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SIENNE À JAMAIS
SIENNE À JAMAIS
Author: Les élites

La Vie d’avant

Author: Les élites
last update Last Updated: 2025-10-20 19:26:26

Chapitre 1 — La Vie d’avant

MÉLINA

L’aube s’insinue comme une promesse trahie à travers les rideaux ternis. Une lumière sale dessine des silhouettes sur le plancher, et la maison retient son souffle. Tout semble ordinaire, et pourtant une tension sourde vibre dans l’air, prête à éclater.

Je me lève avant l’heure, poussée par une anxiété que je ne sais nommer. Le silence, d’habitude refuge, me pèse aujourd’hui. La cuisine offre son tableau habituel : une table fatiguée, une tasse ébréchée, ma mère façonnée par la dureté de la vie. Ses mains travaillent mécaniquement, ses traits sont taillés par la nécessité. Mais ce matin quelque chose la ronge de l’intérieur ; une peur contenue qui déstabilise sa brutalité.

— Mélissa, dit-elle enfin, d’une voix étrangement calme. Nous avons un visiteur. Prépare-toi.

Le mot “visiteur” claque comme un verdict. Je sens le sang se retirer de mon visage. Les rares gens qui poussent notre porte n’apportent jamais la bonté. Ils apportent des dettes, des ultimatums, des silences pesants. Sa main tremble en repliant une serviette ; un tremblement que je n’ai jamais vu chez elle.

Je m’habille sans comprendre, enfilant ma robe usée comme on revêt une armure trop légère. L’air est lourd, comme si la maison retenait les larmes qu’elle n’a jamais versées. Mon estomac se noue, chaque pas devient plus difficile.

Je m’appelle Mélissa. J’ai 22 ans. Je suis belle sans effort , cheveux sombres, regard à la fois vulnérable et déterminé. Ma beauté attire les regards, mais c’est ma colère contenue et ma volonté de survivre qui me définissent vraiment.

Il est là quand j’entre dans le salon. Immobile, comme planté dans le décor. Dos droit, silhouette sombre, regard qui ne pardonne rien. Il respire la maîtrise et la menace. Quand nos yeux se croisent une décharge me traverse : ses prunelles sont des lames froides qui lisent jusqu’à l’âme.

— Voici la fille, annonce ma mère sans émotion.

L’homme avance, mesurant, évaluant. La peur s’insinue, glaciale, mais je me dresse, refusant d’offrir une faiblesse visible. Sa voix tombe, basse et tranchante.

— Alors, c’est elle.

Chaque syllabe pèse. Son odeur , bois sec, tabac , envahit l’espace entre nous. Il s’approche, scrute, presque comme on jauge un objet précieux.

— Hug Marchand, dit-il lentement. Les gens m’appellent La Faucheuse.

Ce nom, murmuré dans les ruelles, revient comme un couperet. Il incarne le dernier recours des malheureux, l’homme qu’on appelle pour régler ce qui ne peut plus l’être autrement. Mon corps se raidit. Je voudrais reculer ; mes pieds restent cloués au sol.

Il m’observe avec une curiosité glaciale, puis un léger sourire fend brièvement son visage.

— Tu as bien hérité de ta mère, souffle-t-il.

Ce mot résonne comme une sentence. Ma mère s’approche, les yeux baissés, incapable d’affronter les miens.

— Mélissa, dit-elle d’une voix étranglée, tu dois obéir.

Les mots tombent, lourds. La révélation me transperce : ce n’est pas une visite, c’est une transaction. Un paiement pris sur la chair et l’avenir. La pièce se rétracte autour de moi, chaque respiration devient un effort.

Dans ce silence qui suit, je sens ma vie basculer. La maison, jadis simple refuge de misère, devient une scène où s’orchestre un destin que je n’ai jamais choisi. Ma peur se mue en rage latente , une force que je devrai, un jour, retourner contre ceux qui me croient acquise.

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