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Les Chaînes invisibles

Author: Les élites
last update Last Updated: 2025-10-20 19:26:48

Chapitre 2 — Les Chaînes invisibles

MÉLISSA

Les jours s’étirent lentement, comme un voile d’angoisse suspendu au-dessus de la maison. Chaque matin, je me lève avec la même torpeur, le même nœud d’impuissance au fond du ventre. Je n’ai plus besoin de regarder ma mère pour savoir qu’elle est tendue. Et lui… Hug . Il est toujours là, d’une manière ou d’une autre. Même quand il n’est pas présent, sa présence pèse, comme une ombre accrochée aux murs.

Ce n’est pas seulement sa silhouette, ni sa voix grave qui me hantent. C’est la promesse qu’il a laissée derrière lui , cette dette silencieuse dont je suis devenue la monnaie d’échange. Je sais que je n’échapperai pas à ce qu’il attend de moi. Je me sens prise au piège, étranglée par des chaînes invisibles que je n’ai pas choisies. Mes rêves d’une vie meilleure se dissipent peu à peu, avalés par cette réalité froide et implacable.

Les premiers jours après sa venue sont étranges. Nous ne parlons pas, lui et moi. Mais chaque fois que nos regards se croisent, je sens cette menace muette, cette promesse d’un avenir que je n’ai pas voulu. Hug semble avoir pris possession de tout : de la maison, de ma mère, de moi. Il vient quand il veut, sans prévenir. Il n’a pas besoin de frapper. Il entre. Il s’impose.

Il ne parle pas souvent. Mais quand il le fait, chaque mot est une lame.

— Tu sais ce que je veux, Mélissa, me dit-il un soir, la voix glaciale. Je ne suis pas un homme patient. Et ma patience a des limites.

Je reste là, immobile, incapable de répondre. Je hoche la tête sans même comprendre pourquoi. Que pourrais-je dire ? J’ai peur, mais plus encore, je suis vide. Une part de moi meurt à chaque fois qu’il pose les yeux sur moi. Pourtant, je ne parviens pas à me révolter.

Les journées passent, identiques, mornes, étouffantes. Ma mère m’évite, comme si mon regard la brûlait. Elle se contente de m’ordonner des choses banales — préparer le repas, ranger, obéir. Sa voix est devenue mécanique, détachée. Parfois, je me demande si elle ressent encore quelque chose. Peut-être qu’elle s’est déjà résignée à l’idée d’avoir vendu sa fille pour quelques billets, pour retarder un désastre qu’elle n’a jamais su affronter.

Je sais qu’elle n’est pas innocente. Elle a choisi. Elle m’a sacrifiée, sciemment. Et c’est cela, le plus douloureux. Ma propre mère a préféré sauver sa peau plutôt que la mienne. Cette vérité me hante, me détruit à petit feu.

Les jours deviennent des semaines. L’étau se resserre. Je sens que tout est calculé, surveillé. Chaque geste que je fais semble observé, pesé, noté. Il ne m’a encore rien demandé , pas clairement , mais je sens que ce moment approche. Il y a dans son regard quelque chose d’inévitable, une promesse glacée : bientôt.

Une nuit, alors que le silence recouvre la maison, je reste assise près de la fenêtre de ma chambre. La bougie vacille, projetant une lumière tremblante sur les murs. J’observe les étoiles, cherchant un signe, un espoir. Mais il n’y en a pas. Le ciel lui-même paraît s’être vidé de toute clarté.

Je murmure, la voix brisée :

— Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu donnée ? Pourquoi m’as-tu laissée à lui ?

Aucune réponse. Seulement le silence, ce silence qui me ronge et me rappelle que je suis seule.

Mais au fond de cette solitude, quelque chose s’allume. Une flamme. Minuscule, fragile, mais bien là. Je ne veux pas être cette chose qu’il croit posséder. Je refuse de devenir un objet dans ses mains. Je ne sais pas comment, ni quand, mais je trouverai un moyen.

Cette nuit-là, je me fais une promesse : je ne me soumettrai pas. Peu importe le prix.

Au matin, je me lève avant l’aube, comme chaque jour. Mais cette fois, la peur n’est plus la seule à m’habiter. Il y a une autre force, plus vive, plus brûlante. La détermination.

Je ne sais pas encore par où commencer. Peut-être faut-il d’abord comprendre ce qu’il veut vraiment. Peut-être faut-il découvrir pourquoi ma mère a accepté l’inacceptable.

Une chose est certaine : tant que je vivrai sous le joug de Hug, je ne connaîtrai jamais la liberté.

Et je compte bien la reprendre, coûte que coûte.

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