. Par eux.Je les vois.Je les vois.Mathis, dans son appartement au goût sûr, aux lignes épurées.
CARLAMathis me fixe. Son regard est intense, insistant, comme s’il essayait de me transmettre un message que je refuse de recevoir. Comme s’il attendait quelque chose.Je retrouve enfin le contrôle de mes muscles. D’un mouvement raide, je m’efface pour les laisser entrer.— Entrez, dis-je d’une vo
CARLASamedi.La journée a été un torrent,une frénésie continue depuis l’ouverture des portes à midi. L’article de Mathis a fait son œuvre : la salle est pleine à craquer, les réservations s’empilent sur trois mois, et l’air lui-même vibre d’une curiosité nouvelle. Les clients me regardent différem
CARLALe jour est complètement levé, froid et gris derrière la vitre. Mon café est tiède et amer au fond de la tasse. Mon téléphone est posé à côté de l’évier comme un objet suspect, muet. Je sais que je devrais vérifier. Voir si l’article est paru. Mais une paralysie étrange me retient.Toute la n







