登入NerinaLes jours passent, les semaines s'écoulent, et la vie à bord s'installe dans une routine que je commence à connaître, à comprendre, à aimer. Je ne suis plus une étrangère sur ce navire. Je ne suis plus un Tribut, une captive, une épouse de circonstance. Je suis la maîtresse de La Veuve, la femme du capitaine, la compagne des damnés.Mais il y a des choses que je ne sais pas encore. Des secrets que le navire garde, des mystères que les hommes taisent, des histoires qui ne sont pas les miennes et qui pourtant m'habitent.Ce matin, je suis dans la cuisine du navire, une petite pièce au fond de la cale, où l'air est chaud et humide, où les casseroles dansent sur les feux. Cora est là, elle prépare un ragoût de poisson, ses doigts déformés par l'arthrite s'affairent avec une précision qui m'émerveille.— Cora, dis-je en m'approchant. Il y a quelque chose que je veux te demander.Elle lève les yeux, ses sourcils gris se haussen
NerinaTrois jours après la tempête, un navire apparaît à l'horizon.Il est d'abord un point dans le lointain, un grain de poussière sur la ligne mouvante de l'horizon. Puis il grandit, il se précise, il prend forme. Un galion, lourd et massif, ses voiles gonflées par le vent, ses canons pointés vers l'horizon. Les couleurs qui flottent à son mât sont celles d'une flotte marchande, mais les hommes qui le montent ressemblent à des pirates.— Des corsaires, dit Kaelan, sa voix est basse, presque un murmure. Ils font la chasse aux navires de commerce, mais ils ne dédaignent pas un butin plus conséquent.Il me prend par le bras, une pression ferme qui n'est pas une demande.— Tu vas jouer la maîtresse du navire. La maîtresse de La Veuve. La femme du capitaine.Il marque une pause, et ses yeux d'argent plongent dans les miens.— Et tu vas le faire avec la même autorité que quand tu tenais la barre.Mon cœur
Je tiens le cap.La barre vibre dans mes mains, elle s'agite, elle essaie de m'échapper, elle veut suivre la houle, elle veut se laisser porter par la mer. Mais je la maintiens, je la force à rester dans l'axe, je lui impose ma volonté comme on impose une vérité.L'équipage me regarde. Je vois leurs yeux, leurs bouches ouvertes, leurs visages mouillés. Ils me regardent comme on regarde un miracle, comme on regarde une prophétie, comme on regarde l'impossible en train de se réaliser.Torv est accroupi derrière le grand mât, son visage est un rictus de haine et d'incrédulité. Il voulait me voir échouer, tomber, me noyer. Il voulait que la tempête me prenne, que la mer me réclame, que je sois rendue à l'océan comme un Tribut qui a cessé d'être utile. Mais je tiens la barre.Sereia, perchée dans les haubans, ses cheveux humides collés à son visage, ses yeux verts sont deux couteaux plantés dans ma nuque. Elle voulait me voir trembler, faibli
NerinaL'aube se lève sur une mer grise et houleuse, une mer d'encre et d'écume qui semble rouler sous un ciel de plomb. Le vent est fort, chargé d'embruns salés qui cinglent les visages des marins postés sur le pont, et les voiles claquent au-dessus de nos têtes comme des drapeaux de guerre. L'air est électrique, chargé d'une tension que je sens dans mes os, dans mes dents, dans le creux de mon ventre. La tempête n'est pas encore là, mais elle se prépare, elle se rassemble à l'horizon, elle prend son temps avant de frapper.Je suis sur le gaillard d'arrière, debout à côté de Sao Feng, mes doigts crispés sur la rambarde. Le bois est glacé sous mes paumes, trempé par les embruns, et je sens chaque vibration du navire à travers mes paumes, chaque effort des mâts, chaque plainte des cordages. Le vent hurle dans le gréement comme une bête en cage.Sao Feng me regarde, ses yeux noirs sont deux braises sous sa frange grise. Il n'aime pas me voir là, su
Il reste immobile, sa nuque sous ma lame, son corps immobile. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent au rythme de sa respiration, et je sens une tension nouvelle dans son dos, une puissance contenue qui est presque palpable.Puis il se retourne, si vite que je n'ai pas le temps de retirer la lame. Il me saisit le poignet, il m'attire contre lui, et soudain, je suis collée à lui, le couteau entre nous, sa poitrine contre la mienne. Je sens son cœur battre, un galop de tempête contre mes seins, sa chaleur à travers le lin de la robe blanche.Il me regarde, ses yeux plongent dans les miens, et ce regard est une mer où je pourrais me noyer. Il n'y a plus de leçon. Plus d'enseignant. Plus d'élève. Il n'y a que deux corps qui se touchent, deux souffles qui s'accélèrent, deux désirs qui se cherchent.— Tu m'as désarmé, Nerina. Les hommes que tu as vus sur ce navire, ils ont tous essayé. Torv, Thorne, Sereia. Ils ont tous voulu me prendre ce que je gardais, ce que je protégeais. Ils ont tous
NerinaLa cabine est plus sombre que d'habitude, seulement éclairée par une lanterne posée sur la table, une flamme unique qui danse dans l'obscurité comme une âme prisonnière. L'air est chargé d'une odeur familière – l'ambre et le musc, le cuir et la poudre, la mer et le désir.Kaelan me fait face, une arme à la main. Pas une lame de cérémonie, pas une épée d'apparat, mais un couteau de combat, simple et efficace, une lame courte à la pointe acérée, au manche enveloppé de cuir noir.— La navigation, tu l'as comprise. Le combat, tu dois l'apprendre.Sa voix est grave, plus grave que d'habitude, et je sens dans ses mots autre chose qu'un simple ordre. Il y a une urgence, une nécessité, une peur qu'il ne laisse jamais transparaître devant l'équipage.— Torv. Thorne. Sereia. Ils ne te laisseront pas tranquille. Ils attendent une occasion, une faiblesse, un moment où je ne serai pas là pour te protéger. Et quand ce moment viendra, je veux que tu puisses te défendre. Pas comme une captive
Zorah Le palais est un monde en soi, une cité close où tout semble régi par des règles invisibles que je ne connais pas. Les femmes que je croise baissent les yeux sur mon passage. Les hommes détournent le regard. Personne ne me parle, personne ne semble même me voir. Je suis un fantôme, une ombre
Zorah Nous franchissons les grandes portes au galop, sans ralentir. Des gardes en turban blanc s'inclinent sur notre passage, leurs lances scintillant dans la lumière déclinante. Nous traversons une première cour, puis une deuxième, puis une troisième, chacune plus somptueuse que la précédente. De
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé







