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Chapitre 7 : Le Masque 3

مؤلف: Déesse
last update تاريخ النشر: 2026-06-08 22:48:10

Le silence qui suit n'est pas vide. Il est plein, lourd, saturé. Plein de tout ce que nous n'avons pas dit. Plein de tout ce que nous n'aurions pas dû ressentir. Plein de cette chose interdite qui vient de naître entre nous dans cette chambre trop grande, et que je ne sais pas nommer, ou plutôt que je refuse de nommer parce que la nommer serait lui donner vie.

Je finis par me retirer, maladroit, le corps encore tremblant. Je me lève sans un mot, comme toujours, comme un automate qui regagne sa programmation après un bug. Je vais dans la salle de bains, je referme la porte derrière moi, je nettoie les traces de notre étreinte sur ma peau avec un gant de toilette imbibé d'eau tiède. Dans le miroir immense, mes yeux sont ceux d'un inconnu. Le masque est toujours là, mais il est fissuré, parcouru de craquelures qui menacent de s'étendre. Et derrière, je vois quelque chose que je n'aurais jamais cru revoir. Quelque chose qui ressemble à de la peur. La peur d'avoir aimé ça. La peur d'en vouloir plus. La peur qu'il ne soit pas là demain.

Quand je reviens dans la chambre, il s'est endormi. Son visage apaisé repose sur l'oreiller de satin noir, les traits détendus, la bouche légèrement entrouverte. Ses doigts tachés de peinture sont repliés près de sa joue comme ceux d'un enfant. Il a l'air jeune, terriblement jeune, et terriblement vivant, terriblement présent. Je m'allonge à côté de lui, à distance respectueuse. Je ne dors jamais avec eux. C'est la règle. Mais ce soir, je reste un peu plus longtemps que d'habitude, incapable de m'arracher à cette présence. Juste pour regarder son visage. Juste pour écouter sa respiration lente et profonde. Juste pour sentir, l'espace d'un instant volé, ce que ça fait de ne pas être seul.

Livio Moretti

La lumière du matin filtre à travers les rideaux de soie, jetant des rayures dorées sur les draps noirs froissés. Je m'éveille lentement, le corps lourd, l'esprit embrumé par un sommeil sans rêves, comme si j'avais dormi des siècles. Il me faut quelques secondes pour me rappeler où je suis. La suite. Le palace. L'homme aux yeux de glace. Tout me revient d'un coup, comme une vague glacée qui me submerge, comme un film qu'on rembobine à toute vitesse.

Je tourne la tête. L'autre côté du lit est vide, les draps déjà froids. Il est parti depuis longtemps, ou peut-être n'a-t-il jamais dormi ici, peut-être a-t-il passé la nuit sur le canapé du salon à boire du whisky en regardant Paris scintiller à ses pieds. Je ne me souviens pas de m'être endormi. Je me souviens de ses mains sur ma peau, de sa bouche sur mon cou, de sa morsure sur mon épaule quand il a joui. Je me souviens du cri qu'il a étouffé contre ma chair, un cri qui venait du plus profond de ses entrailles, un cri de noyé qui crève la surface. Je me souviens de la façon dont il m'a regardé, l'espace d'un instant, quand il a dit son prénom, quand le masque s'est fendu. Je me souviens de cette fissure dans ses yeux, cette brèche minuscule par laquelle j'ai entrevu quelque chose de brisé, quelque chose d'immense et de douloureux, quelque chose qui m'a donné envie de rester.

Je m'assois dans le lit. La chambre est immense à la lumière du jour, décorée avec un luxe impersonnel qui sent l'argent et l'absence de vie, l'argent et la solitude, l'argent et le désespoir. Des tableaux abstraits aux murs, des toiles probablement hors de prix qui ne représentent rien, des formes géométriques qui ne racontent aucune histoire. Des meubles design aux lignes épurées, beaux et froids comme des sculptures de glace. Une moquette si épaisse que mes pas s'y enfoncent comme dans du sable. Tout est beau, tout est cher, tout est vide. Tout est à l'image de l'homme qui habite cette suite.

Et puis je la vois. L'enveloppe.

Elle est posée sur la console, près de la porte. Exactement comme il l'avait dit. Exactement comme le protocole l'exige. Une enveloppe blanche, épaisse, sans inscription, sans un mot, sans un signe. Je sais ce qu'elle contient. Je sais combien elle contient. Cent vingt mille euros. Le prix d'une nuit. Le prix d'une vie, celle de ma mère. Le prix de ma dignité, de mon intégrité, de tout ce que je croyais être.

Je me lève. Le peignoir de l'hôtel est posé sur une chaise, moelleux, blanc, brodé aux initiales du palace. Je l'enfile sans y penser, les gestes mécaniques, les jambes flageolantes. Mes pieds nus s'enfoncent dans la moquette tandis que je m'approche de la console, attiré par l'enveloppe comme un papillon par une flamme. Mes doigts effleurent le papier, ce papier qui contient la vie de maman, les cent vingt mille euros qui vont payer le traitement, l'opération, l'espoir.

Je prends l'enveloppe. Elle pèse lourd. Trop lourd. Le poids de ma trahison envers moi-même. Le poids de tout ce que j'ai sacrifié sur l'autel de l'amour filial. Le poids de cette nuit qui n'était pas censée compter mais qui a compté plus que tout. Et pourtant, quelque chose en moi refuse de la glisser dans ma poche. Quelque chose dans mon ventre hurle que cet argent n'est pas le mien, que cette nuit n'était pas une transaction, que ce qui s'est passé dans ce lit n'avait rien à voir avec un échange commercial.

Il m'a regardé. Vraiment regardé, de ses yeux de glacier en train de fondre. Il a joui dans ma main avec un cri qui venait du fond de son âme. Il a mordu mon épaule comme un homme qui se noie s'agrippe à une bouée, avec la force du désespoir. Et moi, pauvre idiot, pauvre artiste sentimental et stupide, j'ai senti mon cœur fondre pour cet inconnu magnifique et brisé. J'ai senti naître en moi quelque chose qui n'aurait jamais dû naître, pas ici, pas maintenant, pas avec un client. Un désir de sauver. Un désir de guérir. Un désir de rester. Un désir de franchir la barrière qu'il dresse autour de lui et de découvrir qui il est vraiment.

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