LOGINSophia
Il embrasse mes bleus, mes marques, les traces de sa violence. Il pleure sur ma peau. De vrais pleurs, ceux qu'il retient depuis des années.
— Pardon, murmure-t-il. Pardon, pardon, pardon.
— Chut, dis-je. Je suis là. Je reste.
Il me prend encore, et encore. Jusqu'à ce que nous n'ayons plus de forces. Jusqu'à ce que nos corps épuisés s'endorment enlacés.
Cette nuit-là, je rê
J'ai obéi. Mon regard est redescendu vers le sol. Mais quelque chose avait changé. Ce n'était plus une contrainte. Ce n'était plus une humiliation. C'était... un soulagement. Comme si baisser les yeux devant elle était la chose la plus naturelle du monde. La plus juste. La seule position qui avait un sens. — Bien, Enzo. Très bien. Vous apprenez vite. Plus vite que je ne l'espérais. Elle s'est relevée. A reculé de quelques pas. Ses talons ont claqué sur le parquet. — À partir d'aujourd'hui, dans cet espace, dans nos leçons, vous ne me regarderez que lorsque je vous en donnerai la permission expresse. Le reste du temps, vos yeux resteront baissés. C'est une marque de respect. Mais c'est aussi une discipline. Un exercice de maîtrise de soi. Un rappel constant de votre place et de la mienne. Elle a marqué une pause. Le silence s'est étiré. — Dans la vie ordinaire, au lycée, vous continuerez à vous comporter normalement. V
EnzoJe suis resté à genoux un long moment. Le temps s'était dilué, avait perdu toute signification, toute consistance. Il n'y avait plus que cet instant. Cette posture. Ce parquet froid sous mes genoux. Cette présence face à moi, debout, souveraine.Mes genoux me faisaient mal maintenant. Une douleur sourde, lancinante, qui irradiait dans mes cuisses, dans mes hanches, dans le bas de mon dos. Le bois dur s'enfonçait dans ma chair à travers le denim usé. Mes rotules étaient deux points de souffrance aiguë. Mais étrangement, cette douleur ne me dérangeait pas. Elle faisait partie de l'expérience. Elle m'ancrait dans le présent. Elle était une leçon en elle-même.Madame Valois s'était relevée. Elle se tenait debout face à moi, les bras croisés, la tête légèrement inclinée. Sa silhouette se découpait contre la lumière dorée de la lampe de bureau. Elle m'observait. Son regard vert me scrutait, me pesait, me jaugeait. Elle ne disait rien. Elle attendait.— Levez les
Sa voix venait d'en haut. Elle tombait sur moi comme une pluie tiède, comme une bénédiction et une malédiction mêlées.J'ai obéi. Je me suis concentré sur ma respiration. Inspirer. Expirer. Lentement. Profondément. L'air entrait dans mes poumons, en ressortait. Mes épaules se soulevaient et s'abaissaient. Le silence s'est installé. Un silence épais, presque solide, que seul troublait le bruit de nos deux souffles mêlés, le sien calme et régulier, le mien plus court, plus saccadé.Les minutes ont passé. Combien ? Je ne sais pas. Cinq, dix, quinze ? Le temps avait perdu sa consistance. Il s'était dilué dans cette posture immobile. Mes genoux commençaient à me faire mal. Le bois dur s'enfonçait dans ma chair à travers le tissu de mon jean. Mes rotules protestaient. Mes cuisses tremblaient légèrement sous l'effort.Mais la douleur était étrangement... agréable. Elle m'ancrait dans le moment présent. Elle m'empêchait de fuir dans mes pensées, de me réfugier dans mes défe
Les mots sont sortis malgré moi. Une confession que je n'avais pas préparée. La vérité nue, brute, sans fard. Sans mes habituelles provocations de pacotille. Sans mes défenses.Elle a souri. Un sourire doux. Presque maternel. Mais derrière cette douceur de surface, il y avait autre chose. Une ombre. Une promesse. Un feu qui couvait.— La peur est bonne, Enzo. La peur est saine. Elle signifie que vous mesurez l'enjeu. Que vous ne confondez pas cela avec un jeu d'adolescent, une expérience qu'on peut arrêter quand on veut. La peur est le commencement de la sagesse. Le début du véritable apprentissage.Elle s'est redressée. A fait un pas vers moi. Sa robe noire a bruissé contre ses cuisses, un froissement d'étoffe à peine audible mais qui a résonné dans le silence comme un roulement de tonnerre. Sa main s'est levée et est venue se poser sur ma joue. Sa paume était chaude. Douce. Rassurante et terrifiante à la fois. Un paradis et un enfer dans le même contact. J'ai ferm
Mais la deuxième fois, juste avant qu'elle ne disparaisse au coin du couloir, j'ai cru voir ses lèvres esquisser un sourire. Un sourire imperceptible. Un fantôme de sourire qui n'était destiné qu'à moi. Un message silencieux dans le vacarme assourdissant du lycée. Un rappel que ce soir, à dix-sept heures, tout allait commencer. Vraiment. Était-ce réel ? Ou mon imagination qui me jouait des tours, qui voyait des signes partout, qui interprétait le moindre mouvement de ses lèvres comme une promesse ? Seize heures trente. La sonnerie de fin des cours a retenti. Le lycée s'est vidé progressivement. Les élèves se sont dispersés par petits groupes bruyants, leurs rires et leurs cris résonnant dans les couloirs avant de s'éteindre peu à peu. Les professeurs ont regagné leurs voitures une à une. Le silence est retombé sur les bâtiments comme une chape de plomb. Seize heures quarante-cinq. J'étais assis sur un banc dans la cour déserte. Le ciel é
J'étais obsédé. Possédé. Hanté. Elle occupait chaque recoin de mon esprit, chaque parcelle de mon cerveau. Il n'y avait plus de place pour rien d'autre. Plus de place pour les cours, pour les potes, pour les jeux vidéo, pour la musique. Plus de place pour ma vie d'avant. Elle l'avait effacée, remplacée par cette attente insoutenable.Mes parents ne se sont rendu compte de rien. Ils ne se rendent jamais compte de rien. Ma mère travaille trop. Elle rentre tard, fatiguée, les traits tirés. Elle me demande machinalement si ma journée s'est bien passée, sans écouter la réponse. Mon père voyage trop. Il est toujours ailleurs, dans une autre ville, un autre pays, un autre fuseau horaire. Ses appels sont brefs, distraits. "Tout va bien, fiston ?" "Oui, papa." "Bon, je dois y aller. On s'appelle bientôt." Il ne rappelle jamais.La maison est une coquille vide. Propre. Bien rangée. Fonctionnelle. Un décor où je passe, où je dors, où je mange parfois, seul devant la télé allumée sur un