LOGINPourtant, je le pense aussi.
Je le pense en la regardant, en la tenant, en sentant son corps contre le mien. Je pense que depuis lui, depuis sa mort, je n'avais plus senti ça. Cette chose. Ce lien. Cette chaleur.
— Je sais, je dis.
Elle sourit. Ça lui suffit.
ELSA
Les jours passent.
Je reste chez lui, dans son appartement au-dessus de la rotonde. Je découvre sa vie, ses habitudes, ses secrets. Il se lève
Ils se regardent, puis me regardent.— Partir où ? demande Elsa.— Là où on va quand on a fini. Rejoindre l'ancien. Rejoindre tous ceux qui sont partis avant.— Pas tout de suite, dit Adrien. Pas maintenant.— Pas tout de suite, non. J'ai encore du temps. Quelques mois, peut-être. Un an. Pas plus. Mais il faut que vous sachiez.Je prends leurs mains dans les miennes. Leurs mains chaudes, vivantes, marquées de cicatrices.— Vous êtes prêts, maintenant. Tous les deux. Le cercle est entre de bonnes mains. Vous allez le faire grandir, le transformer, l'emmener là où vous voulez. Et quand votre temps viendra, vous transmettrez à votre tour. À Claire, peut-être. À d'autres.— On ne veut pas que tu partes, dit Elsa, la voix étranglée.— Je sais. Mais c'est comme ça. La vie
Moi, je suis encore le Grand Prêtre. J'officie, je guide, je donne. Mais je sais que ma place a changé. Je ne suis plus le centre. Je suis un des pôles. L'autre pôle. Celui qui complète, qui équilibre, qui soutient.Et c'est bien comme ça.Un soir, Elsa me dit qu'elle veut me parler. Nous sommes dans le jardin, sous le vieux tilleul. La nuit tombe, les premières étoiles apparaissent.— J'ai trouvé quelqu'un, dit-elle.Mon cœur s'arrête une seconde.— Quoi ?— Une recrue. Une nouvelle. Elle est... spéciale.— En quoi ?— Elle a faim. Plus que moi, je crois. Elle a un vide en elle, un trou, quelque chose d'immense. Je l'ai vue dans un café, elle était assise à une table, elle regardait par la fenêtre. Et j'ai su.— Su quoi ?— Que c'est elle. Celle qui prendra ma
ELSAJe me réveille dans notre lit.Mon corps est une seule douleur. Chaque cicatrice, chaque coupure, chaque bleu se réveille avec moi, me rappelle ce qui s'est passé. Les coupures sur mes seins, sur mes cuisses, là où le couteau est passé. Les zébrures du fouet sur mon dos, mes fesses, mes cuisses. Les marques des liens sur mes poignets, mes chevilles. Et au fond de moi, la présence de lui, encore, qui me remplit, qui me possède.Mais en dessous de la douleur, il y a autre chose.Une paix.Une plénitude.Le vide a disparu. Rempli. Pour de bon, cette fois. Je le sens dans mon ventre, dans ma poitrine, dans ma gorge. Comme une chaleur qui ne s'éteindra pas. Comme une présence qui ne me quittera plus.Adrien dort encore à côté de moi. Son visage est détendu, apaisé. Ses cicatrices brillent dans la lumi&egr
Elle n'achève pas. Elle n'a pas besoin.— Maintenant, dis-je, la dernière étape. Celle qui va tout fermer. Tout ouvrir. Tout remplir.Je défais ma toge. Mon sexe est dur, dressé vers elle. Elle me regarde, ses yeux brillants de sang, de larmes, de désir.— Je vais entrer en toi, dis-je. Avec le sang. Avec la douleur. Avec tout. Et quand je jouirai, tu jouiras. Et tu seras remplie. De moi. De nous. De ce que tu as toujours cherché.Je me place entre ses cuisses ouvertes. Le sang coule encore, chaud, glissant. Je sens le bout de mon sexe contre son entrée, contre elle, ouverte, humide, brûlante.— Regarde-moi, dis-je.Elle me regarde. Ses yeux plongent dans les miens. Je pousse.J'entre.ELSALa douleur est indescriptible.Pas celle du fouet, pas celle du couteau. Autre chose. Une douleur qui vient de l'intérieur, qu
ELSALa nuit de la pleine lune arrive plus vite que je ne l'aurais cru. Quinze jours à me préparer, à me souvenir, à avoir peur. Quinze jours à sentir la faim revenir, lentement, comme un animal qui se réveille après l'hiver.Ce soir, je suis nue sous une cape noire. Pieds nus. Pas de masque. Je descends l'escalier qui mène à la rotonde, et chaque marche résonne dans ma poitrine comme un battement de cœur.La rotonde est différente, ce soir. Pas de membres, pas de cercle. Seulement Adrien et Lena. Des bougies partout, comme la première fois. L'encens qui brûle, épais, enivrant. L'autel recouvert de noir, pas de rouge. Le noir de l'absence, de la mort, de la renaissance.— Viens, dit Adrien.Il est debout près de l'autel. Il porte une simple toge noire, ouverte sur son torse. Ses cicatrices brillent dans la lumière des bougies.
Le mot me frappe comme un coup de fouet.— Rien ? je répète.— Rien. Les cérémonies, les recrues, les nuits sur l'autel... c'est comme si je regardais de loin. Comme si ce n'était pas moi. Comme si j'étais revenue à ce que j'étais avant. Vide.— Ce n'est pas possible. Ce que tu as vécu, ce que tu es devenue... ça ne s'efface pas.— Ça ne s'efface pas, non. Mais ça peut s'éteindre. Comme une braise qui n'a plus de bois. Je ne sais pas comment le dire autrement.Je m'approche d'elle, je m'assois à ses pieds, je prends ses mains dans les miennes. Elles sont froides.— Qu'est-ce que tu veux ? je demande. Qu'est-ce que tu as besoin ?— Je ne sais pas. C'est ça le pire. Je ne sais pas.Elle pleure. Silencieusement, les larmes coulent sur ses joues sans qu'elle fasse un geste pour les essuyer. Je
ElenaJ’effleure l’écran de ma tablette d’un geste mécanique, mes doigts glissant sur la surface lisse comme s’ils appartenaient à une autre. Réunion marketing à 10h30. Déjeuner avec l’investisseur Potel à 12h30. Révision du budget trimestriel à 15h. Chaque entrée est un rempart, une preuve tangibl
ElenaJe reprends conscience par fragments. D’abord la sensation. Le drap froissé sous ma joue. La chaleur encore vibrante dans mes membres. Puis l’odeur, familière et enveloppante, celle de Kael, mêlée au cuir, à la soie, à cette nuit qui semble encore palpiter autour de nous.Je suis allongée sur
ElaraLe réveil est froid, précis. Aucune trace de la somnolence habituelle, seulement une clarté immédiate, comme si un interrupteur avait été actionné dans mon cerveau. Son ordre de la veille a fonctionné avec une efficacité troublante ; mon sommeil a été profond, sans rêves, une plongée dans le
ElenaElle apparaît sous le portail de roses, et le monde autour de moi s’estompe. Elle est… parfaite. Un spectre de pureté et de luxe. Le voile cache son visage, mais je connais chaque micro-expression, chaque frémissement de sa lèvre, chaque éclat dans son regard. Elle avance au bras d’un oncle é







