LOGINJe m'arrête, et je me tourne vers lui. Son visage est éclairé par la lune éternelle, et ses yeux rouges , ces yeux qui m'ont tant effrayée autrefois, quand je n'étais qu'une humaine captive et terrifiée , brillent d'une tendresse infinie, d'une vulnérabilité qu'il n'a jamais montrée à personne d'autre. Il est beau, si beau, avec ses traits aristocratiques, ses pommettes hautes, sa mâchoire carrée, ses cheveux noirs qui tombent en cascade sur ses épaules. Et il est à moi. Pour toujours. Cette pensée me donne le vertige, encore, même après tout ce que nous avons traversé. — Merci, dis-je en posant ma main sur sa joue, sentant la fraîcheur de sa peau sous ma paume. Merci de m'avoir amenée ici. Merci de partager tes secrets avec moi, tes refuges, tes souvenirs. Merci de m'aimer assez pour me montrer qui tu es vraiment, derrière le masque du Prince Noctaris. — C'est toi qui m'as sauvé, Maëlys. C'est moi qui devrais te remercier. Chaque jour, chaque nuit, chaque instant. Tu m'as sauvé de
MaëlysLa vallée où Draven m'emmène est un secret qu'il garde depuis des siècles, un endroit que personne d'autre ne connaît, pas même les membres les plus anciens de la cour, pas même les Anciens qui ont pourtant vu naître et mourir des empires. C'est son sanctuaire, son refuge, son jardin secret. Et ce soir, il a décidé de le partager avec moi.Il a fallu trois nuits de voyage pour l'atteindre. Trois nuits à traverser des forêts si denses que la lumière du jour ne les perce jamais, où les arbres sont si hauts et si rapprochés que leurs branches forment une voûte impénétrable au-dessus de nos têtes, et où le sol est couvert d'un tapis de mousse et de fougères qui étouffe le bruit de nos pas. Trois nuits à escalader des montagnes escarpées dont les pics acérés se perdent dans les nuages, à longer des précipices vertigineux au fond desquels grondent des rivières invisibles, à franchir des cols battus par des vents glacés qui nous transpercent jusqu'aux os. Trois nuits à traverser des v
Maëlys La cérémonie de présentation à la cour a lieu trois nuits après ma transformation. Trois nuits pendant lesquelles j'ai appris à contrôler ma soif, à maîtriser mes nouveaux pouvoirs, à apprivoiser ce corps qui n'est plus tout à fait le mien. Draven m'a enseigné les bases de la chasse, du combat, de la séduction vampirique. Il m'a montré comment me déplacer dans l'ombre, comment lire les émotions des humains, comment dissimuler mes crocs derrière un sourire innocent. Il m'a appris à être vampire. Et ce soir, je vais être présentée à la cour en tant que Princesse Noctaris, compagne officielle de Draven, future reine des ténèbres. La salle du trône est pleine à craquer. Toute la noblesse vampirique est là, parée de ses plus beaux atours. Les hommes en costume de velours noir, les femmes en robe de soie pourpre ou écarlate, les Anciens dans leurs habits de cérémonie. Des centaines de paires d'yeux , rouges, jaunes, verts
Maëlys Les premiers instants de ma vie de vampire sont une explosion sensorielle qui me laisse étourdie, chancelante, ivre de perceptions nouvelles. Le monde que je connaissais a disparu, remplacé par un univers d'une intensité presque insoutenable. Chaque son est amplifié , le craquement des torches, le souffle du vent dans les couloirs, le battement du cœur de Draven, tout proche, qui résonne comme un tambour. Chaque odeur est un continent à explorer , la myrrhe qui brûle dans les cassolettes, la pierre humide des murs, le sang qui sèche sur mes poignets, le parfum musqué de Draven, et au-delà, les effluves de la forêt, des animaux nocturnes, de la terre mouillée. Chaque couleur est plus vibrante, plus profonde, et je distingue des nuances que mes yeux humains n'auraient jamais pu percevoir. Mais ce qui me frappe le plus, c'est la soif. Une soif dévorante, impérieuse, qui me prend à la gorge et me tord l'estomac. Une
Maëlys La nuit de la lune écarlate est arrivée. Une nuit sans vent, sans nuages, sans étoiles. Le ciel est un dôme de velours noir, et la lune, pleine et rouge comme une goutte de sang, verse sur le château une lumière étrange, presque irréelle. On dirait que le monde entier retient son souffle, attendant quelque chose de sacré, de terrible, de magnifique. Le rituel a lieu dans la crypte la plus ancienne du château, celle où reposent les ancêtres de Draven, celle où Séréna a été enterrée il y a quelques semaines. C'est un lieu sacré, chargé de magie ancienne, imprégné de siècles d'histoire et de mystère. Les murs sont couverts de fresques représentant des scènes de transformation — des humains devenant vampires, des âmes liées par le sang, des corps renaissant dans la douleur et l'extase. Des torches noires brûlent dans des appliques en fer forgé, diffusant une lumière tremblotante et une fumée parfumée à la myrrhe et a
Maëlys Les jardins de nuit du château Noctaris sont un endroit que j'ai appris à aimer au fil des mois. Au début, ils m'effrayaient , ces allées bordées de roses noires, ces fontaines de marbre qui murmurent des secrets anciens, ces statues de créatures mythologiques qui semblent vous suivre du regard. Tout ici était étranger, menaçant, surnaturel. Mais aujourd'hui, ces jardins sont devenus mon refuge. L'endroit où je viens me promener quand j'ai besoin de réfléchir, de respirer, de me souvenir que la beauté existe encore, même dans les ténèbres. Ce soir, la lune est pleine et brillante, et elle verse sur les parterres une lumière argentée qui transforme chaque fleur, chaque feuille, chaque brin d'herbe en joyau scintillant. Les fontaines chantent leur mélodie liquide, et le vent, chargé du parfum entêtant des roses et du jasmin nocturne, fait bruisser doucement les branches des saules pleureurs. Des lucioles dansent en
AvaLa cabane apparaît entre les arbres comme une promesse ambiguë. Sauvetage ou prison, je ne sais plus faire la différence. Mes pieds saignent. Mes jambes tremblent. Le bandeau sur mes yeux m'a plongée dans une obscurité qui aiguise chaque sensation, chaque bruit, chaque odeur. Celle de Cole just
MaddoxLa haine dans les yeux de Cole est un spectacle fascinant. Je l'observe depuis l'autre côté de la clairière, ce colosse tremblant de rage contenue, et je sais que je marche sur une corde raide au-dessus d'un précipice. Un mot de travers et il m'égorge. Un geste brusque et il oublie la fille
ColeL'odeur...cette putain d'odeur qui me rend fou depuis des kilomètres. Je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas pourquoi, mais chaque molécule de mon être hurle pour s'en approcher. Du miel et de la cannelle, avec quelque chose en dessous. Quelque chose de plus sombre, de plus puissant, qui
AvaLa pluie est un linceul glacé qui s'abat sur mes épaules depuis des heures. Chaque pas dans cette forêt hostile est une torture, mes pieds nus lacérés par les racines et les pierres que je ne prends plus la peine d'éviter. Je cours depuis si longtemps que le temps n'a plus de sens. Depuis la vi







