LOGINJe lève ma main.
Le signal.
Les trois colonnes s'ébranlent en même temps, à trois vitesses différentes, dans trois directions différentes.
La charge commence.
Ce qui se passe ensuite , je m'en souviendrai toujours par fragments, jamais dans l'ordre, jamais complet. C'est ainsi que la bataille se souvient.
Je me souviens du choc contre la première ligne de gardes ennemis — nos chevaux les ont
Je suis réveillée par le fracas.Il vient de l'est — un grondement soudain, des cris, une explosion de bruit. Puis à l'ouest — un autre grondement. Le camp entier se met en mouvement en trente secondes — des ordres, des courses, des chevaux qu'on selle, des épées qu'on dégaine.Je me redresse dans la cage.Il est venu.Il est venu — j'en suis sûre en une seconde. Il n'y a que lui pour orchestrer une attaque à trois flancs en pleine nuit. Il est là. Il traverse le camp en ce moment. Il vient à moi.Je me lève dans la cage. Les mains sur les barreaux. Je regarde vers l'ouest — non, vers le centre, il vient sûrement par le centre pendant que les distractions font bruit à l'est et à l'ouest.Je regarde.Les feux dansent. Les silhouettes courent. Des flèches partent en volées vers le ciel
Je lève ma main.Le signal.Les trois colonnes s'ébranlent en même temps, à trois vitesses différentes, dans trois directions différentes.La charge commence.Ce qui se passe ensuite , je m'en souviendrai toujours par fragments, jamais dans l'ordre, jamais complet. C'est ainsi que la bataille se souvient.Je me souviens du choc contre la première ligne de gardes ennemis — nos chevaux les ont traversés comme un mur de papier, mais deux de mes hommes sont tombés dans les premières secondes. Je me souviens du cri de guerre que j'ai lancé — pas un cri politique, pas un cri d'Alpha, un cri d'homme qui va chercher sa femme. Je me souviens de la première épée que j'ai brisée sur un casque ennemi et du deuxième homme que j'ai tué en une seconde avec ma dague de secours. Je me souviens de Silas à ma droite, i
Une idée me traverse.Les gardes. Sept mille hommes. Beaucoup de jeunes. Beaucoup de peurs. Beaucoup de superstitions — les peuples des Steppes sont réputés superstitieux, Elias me l'avait dit une fois. La légende du Cri de la Luna existe peut-être là-bas aussi, sous une forme voisine. Elle existe partout où il y a des Alphas et des Omégas et des Lunas.Je peux peut-être — même sans avoir encore trouvé le Cri en moi — je peux peut-être jouer sur cela.Je peux devenir active autrement.Ne pas attendre James en priant.Le préparer un peu, pendant qu'il vient.Je me redresse dans la cage. Je respire.Je vais commencer demain.JamesNous partons à l'aube.Cinq cents cavaliers, quatre cents fantassins. Le tiers de nos forces disponibles. C'est le maximum que je peux prélever
AliceLa cage est de fer. Elle est petite — assez grande pour que je puisse m'y asseoir, assez basse pour que je ne puisse pas m'y tenir debout complètement. Elle est posée au centre du camp, sur une petite estrade de bois, à trente pas de la tente principale. Autour, des feux. Autour des feux, des hommes.Je suis là depuis quatre jours.Ils ne m'ont pas maltraitée — pas encore. C'est ce qui est le plus étrange. Ils m'ont capturée à ma bergerie, ils ont brûlé la bergerie derrière moi (Suzette et les moutons — je ne veux pas y penser), ils m'ont mise sur un cheval, ils m'ont amenée ici en deux jours de galop. Puis ils m'ont mise dans la cage. Ils m'apportent de l'eau deux fois par jour, un morceau de pain le matin, un morceau de fromage le soir. Une fois par jour, une femme rustre me sort de la cage pour que je me soulage derrière une toile. P
Il campe à trois lieues au nord d'Argentel, dans la plaine de Vent-Franc. Nous voyons ses feux depuis les tours — des centaines, peut-être des milliers, qui piquent la nuit noire comme des étoiles renversées. Ses tentes s'étendent sur deux lieues carrées. Il a plus d'hommes que nos rapports ne l'annonçaient — probablement sept mille, peut-être huit.Ce matin, un héraut de Viktor s'est présenté aux portes.Je l'ai reçu au grand hall, en tenue de guerre, entouré de Darius, Corvad, Halbert et Merrik. Le héraut était un homme de trente ans, robuste, en armure de cuir noir clouté. Il parlait un sylvanien approximatif mais compréhensible.— Alpha d'Argentel. Mon seigneur Viktor le Grand, seigneur unifié des Peuples de Fer, salue le maître de ces terres. Il vous propose les conditions suivantes. Un : votre sou
Il regarde les cartes.— Les villages frontaliers qui n'ont pas encore été touchés , il y en a douze. Les habitants doivent être évacués. Pas seulement ceux d'Argentel. Aussi ceux des vallées voisines, dans les contreforts des Montagnes de l'Oubli. Merrik, tu enverras des cavaliers de prévention dès demain à l'aube. Ils préviendront tous les hameaux, tous les ermitages, tous les bergers isolés. Personne ne doit rester sur le passage de ces envahisseurs.Je le regarde.Les Montagnes de l'Oubli. Le pic de la Louve. Une bergerie.Il continue :— Personne ne reste sur leur passage, tu m'entends, Merrik ? Personne. Même les fous, même les ermites, même les vieilles qui refusent de bouger. Tu les fais descendre. Tu les fais évacuer vers Alba. Tu es responsable devant moi.— Bien, Alpha.Ils sortent tous







